jeudi 15 avril 2010

Pologne: disparition de Kaczynski; et après ?

A la suite de l’accident d’avion qui a coûté la vie au Président de la Pologne et à la délégation qu’il menait à Katyn pour rendre hommage aux 22.000 officiers polonais assassinés par le NKVD sur ordre de Béria et Staline en 1940, les médias de Cochon sur Terre se sont déchaînés. 

En effet, durant quelques jours il n’y avait quasiment pas d’autres nouvelles que celle-ci sur les écrans de la médiasphère. Certains même, emportés par ce qu’ils nomment «émotion», mais qui n’est rien d’autre en réalité qu’une sensiblerie de midinette prompte à s’apitoyer sur n’importe quoi pourvu que cela ne les touche en rien, certains donc se sont empressés de jouer sur la soit-disant unité qui liait le défunt Président et les Polonais, voulant pour preuve les rassemblements, les bougies etc...


Il y a malgré tout certains éléments à rappeler afin de ne pas sombrer dans l’irréalité totale, comme il est habituel avec la propagande de la pravda officielle.

Nous ne reviendrons pas sur la vie politique du défunt président polonais, d’autres l’ont déjà fait avant nous et le feront après nous probablement. En revanche nous voulons rappeler ici que Lech Kaczynski fût élu en Octobre 2005 avec le plus petit nombre de voix jamais obtenu par aucun candidat victorieux au poste de Président du pays, c’est à dire environ 25% des voix seulement au second tour. Ce ne fût pas vraiment un raz de marée, comme on voit, mais plutôt le discrédit dans lequel était tombé son prédécesseur (Alexander Kwasniewski) qui permit une victoire sur une assise électorale si faible.

D’autre part les élections présidentielles qui devaient avoir lieu cet Automne étaient très loin d’être gagnées par le défunt Président. Bien au contraire tous les sondages montraient une nette préférence des électeurs pour son rival Bronislav Komorovski, actuel Président de la Chambre basse du Parlement et successeur par intérim du défunt Président. M. Komorovski est membre du même parti que le Premier Ministre en poste, Donald Tusk, un parti de centre-droit qui n’avait pas du tout les mêmes vues que le défunt Président en matière de politique étrangère, entre autre.


En effet Lech Kaczynski était notoirement opposé à tout rapprochement avec la Russie, comme avec l’Union Européenne d’ailleurs. De ce fait il était pro-américain, pensant que cela mettrait son pays à l’abri de toute visées impérialistes russes, partageant en cela la paranoïa irréaliste des américains. En revanche le Premier Ministre actuel, et donc M. Komorovski également, est un partisan d’un rapprochement avec Moscou et d’un élargissement de la coopération russo-polonaise, comme il l’a maintes fois souligné dans différent discours notamment. Mais même pour le Parti du Premier Ministre (PO) il y avait néanmoins certaines conditions à ce rapprochement et à une nouvelle coopération avec la Russie. Les plus importantes de ces conditions étaient au nombre de deux:


  1. La reconnaissance par la Russie de ses responsabilités dans l’invasion de la Pologne par les Allemands le 1er Septembre 1939, suivie par celle des Soviétiques le 17 Septembre 1939.


«Poland wants September 1, 1939, to remain etched in the world's memory as the beginning of the greatest tragedy of the 20th century,» (Sources: The Independant - 01.09.2010)


C’est ce que déclara le Premier Ministre polonais le 1er Septembre 2009 lors du 70 ème anniversaire du déclenchement de la seconde guerre mondiale par l’invasion de la Pologne par les troupes allemandes.

A sa suite M. Putin aborda la question de la responsabilité de la guerre que se renvoyaient les Russes et les Polonais en parlant dans son discours d’échec commun  


« (...) to prevent the bloodiest, most horrible war in the history of humanity » 

“All attempts between 1934 and 1939 to make peace with the Nazis, signing various agreements and pacts, were from a moral point of view unacceptable and from a practical point of view pointless, harmful and dangerous. It is necessary to admit these mistakes, and our country has done this.” 

Mr. Putin’s performance in Poland drew praise from many erstwhile critics of Russia, if not completely fulfilling Polish demands for Russian accountability.

“This is a very important and very symbolic visit,” said Andrzej Halicki, chairman of the Polish Parliament’s Foreign Affairs Committee. He said Mr. Putin’s statements left him optimistic about the future of their countries’ relations, but added, “This would have been a good occasion to say ‘sorry.” (Sources: The New-York Times -  01.09.2010)

A sa sortie de son entretien avec Vladimir Putin le Premier Ministre Polonais déclara;

“Our meeting showed from the first minute that we are making another step toward strengthening confidence in the past so that we can build our future on it,” (Sources: The New-York Times -  01.09.2010)

  1. La seconde condition était la reconnaissance formelle par la Russie de sa responsabilité dans le massacre de 22.000 officiers polonais en 1940 dont le charnier de la forêt de Katyn près de Smolensk devint un des lieux emblématique depuis lors. De plus la Pologne demandait depuis la fin de la guerre la remise de tous les documents disponibles sur cet assassinat de masse que le Kremlin s’était toujours refusé à livrer puisque l’URSS niait la tuerie en bloc, Staline ayant même prétendu après la guerre que ceux qu’il avait ordonné d’abattre s’étaient enfuis en Mandchourie...

Cette année, Vladimir Putin invita le Premier Ministre Polonais Donald Tusk à venir avec lui rendre hommage aux victimes de cette tuerie, victimes russes et polonaises enterrées côte à côte.

"It is the first time that a Russian prime minister has commemorated the victims of Katyn," Russian historian Natalia Lebedeva told SPIEGEL ONLINE. Lebedeva, who is 71, has devoted her entire life's work to the struggle for the recognition of Soviet atrocities against the Poles.

"Nevertheless, Putin showed that the issue of Katyn has an entirely new significance for the Russian leadership," said Lebedeva.

