dimanche 15 décembre 2013

Adresse du Président Poutine à l'Assemblée Fédérale de Russie : "la stabilité contre le chaos".


Lors de son adresse annuelle au Parlement russe (ici) la semaine dernière, le Président Vladimir Poutine a cité deux noms : 

- le premier ministre de Nicolas II, Piotr Stolypine
- le philosophe russe Nicolas Berdiaev

Ce ne sont pas des noms inconnus dans le discours des dirigeants russes, certes, particulièrement celui de Stolypine que nous avons déjà vu cité, notamment, par Dmitri Medvedev lorsqu'il était Président en exercice.
Ces références sont bien entendu très révélatrices de la pensée de ceux qui les citent, particulièrement lorsqu'on se place dans une circonstance comme celle de l'adresse annuelle du Président de la Fédération de Russie au Parlement russe. Cela tend à souligner sous quelles auspices le Président russe veut placer son action au niveau domestique et comment il comprend le rôle de la Russie sur la scène internationale.

L'adresse présidentielle au Parlement russe tourne en grande partie sur la situation interne du pays. Nous ne nous y attarderons pas si ce n'est pour souligner la tenace volonté présidentielle de développer des autorités locales fortes, indépendantes, grâce auxquelles les populations participent activement à la vie politique locale ce qui permet de revigorer le potentiel humain du pays. C'est bien évidemment, comme le Président russe le souligne lui-même, dans la droite ligne des réformes des zemstvos appliquées sous Alexandre II en 1864, d'une part, et bien entendu les réformes agricoles entreprises par Pitor Stolypine à partir de 1906 qui donnèrent naissance à cette catégorie de paysans aisés, que l’on pourrait qualifier de classe moyenne paysanne, que les bolcheviques allaient exterminer 20 ans plus tard : les koulaks. Avec les conséquences catastrophiques que l’on sait : des famines monstrueuses et des dizaines de millions de morts.

Let me repeat: I think the most important task is to clarify the general principles of the local self-government organization, and develop strong, independent, financially sustainable local authorities. And we need to start this work and give it sound legal foundations already next year, 2014, the year of the 150th anniversary of the famous Zemstvo Reform of 1864.
Incidentally, at the time it was precisely the development of zemstvos, of local self-government that enabled Russia to make a breakthrough and find competent people capable of implementing major progressive reforms, including Pyotr Stolypin’s agrarian reform and the restructuring of industry during the First World War.
I am sure that today as well strong local self-government can become a powerful resource for enhancing and renewing our country’s human resource potential. And of course, we are all interested in ensuring that elections bring to power qualified, motivated, professional people who are ready to perform their duties responsibly. For this reason we shall continue to work on developing the political competition, improving political institutions, and creating conditions for them to be more open and efficient.
Humm... Tout cela parait bien éloigné du « dictateur » impitoyable dépeint en boucle par la presstitute occidentale. Mais passons cela, puisque nous savons désormais qu’il n’y a plus rien à tirer de cette dernière, irrémédiablement corrompue (mentalement s’entend à tout le moins).

Vers la fin de son adresse, le Président aborde le thème de la politique étrangère russe et le rôle de la Russie sur la scène internationale tel qu’il l’entend.
Nous avons traduit le passage qui nous apparait le plus significatif :

Cher collègues, le développement à l’échelle de la planète devient de plus en plus dynamique et conflictuel. Cela implique que la Russie doit prendre de plus grande s responsabilités historiques, non seulement en tant que garant de la stabilité générale et régionale, mais aussi, en tant que nation qui défend avec constance ses propres valeurs et ses propres principes, à la fois chez elle et internationalement.

La compétition militaire, politique, économique et médiatique augmente dans le monde entier au lieu de s’apaiser. Pendant ce temps, la Russie devient plus forte sous le regard attentif des autres grandes puissances. 

Nous avons toujours été fiers de notre pays. Mais nous n’avons aucune aspiration à devenir une superpuissance ; nous ne recherchons pas la domination mondiale ni même régionale, nous ne voulons pas intervenir dans les affaires des autres en tentant de devenir leur tuteur, ni ne voulons faire la leçon aux autres. Mais nous aspirons à devenir les fers de lance de la défense du droit international, en faisant en sorte que la souveraineté, l’indépendance et l’identité de chacun soient respectées. Ceci est une approche naturelle pour un pays tel que la Russie, avec sa grande histoire et sa grande culture, sa vaste expérience de la coexistence harmonieuse de diverses communautés au sein du même état. Ce qui est très différent de la soit-disant « tolérance », asexuée et futile.

De nos jours, de nombreux pays revisitent leurs standards moraux, faisant table rase de leurs traditions nationales et des frontières existant entre les diversités ethniques et culturelles. On demande à la société de respecter la liberté de pensée, les pensées politiques et la vie privée de chacun, ce qui constituent de vraies valeurs. Mais désormais on nous demande de traiter de la même manière le bien et le mal, ce qui est étrange, car ils sont en opposition. Non seulement la destruction de ces valeurs traditionnelles a des effets négatifs sur les sociétés, mais c’est aussi anti-démocratique par essence, car ce sont des idées abstraites appliquées à la vie réelle, en opposition à ce que pense la majorité des populations. La plupart des gens refusent de tels changements et demandent leur révision.

Nous savons que de plus en plus de gens dans le monde soutiennent notre approche qui consiste à protéger les valeurs traditionnelles qui furent les fondations morales et spirituelles de notre civilisation comme de chaque nation. Nous protégeons la famille traditionnelle et la vie humaine authentique, y compris la vie religieuse de chacun ; pas uniquement la vie matérielle, mais aussi les valeurs spirituelles de l’humanisme et la diversité du monde.