Putin (...) condemned "inhuman totalitarianism" during his speech in Katyn. Referring to the Katyn massacre, he said that "this crime cannot be justified in any way." Putin also condemned Stalin's claims that the missing officers had "fled to Manchuria" as "cynical lies." (Sources: Der Spiegel - 13.04.2010)

Les dirigeants russes ont donc fait de grands efforts afin d’améliorer leurs relations avec la Pologne depuis plusieurs mois. Auparavant les relations de M. Putin avec le précédent Premier Ministre, qui n’était autre que le frère jumeau de Lech Kaczynski, n’étaient pas vraiment excellentes, et ce d’autant moins que ce dernier et son frère ne cessaient de prôner  et de réclamer à grands cris l’installation du système de défense anti-missile voulue par l’administration Busch. D’ailleurs, selon les meilleurs spécialistes, ce système serait très très loin de fonctionner et encore plus loin de pouvoir être utiliser de manière fiable. Il faut d’ailleurs ajouter que le fameux système «Patriot» lui non plus n’a pas jusqu’à présent fait preuve d’une fiabilité à toute épreuve, c’est le moins que l’on puisse dire. Ses résultats sont plutôt considérés comme catastrophiques par ceux qui ne sont pas liés au lobby militaro-industriel. 


En revanche les relations de M. Putin avec Donald Tusk n’ont cessé de se renforcer depuis la prise de fonction de ce dernier en 2007, cela en dépit du Président défunt. L’amélioration des relations russo-polonaise depuis un peu moins d’un an maintenant s’est fait de par les volontés communes des dirigeants russes et du Premier Ministre polonais et de son parti, certes. Mais il est tout aussi vrai que les Américains y ont beaucoup aidé, tout à fait involontairement d’ailleurs. L’abandon unilatéral du projet de système de défense anti-missile en Pologne par les USA, après avoir tout fait pour convaincre les polonais et autres pays de l’Est de l’accepter sur leurs territoires au risque de se brouiller avec Moscou, n’a pas vraiment contribué à convaincre les Polonais, les Slovaques et autres, qu’ils pouvaient compter sur l’aide américaine en cas de problème avec leur voisin de l’Est. Et ce n’est pas le hochet que constitue une batterie de missile «Patriot» qui va apaiser les rancoeurs, surtout lorsque l’on connaît l’efficacité de ces gadgets. Cela d’ailleurs n’a fait que renforcer et confirmer la prise de conscience de l’apparent désintérêt de l’administration Obama pour l’Europe par certains Européens (à part quelques irréductibles dont M.Sarkozy et quelques membres du musée paléontologique de Saint Germain des Prés). 


La mort du président polonais changera t’elle donc quelque-chose à cette évolution ? En vérité elle n’en modifiera probablement pas la direction mais certainement la cadence car il n’y aura plus de résistance à cette impulsion de la politique étrangère polonaise voulue par son Premier Ministre et désormais par son Président par intérim M. Komorovski, qui a d’ailleurs de fortes chances de devenir le prochain Président de la Pologne. Et il faut relever que la Russie ne ménage pas ses efforts pour que cette évolution se produise dans les meilleurs délais et les meilleures conditions, comme l’ont démontré les discours et les gestes de la direction russe le 1er Septembre dernier ainsi que lors de la cérémonie à Katyn il y a quelques jours, cérémonie que le défunt Président Kaczynski a boycotté en raison de la présence du Premier Ministre russe; probablement aussi pour se démarquer de son propre Premier Ministre à des fins purement électorales.


Cet accident pourrait donc avoir trois conséquences principales:


La première serait une soudaine accélération de l’amélioration des rapports de la Russie avec les ex-pays de l’Est, ce qui est déjà en cours d’ailleurs avec la Slovaquie entre autre. Mais la Pologne est le plus important des ex-pays de l’Est et son attitude débloquera significativement la situation à ce niveau.


La seconde, qui découle logiquement de la première, est que les relations russo-européennes ne pourront que s’améliorer significativement puisque les opposants à la Russie, principalement mené par le Président polonais, n'existent plus, où en tout cas seront désormais extrêmement affaiblis au point de n’être plus en mesure de se faire entendre. Cela d’autant moins que la France et l’Allemagne sont non seulement très désireux d’améliorer leurs relations avec la Russie mais d’étendre ces relations à des accords  de partenariat plus stratégiques. Si on y ajoute la Pologne la résistance sera très difficile.


Cela nous amène à la troisième conséquence qui concerne la défense européenne. Il semblerait, à ce sujet, qu’une intégration de la Russie à une défense européenne ne soit plus aujourd’hui aussi tabou que cela ne l’était. Cela d’autant moins que la Russie elle-même serait en train de détendre sa position à ce sujet. Que ce soit en reprenant l’initiative Medvedev où d’une tout autre manière, comme une entrée de la Russie dans l’Otan par exemple; à terme donc il est très probable que les choses vont se mettre à bouger significativement. 

Dans cette dernière hypothèse prenons en compte une fois encore l’effondrement de la puissance US  qui laisse petit à petit un vide que les autres puissances régionales s’emploient à combler. Il devra en être de même en Europe. Les Américains seront donc amenés à se désengager d’Europe, notamment parce-que la menace soviétique n’existe plus et que les pays abritant les missiles nucléaires US n’en veulent plus et l’ont fait savoir, à commencer par l’Allemagne. De plus il est très probable qu’avec l'aggravation de la crise générale, et particulièrement de la situation financière US, les USA ne soit un jour contraint de se retirer d’Europe totalement, sans parler du reste du monde, comme nous en avions déjà fait l’hypothèse dans cette rubrique le 22 Février 2009 lors de l’entrée de la France dans l’Otan. L’Europe serait d’ailleurs un des tout premiers à bénéficier d’un retrait des troupes US, par mesures d’économie drastiques, étant donné le manque désormais cruel de justification de leur présence sur le sol européen.


Alors non, ce n’est pas la disparition du défunt président polonais qui changera le cours des événements car ces derniers étaient déjà bien entamés de son vivant, malgré son opposition farouche.

Ironiquement en revanche, sa disparition risque d’accélérer singulièrement le rapprochement de la Russie avec la Pologne et les ex-pays de l’Est, et de facto avec l’Union Européenne ce qui amènera la question de la défense Européenne sur la tapis sur fond de retrait US et de la pression immense de la crise qui s’approfondit toujours plus.


Mais pour le moment tout le monde est content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.

samedi 10 avril 2010

Collateral murder où la légalisation du mal.

Le 12 Juillet 2007 à Bagdad eut lieu ce que l’on nomme dans le jargon médiatique «une bavure» de la part de l’armée américaine, une parmi de très nombreuses autres.  Celle-ci coûta la vie à une quinzaine de personnes, toutes civiles, dont deux membres de l’Agence Reuters, un photographe et son chauffeur. Il est très probable d’ailleurs que personne ne se serait intéressé à l’affaire si Reuters n’avait pas tout tenté auprès des autorités incompétentes, notamment en faisant appel au «Freedom of Information Act», pour savoir ce qui s’était réellement passé et dans quelles conditions les deux membres de son personnel avaient été tués. Curieusement tous les efforts de Reuters pour éclaircir cette affaire, notamment la possibilité de visionner les enregistrements du dit «engagement», furent vains.


Lundi dernier le site www.wikileaks.org, spécialisé dans la publication de données classées confidentielles et destinées à rester inconnues du public, a mis en ligne la fameuse vidéo tant demandée par Reuters pendant des années. Grâce à une fuite. Un site spécial fût crée afin de permettre à qui le veut bien de visionner cette vidéo. 

Le site dont il s’agit est le suivant: www.collateralmurder.com.

Nous recommandons à tous nos lecteurs de bien vouloir passer 15 minutes de leur temps à regarder cette vidéo en prêtant la plus grande attention non seulement aux images mais surtout aux dialogues sous-titrés.

Pour parer immédiatement aux questions légitimes à propos de l’authenticité du document il convient de citer le site à ce propos:


« it goes "to great lengths to verify the authenticity of the information it receives" and has "analyzed the information about this incident from a variety of source material ».


Le New-york Times pour sa part eût la confirmation de la part d’un militaire de haut rang que le document était authentique. De plus il faut souligner que personne n’a remis en cause l’authenticité de la vidéo: ni le Pentagone, ni aucune instance politique où gouvernementale.


Depuis cette mise en ligne, reprise par YOUTUBE entre autre, plus de 4 millions de personnes en prirent connaissance. En réalité il y a deux versions de cette vidéo; l’originale qui dure à peu près 39 minutes et une version réduite par wikileaks à 17 minutes. Bien entendu on a tout de suite accusé la version plus courte d’être partiale et de ne montrer qu’une partie des faits en occultant ceux qui justifieraient ce qui s’est réellement produit. Mais en visionnant la vidéo originale il est difficile de trouver quoi que ce soit qui pourrait aider à atténuer un sentiment d’horreur. La version plus courte ne fait qu’éliminer la petite demi-heure au cours de laquelle il ne se passe rien qu’à attendre en tournant en rond au-dessus de la scène du massacre les troupes au sol qui viennent constater les dégâts.


D’horreur ? Certes il y a des morts. Mais toute guerre n’impliquait-t’elle pas des morts jusqu’à une période récente qui vit la création par les Américains d’un nouveau type de guerre où il ne devait plus y avoir de pertes humaines, de leur côté en tout cas (pour mémoire on estime à un million les morts irakiens depuis la «libération» de l’Irak). Et comment ce miracle pourrait-il bien se produire ? Grâce à la supériorité du matériel, où pour reprendre un mot doux à toute oreille occidentaliste, grâce à la supériorité de notre technologie. Voilà, il suffit d’avoir les armes les plus performantes, les plus puissantes bien entendu et les plus nombreuses bien évidemment (pour les plus grands bénéfices du complexe militaro-industriel) ceci pour éviter toute perte de la vie d’un de nos vaillant  héros se battant pour libérer tous ces peuples qui aspirent tous désespérément, et avec une unité si touchante!, aux bienfaits inouïs de notre système économique, démocratique, humanitaire, respectueux des droits de l’homme, de la femme, des enfants, des extra-terrestre, des animaux etc... 

Cette vidéo édifiante donne d’ailleurs un bon aperçu de nos méthodes pour y parvenir, un peu comme les trop fameux «bombardements humanitaires» pendant la crise des Balkans.


Nous ne reviendrons pas sur les images de cette vidéo puisque tout en a déjà été dit et qu’il ne sert à rien de commenter ce qui crève les yeux. Cependant nous renvoyons nos lecteurs à l’article de Raffi Katchadourian dans le New-Yorker du 5 Avril 2010 dans lequel il commente la vidéo dans la perspective de cinq «Army rules of engagement» que tout soldat US est censé observer avant d’engager le combat dans une zone qui n’est pas une zone de guerre ainsi que l’était Bagdad en 2007.

 

  • Proportion; toute action utilisant la force doit être proportionnée à la menace.
  • Identification; tout soldat doit identifier avec certitude l’individu qu’il veut tuer comme étant un belligérant.
  • Command culture; l’autorité donnant la permission de tirer ne doit pas être sur le terrain de l’affrontement. 
  • Les blessés où les individus déposant les armes, c’est à dire des personnes ne posant plus de menaces, ne doivent pas être prises pour cible.


Objectivement aucunes de ces «Army rules of engagement» ne furent respectées à l’exception de l’individu donnant l’autorisation d’ouvrir le feu qui n’était pas sur la zone des opérations (procédure en elle-même qui est très révélatrice de l’état d’esprit qui règne au sein du commandement) mais qui, au vu des rapports contradictoires qu’il recevait, aurait dû se poser un peu plus de questions sur l’opportunité d’ouvrir le feu où non, cela malgré l’insistance de ceux qui lui demandait la permission de tirer.

Car il saute aux yeux lorsque l’on visionne cette scène qu’il n’y a aucune menace de quelque sorte que ce soit ni de la part du premier groupe dans lequel figurent les membres de l’Agence Reuters, dont l’un porte la caméra qui sera immédiatement identifiée comme un RPG, et encore moins de la part du conducteur du mini-van qui porte secours au cameraman blessé gisant sur le trottoir.


Mais ce qui nous semble beaucoup plus significatifs que ces images ce sont les dialogues.