Bien sûr, cela est une position conservatrice. Mais, ainsi que l’a dit Nicolas Berdyaev,  la signification du conservatisme n’est pas d’empêcher d’aller de l’avant où bien de s’élever, mais bien plutôt d’empêcher de régresser et de retomber dans l’obscurité chaotique de l’état primitif. 

Nous pouvons retenir, nous semble t’il, de ce discours, et particulièrement de la partie ci-dessus qui traite de la politique internationale : le monde est désormais séparé en deux camps dont l’un, celui dont la Russie veut être le fer de lance, est celui qui tente d’éviter un effondrement général des relations internationales régulées par des lois, imparfaites, certes, mais qui ont le mérite d’exister. Pour ce faire, il est impératif de respecter la souveraineté de chaque Etat, ce qui implique une indépendance, tant politique qu’économique, tout comme une identité, c’est à dire une culture propre. 

Ce respect de la souveraineté de chaque Etat est un des fondements de la résistance à la loi de la jungle, qui n’est rien d’autre que la loi du plus fort, quantitativement s’entend bien sûr. Et cette « loi de la jungle » aboutit immanquablement au chaos, à l’instabilité générale et à la destruction des plus faibles, militairement s’entend.

Cette «loi de la jungle», la loi du système par excellence, activement promue par nos brillants politiciens occidentaux, est la même qui s’est déployée également à l’intérieur des pays occidentaux avec les « succès » humains que l’on peut admirer aujourd’hui aux USA et dans toute l’Europe, notamment en Grèce, Irlande, Espagne, Italie, France etc... où les populations sont réduites à une paupérisation inéluctable et à la disparition des derniers repères psychologiques qu’ils pouvaient encore posséder.
Cette «loi de la jungle» imposée aux populations occidentales, et ce en dépit de leur résistance, est la même que le système, les Occidentaux, veulent imposer partout où ils y voient leurs intérêts, masqués derrière les prétextes humanitaristes que l’on sait.

Le Président russe définit ainsi les deux camps qui s’opposent aujourd’hui dans le monde : les partisans de la stabilité et du développement et les propagateurs du chaos au moyen de la force pure, quels que soient les masquent dont ces derniers peuvent s’affubler pour cacher leurs motifs véritables. Seuls les résultats de leurs actions comptent, et non pas leurs grandes idées abstraites et creuses qui servent de paravents troués à leur concupiscence, à leurs appétits de prédateurs insatiables et à leur psychologie gravement malade, cause première de leurs agissements. L’Irak, la Libye, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la Syrie (sans parler de l’état de leurs propres pays)... sont les tristes témoins déstructurés de leurs actes de barbares sans foi ni lois.

Le camp du chaos versus le camp de la stabilité, c’est à dire de la structuration. 
C’est une perspective indispensable, nous semble t’il, pour tenter de démêler le bon grain de l’ivraie, tant dans les affaires politiques nationales qu’internationales. Cela permet aisément de transcender le marécage suffoquant des distinctions «droite - gauche» etc, artificielles et vides de sens de nos jours puisque ne reflétant en rien la réalité d’aujourd’hui. Celle qui existait à la fin du XIX eme à la rigueur. Et nous ne parlerons pas de la propagande humanitariste, droitdelhommisme et nous en passons, qui reste l'unique cache sexe du système pour masquer son agression pathologique tout azimut.

Qui des deux camps l’emportera ?
Nous n’en savons rien.
Le camp de la stabilité sera t’il suffisamment fort pour attendre l’implosion de celui du chaos, succombant sous son propre mal ?
Nous l’ignorons.
Mais nous le souhaitons.

Mais pour le moment tout le monde est content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.














3 commentaires:

Jacques Étienne a dit…

Excellent article ! Qu'il est dommage qu'au lieu d'un Poutine nous ayons un Hollande, qu'au lieu de défendre la culture, l'histoire et les traditions de notre pays nos dirigeants s'entêtent à tout détruire et tente d'effacer notre histoire ou de n'en garder que les périodes négatives en nous exhortant à les expier ad vitam aeternam.

Rien d'étonnant à ce qu'un tel homme suscite la haine de nos politiques et de leurs relais journaleux ! Il y a des jours où l'on aimerait être Russe !

jean Erbenger a dit…

Jacques-Etienne, merci de votre commentaire.
Oui, dans ce cas précis la jalousie est autorisée et peut-être même recommandée. On ne sait jamais, peut-être nous donnera t'elle des idées ?
Cela dit, après la déclaration de Sarkozy annonçant qu'il reprenait le guidon en vue des élections de 2017, je dois vous dire qu'il y a de quoi être vraiment découragé.
N'y a t'il donc plus personne dans ce pays qui ait la carrure d'un chef d'état ?
Il est vrai que ce n'est pas en entrant à l'ENA qu'on pourra l'obtenir...
Peut-être sommes-nous trop "affaiblis" pour nous relever ?
Peut-être ne sommes-nous plus capables de produire que des médiocres ?
Peut-être aussi ne voulons-nous plus que des médiocres, comme cette hystérie à propos de l'égalité tendrait à le faire croire.
Dans ce cas c'est fichu.

Pour la Syrie a dit…

C'est une attaque en règle du Libéralisme qui détruit le Monde!Totalement passée sous silence...
Une grande lueur se léverait-elle de nouveau à l'Est?