D’une part on est frappé par le calme qui émane de ces dialogues. Nuls cris, nulle excitation, nulle précipitation, aucune peur et encore moins de panique face à un soit disant danger mortel ne transparaissent au cours de ces 39 minutes de communications entre les pilotes et le centre de commandement; cela ressemble plutôt à un exercice dont il faut suivre les procédures pour ne pas avoir d’ennuis, une routine réglée jusque dans les moindres détails par des lois abstraites et généralement peu compréhensibles par ceux qui doivent les appliquer sur le terrain. C’est parfaitement normal puisqu’elles sont édictées à Washington par des ronds de cuir en fonction de préoccupations politique et par conséquent d’image, en bref de publicité sur fond de campagne électorale. Donc la routine, le train train de chaque jour qui revient sans cesse dans un pays inconnu peuplé de gens avec qui on n’a aucuns rapports véritables autrement qu’à travers une caméra, une balle de AK47 où autre colifichet. Cependant un mot revient tout au long des conversations, un mot qui semble à la fois un sésame et une barrière selon qu’on trouve sur le terrain ce qu’il recouvre où non; ce mot c’est «weapon», c’est à dire une arme dont la possession sert à distinguer un «insurgent» d’un simple civil. En théorie en tout cas car le problème c’est qu’à Bagdad en 2007 les civils ont le droit de porter des armes... Mais pour les équipages, et comme le prouve la vidéo, il est clair qu’un individu en possession d’une arme est immédiatement assimilé à un «insurgent» ce qui les conduit à ignorer dans la pratique les cinq «army rules of engagement» évoquées plus haut. Il ressort donc de ces dialogues que ces hommes sont tellement conditionnés qu’ils voient des armes partout et sur tout le monde ce qui leur permet accessoirement de se servir des leurs. C’est ainsi que la caméra de l’employé de Reuters se transforme naturellement en RPG et que n’importe quel objet devient un AK47. C’est ce que l’on appelle un «confirmation bias». 


«The video appears to depict a case of confirmation bias by the American helicopter pilots. Confirmation bias is the tendency of the human mind to unconsciously prefer information reinforcing existing beliefs. In this case, the fact the pilots were looking for armed insurgents made them predisposed to believe that any item carried by the persons were weapons.» (Sources : Christopher Albon - www.conflicthealth.com)


Nous avons repris quelques-uns des dialogues les plus saillants de cet enregistrement qui confirment tous ce «confirmation bias» dont nous parlions plus haut.

Voilà ce que l’on peut entendre après l’attaque contre le groupe de huit où dix personnes qui se trouvait dans la rue, dont le cameraman de Reuters qui portait un RPG, c’est à dire une caméra de tv. A noter que ce RPG a été d’une grande importance pour avoir l’autorisation de se servir des canons de 30mm de l’hélicoptère d’attaque au sol Appache contre ce groupe d’individus qui n’avait objectivement absolument aucune attitude menaçante en quoi que ce soit contre qui que ce soit. D’ailleurs ils ne semblaient pas non plus craindre cet hélicoptère qui tournait autour d’eux comme un frelon prêt à attaquer sa proie, ne se cachant pas ni ne courant s'abriter derrière des murs. Ils paraissaient très tranquilles ne se doutant de rien...

Après l’attaque la vidéo montre les corps sur le sol et l’on entend ceci:


«Oh yeah, look at those dead bastards!»

«Nice»

«Good shoot’n»

«Thank you»


On imagine sans peine le rose aux joues de celui que l’on félicite ainsi d’avoir massacré huit personnes sans défense. Il y a de quoi être fier effectivement tant le combat fût acharné.

Un peu plus tard l’équipage repère que l’un des «bastards» n’est pas mort et qu’il tenterait même de se relever. Il s’agit de l’un des membres de l’équipe de Reuters. On voit le viseur du canon se balader sur le corps du blessé mais malheureusement  l’une des «army rules of engagement» interdit de tirer car, apparemment, non seulement le «bastard» ne semble pas avoir d’armes sur lui mais en plus il ne parait pas se soucier d’en saisir une à proximité. C’est alors qu’on entend cela:


«Come on buddy! All you got to do is pick a weapon».


Allez un effort quoi, fais-moi plaisir, prends une arme que je puisse te shooter dans la tête, ce serait sympa... Il faut dire que ce doit être extrêmement frustrant comme situation ! Nous parlons de celle du canonnier évidemment.

Quelques temps après un mini-van arrive, stoppe près du blessé et le chauffeur en descend avec un autre individu pour porter le «bastard» dans la voiture. En bref, et pour des gens normaux, ils lui portent secours sous les yeux furieux des équipages qui réclament avec insistance la permission de tirer sur le van, ses occupants et ce «salaud» de blessé qui est en train de leur échapper et qu’ils voudraient bien achever . Eh oui ce sont des perfectionnistes et le travail doit être bien fait, surtout quant on sait le prix des heures de vol et des munitions... 

L’autorisation se faisant attendre on entend:


«Come on! Let’s us shoot!»


Cela ressemble un peu à une partie de ball-trap où plutôt à un tir aux pigeons.  

Après avoir enfin reçu l’autorisation de massacrer encore un peu si impatiemment attendue et réclamée, le canon de 30 mm fait son oeuvre de mort. Un petit cercle tranquille et puis on revient sur le lieu du crime pour s’assurer du résultat. C’est alors qu’on entend les exclamations satisfaites suivantes:


«Oh yeah, look at that ! Right through the windshield, ha, ha!»


Pas de doute la journée fût divertissante. Et en plus on a bien tiré, comme à l’exercice, où à la parade... On se congratule d’être si bons face à des cibles si difficiles à atteindre et surtout qui se sont montrées si menaçantes pour la sécurité des USA, de l’Occident, du monde dit «libre»; en bref de la planète et de l’humanité tout entière.

Peu après les troupes au sol arrivent pour inspecter le travail des hélicoptères. C’est là qu’elles découvrent les deux enfants criblés de balles mais vivants à l’intérieur du mini-van.

Commentaires des tueurs:


«Well, it’s their fault for bringing their kids into a battle», says one.

«That’s right», says another.


C’est vrai qu’il faut être complètement stupide pour emmener des enfants accompagner leur père dans une bataille entre un mini-van sans armes et un hélicoptère d’attaque au sol armé de canons de 30 mm. Ce sont des barbares ces Irakiens, cela ne fait plus aucun doute désormais.


C’est étrange mais bien que nous ne soyons jamais allé à Bagdad ces extraits de dialogues ne nous sont pas inconnus, à l’exception du dernier. Etes-vous déjà allés, cher lecteur, dans un de ces ciber-cafés où des hordes d’adolescents se regroupent pour jouer les uns contre les autres à des parties de jeux vidéo dans lesquelles deux équipes s’affrontent avec pour but de s’éliminer mutuellement à coup de grenades où de mitraillettes ? Non ? Eh bien allez-y et vous découvrirez que vous pourriez entendre quasiment ces dialogues cités plus haut dans la bouche de ces adolescents en train de se tirer dessus avec ravissement. Mais aussi avec le même détachement que les pilotes et les tireurs des hélicoptères de Bagdad; aucune émotion sauf lorsque l’on rate un coup où au contraire lorsque l’on est fier d’avoir tiré dans le mille, c’est à dire de s’être montré très habile où meilleur qu’un autre. 

Et puis il y a les félicitations comme celles-ci qui nous font un peu rougir:


«Oh yeah, look at those dead bastards!», says one.

«Nice», says another.

«Good shoot’n», says one.

«Thank you».


Où encore la légitime fierté d’avoir mis un beau coup au but:


«Oh yeah, look at that ! Right through the windshield, ha, ha!»


En écoutant tout cela Annah Arendt nous revint à l’esprit de manière insistante. Notamment lorsqu’elle écrivait, lors du procès d’Eichmann, à propos de l’irresponsabilité due au fait qu’il ne pensait pas et qu’en conséquence il ne pouvait avoir aucun jugement sur ce qu’il faisait où sur les ordres qu’il recevait. Tout ce qui lui importait c’était que ce soit légal. Tant que la loi l’autorisait à faire ce qu’on lui demandait il n’y avait jamais aucun problème, oserons-nous dire de conscience ? Mais si tout à coup quelque chose ne rentrait pas dans les rails de la légalité, la «conscience» d’Eichmann et de ses très nombreux semblables se révoltait. 

On retrouve ici cette situation paradoxale de devoir se mettre en accord avec la loi pour pouvoir commettre un crime:


«Come on buddy, all you have to do is pick up a weapon !»


Si le blessé fait mine de toucher une arme «the army rules of engagement» autorisent de l’achever à terre et blessé, sans autre forme de procès, sans se poser de questions. Objectivement aucun problème de conscience ne vient troubler notre homme. Aucune question, aucun doute, on applique les règles un point c’est tout; ces règles qui sont là pour nous protéger puisque l’on est «couvert». Appliquer les règles sans se poser de questions revient aussi à se protéger de la réalité.

C’est en ce sens que l’affirmation de Arendt selon laquelle, à travers l’exemple d’Eichmann, le mal n’a pas forcément de sources mystérieuses, diaboliques où surnaturelles est fondamentale; le mal est prosaïquement banal ce qui signifie qu’il est à la portée de n’importe qui.


«[c]et échec des juges de Jérusalem était lié à un autre : leur incapacité à comprendre le criminel qu’ils étaient venus juger. […] Il eût été réconfortant de croire que Eichmann était un monstre […]. L’ennui, avec Eichmann, c’est précisément qu’il y en avait beaucoup qui lui ressemblaient et qui n’étaient ni pervers ni sadiques, qui étaient, et sont encore, effroyablement normaux. Du point de vue de nos institutions et de notre éthique, cette normalité est beaucoup plus terrifiante que toutes les atrocités réunies, car elle suppose (les accusés et leurs avocats le répétèrent, à Nuremberg, mille fois) que ce nouveau type de criminel, tout hostis humani generis qu’il soit, commet des crimes dans des circonstances telles qu’il lui est impossible de savoir ou de sentir qu’il a fait le mal.» (Eichmann à Jérusalem où la banalité du mal - Hannah Arendt) 


Et à notre époque cela donne ceci, parmi d’innombrables autres occasions de toutes sortes:


«Well, it’s their fault for bringing their kids into a battle», says one.

«That’s right», says another.


Il leur est impossible de savoir où de sentir qu’ils ont commis un crime. Si aujourd’hui ils étaient traduit devant un tribunal pour l’assassinat de quinze personnes il est à parier que ces soldats seraient révoltés par une telle injustice, un tel manque de reconnaissance de la part de leur pays pour les services rendus par eux à celui-ci et à tous ses habitants; pour avoir, au péril de leur vie, contribué à la «libération» d’un pays aux mains d’un criminel qui s’apprêtait à produire des armes de destruction massive qui auraient menacé la sécurité de la planète tout entière; et par la suite pour l’avoir «pacifier» en réduisant les «terroristes» menaçant la liberté toute neuve de ce pays en route vers le paradis démocratique et capitaliste auxquels tous ses habitants sans exceptions ont toujours aspiré de toutes leurs forces... Ils pourraient également soutenir qu’ils n’avaient fait que leur devoir de soldat en accord parfait avec les règles qui étaient les leur (ce qui est vrai), c’est à dire ces règles même qui furent édictées par les autorités compétentes et légitimes du pays de l’armée duquel ils faisaient partie. En conséquence comment pourrait-on leur reprocher d’avoir agi comme ils l’avaient fait ? Comment ceux là même qui avaient édicté ces règles qu’on leur reprochait maintenant d’avoir suivi à la lettre pouvaient les traduire en justice ?


Vous pourriez penser, cher lecteur, que nous écrivons ces lignes avec ironie. N’en croyez rien car c’est exactement ce qui se produirait si ces soldats étaient traînés en justice aujourd’hui par des gouvernants où une hiérarchie militaire lâche et irresponsable tout à la fois. Ces soldats auraient parfaitement raison de clamer leur innocence car en vertu des règles et des lois qui étaient les leurs, et qui le sont toujours à l’heure où nous écrivons ces lignes, ils n’auraient fait aucune faute quand à la lettre même de ces règles. Et il faut s’empresser d’ajouter qu’on ne leur a jamais demandé d'interpréter quoi que ce soit, bien au contraire. D’ailleurs qui nous demande d'interpréter quoi que ce soit à Cochon sur Terre ? Qui met quiconque en mesure d'interpréter quoi que ce soit ? Car pour pouvoir interpréter une règle, c’est à dire pour pouvoir l’appliquer d’une manière où d’une autre, c’est à dire se donner la possibilité de pouvoir refuser de l’appliquer, il faut y penser, c’est à dire qu’il faut être capable de réflexion et donc de recul; de plus il faut pouvoir disposer d’un système de référents qui nous permettrait ce recul lui-même qui aboutit à faire un choix: soit on passe à l’action telle que prescrite par les règles soit on ne le fait pas en fonction d’un jugement qui nous est propre. Dans le cas contraire, c’est à dire dans le cas où on agit uniquement en fonction des règles édictées sans exercer notre faculté de pensée et par conséquent sans l’intervention de notre faculté de jugement, on n’agit plus comme des humains. 

Si la situation donnée correspond à ce que dit le manuel on appuie sur la gâchette, point final. On a alors la satisfaction d’avoir accompli notre devoir de sauveur du monde.


Ceux qui se récrieront sur cette tuerie, ceux qui demanderaient que justice soit rendue (à qui?), ceux qui s’indigneront bruyamment, tous ces cochons qui se lamenteront qui sur les militaires, qui sur les américains, qui sur la guerre d’Irak etc, tous ces cochons rateront complètement le coche, comme toujours. Car ces cochons ne feront que se récrier sur la conséquence et nullement sur la où les causes. Crier et s’indigner ne servira strictement à rien si ce n’est à ce donner bonne conscience à vil prix. 

Si l’on veut sérieusement se pencher sur la question il faut s’interroger non seulement sur ce qui peut provoquer de tels comportements m ais aussi sur la raison pour laquelle ils paraissent si banals à ceux qui les commettent comme à la majorité de ceux qui en ont connaissance, c’est à dire nous tous en fin de compte.  

Concluons avec Bernanos:  


«L’espèce de civilisation qu’on appelle encore de ce nom – alors qu’aucune barbarie n’a fait mieux qu’elle, n’a été plus loin qu’elle dans la destruction – ne menace pas seulement les ouvrages de l’homme : elle menace l’homme lui-même ; elle est capable d’en modifier profondément la nature, non pas en y ajoutant mais en y retranchant. Devenue plus ou moins maîtresse de nos cerveaux par sa propagande colossale, elle peut se donner, bientôt peut-être, un matériel humain fait pour elle, approprié à ses besoins.» (- Révolution et Liberté -).


Un matériel humain qui ne pense pas et qui exécute les ordres reçus sans se poser de questions; un matériel humain dont les «confirmation bias» ne lui sont même plus propres mais sont ceux de la société tout entière; un matériel humain devenu l’agent de la collectivité, c’est à dire un être si dégradé qu’il en est venu à abdiquer la faculté spécifiquement humaine de la pensée et du jugement. Un matériel humain coupé si complètement de ses semblables qu'il ne peut même plus s'identifier à ceux qu'il rencontre sur sa route, si totalement enfermé dans son petit monde d'autiste que les seules "relations" qu'il est encore capable d'avoir sont dictées par la peur et ne mènent généralement qu'à l'agressivité hystérique où à la dépression. Un matériel humain qui refuse la réalité en se refermant sur son petit monde fermé et douillet, autarcie mentale rendu possible grâce à ces artfacts technologiques dont nous sommes si fiers.

Un matériel humain, c’est à dire un robot de chair et d’os programmé par la collectivité tout en se proclamant un être libre.

Un matériel humain semblable à chacun d'entre nous.


Mais pour le moment tout le monde est content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.


mardi 16 mars 2010

Du plus grand parti de France, des Régionales et du cirque en général

Bien que les tambours et les trompettes soient remplacés par des piaillements de victoires où des larmes de crocrodiles, voire d’éléphants; bien que les chevaux, les tigres et les zèbres de service soient désavantageusement remplacés par les mêmes spectres que l’on nous ressort des mêmes placards depuis des décennies, ânonnant sempiternellement les mêmes inepties sentencieuses en fonction du verdict des urnes; bref malgré tous ces scénarios catastrophiques et ces mauvais acteurs, O combien, cette campagne électorale avait un air très fort de parenté avec un tour de cirque; deux tours même ! Mais quel mauvaise prestation !

A tout seigneur tout honneur. Nous nous empressons donc de présenter nos plus vives félicitations à Monsieur Georges Frêche qui a recueilli 34,28 % des voix contre 7 % à la socialiste de service. Bravo, bravo, bravo, et merci de nous avoir si bien diverti en nous offrant ce réjouissant spectacle de la magistrale déculottée flanquée à l'ineffable Mme Aubry et à son troupeau d’éléphants en voie de disparition.
Pas du tout, crieront les cochons, ils ne sont pas en voie de disparition, bien au contraire ils ont gagné les élections ! La belle affaire que voilà ! Gagné les élections, et comment donc ? Avec quoi ? Avec qui ? Et le perdant dans tout cela ? Eh bien voyons c’est l’UMP bien évidemment, répondront les mêmes cochons de service. Hum, voyons cela de plus près.

Le PS aurait gagné les élections. Soit.
L’UMP aurait perdu les élections. Pourquoi pas.
De toute manière cela ne fait aucune différence.
Pour preuve on nous donne des ... eh oui, encore eux: des chiffres bien évidemment, des foutus chiffres ! (Sources de tous les chiffres de ce texte: Ministère de l’Intérieur). Ceci précisé que nous disent ces satanés chiffres ?
UMP : 26%, PS 29 %.
Sauf qu’il ne faut pas oublier que les 29 % du PS sont constitués des voix qui se sont portés sur le PS ET ses alliés. Par conséquent si l’on décortique les résultats du PS et alliés on arrive à quelque chose de légèrement différent: PS: 23,52 % et les «alliés» le reste. Victoire un peu courte. Et puis même si l’on prenait le chiffre de 29 %, ne tombons pas dans la mesquinerie générale, cela ne parait pas constituer une victoire si extraordinaire quand on se souvient que l’adversaire est un parti au pouvoir depuis 2002 sans interruption; un parti au pouvoir qui subit la plus terrible dépression économique depuis 1929; un parti qui ne brille pas particulièrement par la personnalité de ses membres, en tout cas ceux dont on entend parler, ni par les idées lumineuses qui les animent. Bien entendu nous pouvons en dire autant du PS. Mais dans cette perspective les cris de victoire des dirigeants du PS semblent assez pathétiques. Si la victoire était si grande qu’ils le prétendent le parti au pouvoir aurait dû prendre une raclée monumentale, une claque que l’écart de seulement 3 % avec le soit disant vainqueur ravale au rang de caresse un peu rugueuse tout au plus.

Victoire, victoire, quelle piètre combat et quels misérables combattants !
Victoire, quelle est ta victoire ?
Eh bien cherchons la justement.

Le spectacle fût digne d’un feuilleton comme on nous en abreuve à la télévision; où plutôt comme une émission de télé-variété où de télé-réalité: un spectacle usé, archi connu, un scène dont on connaît par coeur les moindres répliques car elle nous est rejoué à chaque tour de cirque sur les mêmes airs désaccordés accompagnant les mêmes paroles élimées jusqu’à la corde. Quant aux acteurs... n’en parlons pas trop par charité pure. Nous savons avant eux ce qu’il vont nous dire, nous savons avant eux à quel moment ils vont sangloter d’émotion sans parler de leurs crises d’indignation régulières qu’ils nous servent avec une absence d’à propos de plus en plus consternante; nous savons avant eux, bien sûr, quant ils vont nous mentir la main sur le coeur en nous jurant de nous dire toute la vérité etc... Bref le cirque mais un bien mauvais tour de cirque. De plus quel triste cirque ! Car ils ne sont même pas drôle bien entendu; ce ne sont pas des cochons pour rien tout de même. Ils sont sinistres et ils se prennent tous très au sérieux alors qu’il n’y a rien de plus ridicule que de les entendre répéter les mêmes antiennes depuis un où deux siècles, le tout enrobé de leur importance à laquelle ils sont les seuls à croire encore.

D’ailleurs il semble bien qu’une majorité des Français en âge de voter se soit trouvée de cet avis puisque 53,64 % d’entre eux ne sont pas allés voter et que parmi les 46,36 % qui ont pris cette peine, 1,73 % de ces derniers ont votés blanc où ont vu leurs bulletin annulé. Ce qui fait que seuls 44,63 % ont votés pour une des listes électorales présentée. Cela signifie que 55,37 % des Français en âge de voter n’ont pas usé de ce droit de vote sacro saint où ont voté blanc. D’ailleurs on a reparlé à cette occasion ici et là de l’idée lumineuse de Princesse Royale qui voulait rendre le vote obligatoire afin qu’il y ait plus de participation aux élections; il est probable que le taux d’abstention la chatouillait aux entournures et qu’elle imaginait que le recours à la coercition rendrait aux élections et aux élus une légitimité de plus en plus problématique... Bref les bonnes vieilles habitudes des camarades de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques qui reviennent au galop. Bien entendu nous ne nous étonnerons pas qu’il ne lui soit pas venu au cervelas qu’il faudrait peut-être d’abord rendre les élections plus significatives en renouvelant un peu les lambeaux déchiquetés d’idées qui tiennent lieu de programmes politiques aux partis en lice; il n’est venu à l’idée de personne qu’il faudrait peut-être faire de véritables propositions pour affronter les défis qui s’accumulent au-dessus de nos têtes afin de rendre confiance aux électeurs dans la capacité de leurs politiciens à les diriger et à trouver des solutions pour faire face à la crise générale dans laquelle le néo-monde de Cochon sur Terre se retrouve. Hum, c’est vrai que ce serait un travail titanesque bien au-dessus des maigres forces de nos pauvres gouvernants bien aimés qui risqueraient une commotion cérébrale rien qu’en s’y essayant. Et puis cela nécessiterait surtout qu’ils soient pleinement conscients de ce qui se passe. Or il semblerait qu’ils n’en n’ont pas la moindre idée. Prudence donc, selon notre sacro-saint principe de précaution, contentons-nous de rendre le vote obligatoire sous peine d’amende, dans un premier temps en tout cas. Inutile de vous dire que nous adorerions que les abstentionnistes se mettent à payer en masse plutôt que d’aller voter. Et puis cela aurait un autre avantage; remplir un peu les caisses de l’Etat.
Au fond ce n’est peut-être pas si bête comme idée...

Deux autres faits à relever: les Verts (LVEC) ont recueillis 12,18 % des voix, le FN 11,42 %, sans parler des autres petits partis à la pointe de la réaction la plus radicale comme le PC où autres trotskystes etc... Cela signifie que le parti dit de gouvernement représenté par l’UMP et le PS, celui qui prétend regrouper la majorité des votants, ne représente en aucun cas une majorité du pays. Il ne représente qu’à peine un quart du pays (26 % + 29 % = 55 % de 44,63 % des français en âge de voter) même s’il est vrai que le taux d’abstention aux Régionales est particulièrement élevé. Mais il est également vrai que lorsque le taux de participation est plus élevé les votes sont de plus en plus souvent «contre» où «en dépit» plutôt que «pour».
Tout cela souligne une fois de plus la désaffection grandissante des populations pour la politique telle qu’elle est menée aujourd’hui par le parti unique dit de gouvernement, c’est à dire le PS, l’UMP et leurs fidéis commis. Cela montre surtout l’usure extrême d’un système à bout de souffle. Si l’on se reporte à ce qui se passe dans d’autres pays, comme aux USA, nous pouvons observer le même phénomène de lassitude vis à vis du système et donc des partis politiques qui jusqu’alors s’étaient partagés le pouvoir, bien que dans ce dernier pays il semblerait que le degré de mécontentement soit en train de passer sérieusement à la phase active de la révolte contre Washington et l’establishment malgré que ce soit un mouvement sans direction, ce qui ne lui enlève en rien ni de sa virulence ni de sa tendance à se propager de plus en plus rapidement.
Ici en France, nous serions en droit de nous demander qui croit encore nos gouvernants bien-aimés capables de nous sortir du bourbier dans lequel ils nous ont entraînés. Cependant, et pour le moment, puisqu’il semblerait que personne n’ait encore levé l’étendart d’une opposition véritable, on se contente de bouder dans son coin. On boycotte les élections régionales auxquelles personne ne comprend rien, où plutôt dont personne ne semble comprendre à quoi cela peut bien servir à part procurer des places à tous les exclus d’autres élections. Où peut-être que les abstentionnistes croient plus simplement que tout cela est désormais inutile et qu’il vaut mieux attendre l’écroulement global qui menace Cochon sur Terre.
A quoi bon s’agiter ?

Quelques quotidiens de la presse-pravda ont nommé de manière parfaitement grotesque le PS le plus grand parti de France. Il nous semble, ici à la Chronique de Cochon sur Terre, que le plus grand parti de France n’est ni le PS ni l’UMP, ni les deux réunis. S’il y avait un «plus grand parti de France» ce serait celui de tous ceux qui ne prennent plus la peine d’aller voter. Nous pourrions suivre deux pistes pour dessiner un vague contour du parti des abstentionnistes:
- Soit le plus grand Parti de France est celui de la Lassitude dont les membres sont des lassés de la politique et des politiciens bien aimés qui nous gouvernent; des lassés de la politique et de la chose publique; des lassés de la vie qu’ils mènent et du monde absurde dans lequel ils survivent; bref des lassés du système lui-même et de ses valeurs fausses où perverties. Ce qui signifierait qu’au fond ils ne voient aucune solution à ce cul de sac auquel nous a conduit les trois derniers siècles et qu’ils se contenteraient d’attendre lucidement et le plus confortablement possible, résignés néanmoins, la fin de notre néo-monde.
Cela c’est l’hypothèse pleine d’optimisme.
- Soit ils se foutent du tiers comme du quart et ne s'intéressent qu’à leurs petites affaires, sans aucune idée de ce qui se prépare à leur tomber dessus ni que tout ce à quoi ils s’accrochent n’est déjà plus qu’un souvenir. Tant qu’ils ne se sentiront pas menacés dans leurs droits à jouir de tout et du reste ils resteront englués dans leur miel, tels les cochons satisfaits qu’ils sont. Mais lorsque ces dignes et fiers quadrupèdes sentiront que leur «bien-être» sera définitivement remis en cause, quant ils prendront conscience que leurs «acquis» seront à remiser au grenier des utopies de manière définitive, ce qui est en train d’arriver à coup sûr, alors ils ne se rendront plus aux urnes mais directement dans la rue pour grogner leur indignation.
Cela c’est l’hypothèse pessimiste.
A vous de choisir maintenant. Un mélange des deux n’est pas à exclure non plus.

Dans les deux cas nous aurons droit à un vrai spectacle dont les acteurs seront ceux qui ne sont pas allé jouer aux urnes, ceux là même qui auront encourus les reproches de nos gouvernants bien-aimés. C’est ainsi que lorsqu’ils viendront s’exprimer ils le feront sans passer par les urnes; ils se jetteront directement dans la rue et balanceront toutes les fameuses urnes qu’ils pourront trouver sur leur chemin à la figure de ceux qui voulaient les punir de ne pas voter, c’est à dire ceux à qui ils ne cessaient de réclamer toujours plus. Ce jour là les abstentionnistes voteront bel et bien mais ce ne sera plus avec du papier...

Mais pour le moment tout le monde est encore content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes

dimanche 21 février 2010

Congrès US: quand les rats quittent le navire...

Avertissements aux lecteurs de la Chronique de Cochon sur Terre.

La question traitée aujourd’hui dans notre Chronique semble s’éloigner de notre sujet de prédilection: l’observation des moeurs aberrantes des habitants de Cochon sur Terre, ceux qui sont qualifiés par les anthropologues les plus reconnus de «cochonneux» pour les mâles et de «cochonneuses» pour les femelles, où plus simplement de «cochons» pour éviter toute discrimination entre mâles et femelles puisque nous connaissons bien leur susceptibilité légendaire à ce propos et leur tendance congénitale à l’égalitarisme le plus radical; c’est à dire la suppression définitive des genres.

Ainsi, afin de prévenir toute mauvaise interprétation et éviter une indignation bien légitime de la part de nos lecteurs, nous tenions à vous faire remarquer dans ce préambule que «les rats» dont nous allons parler sont bel et bien des cochons tout ce qu’il y a de plus authentiques. Alors pourquoi parler de «rats» pourriez-vous nous demander avec une certaine logique? Tout simplement parce-que ces cochons agissent en ce moment comme des rats, ces animaux intelligents qui, comme vous le savez bien, sont suffisamment intuitifs pour savoir quand il est temps de quitter le navire qui va faire naufrage afin d’éviter d’être entraîner au fond de l’abysse avec l’embarcation qui prend eau de toute part.


Cet éclaircissement indispensable étant fait nous allons parler maintenant de l’étrange phénomène qui semble affecter depuis quelques semaines non seulement le Sénat américain mais aussi la Chambre des Représentants. Un certain nombre d’élus, surtout démocrates, sénateurs comme membres de la Chambre des Représentants, ont pris l’habitude depuis quelques semaines de déclarer qu’ils ne se représenteraient pas aux élections de Novembre 2010.

Il est vrai que le parti Démocrate vit des moments éprouvants depuis quelques mois et ses représentants voient s’avancer l’heure du jugement (Novembre 2010) avec une certaine angoisse qui frise la panique pour certains. Car si la défaite des Démocrates par ce Républicain jusqu’alors inconnu, Scott Brown, dans le Massachussetts, servit de «wake up call», l’inquiétude débuta par la perte des postes de gouverneur des Etats de Virginie et du New-Jersey en Novembre au profit des Républicains puis par l’annonce surprise le 6 Janvier par le sénateur du Dakota du Nord Byron Dorgan qu’il ne se représenterait pas, suivie par celle du sénateur du Connecticut Chris Dodd, bien que cette décision, elle, ait été prise sous la pression du parti pour tenter de sauver le siège face à l’impopularité du sénateur sortant. Ces deux abandons de poste laissent ainsi les sièges «ouverts» comme on dit. Il est généralement admis par les analystes politique contemporain que lorsqu’un siège est laissé vacant ce dernier tombe le plus souvent dans les mains du parti opposé à celui qui le détenait jusque là. Dans ce cas il est probable que les sièges en question soient conquis par les Républicains d’après le dernier Cook Political Report du 18 Février.


En effet le Cook Political Report du 18 Février 2010 juge qu’au moins 95 sièges détenus par les Démocrates à la Chambre des Représentants seraient «potentiellement vulnérables», c’est à dire susceptibles d’être perdus aux prochaines élections, ce qui représente tout de même presque un tiers des sièges de la Chambre des Représentants qui en compte 435. Sur ces 95 sièges «potentiellement vulnérables», 54 sont classés dans la catégorie hautement compétitive, c’est à dire celle dans laquelle l’issue du scrutin est rien moins qu’assurée pour le candidat tenant du poste, alors que les républicains n’en n’auraient que 6 dans la même catégorie. Or il suffirait de 40 sièges aux Républicains pour regagner la majorité à la Chambre des Représentants.


“At this rate, Democrats are likely to lose at least 25-35 seats in the House and would have to bend the current trajectory of the cycle to hold onto their House majority,”

(Sources: Cook Political Report House analyst David Wasserman)


En ce qui concerne le Sénat, où un tiers des sièges (33) sont à renouveler, la situation ne semble pas tellement plus rassurante surtout si l’on prend en compte les taux d’approbation du Congrès comme du Président et de son administration par la population américaine: ils sont au plus bas depuis 18 ans.


Public sentiment toward Washington is sour. A CBS News-New York Times poll on Feb. 12 reported that 75 percent of respondents disapproved of the job Congress is doing, the highest level since March 1992. A Quinnipiac University poll a day earlier found that 73 percent said they were dissatisfied with the country’s direction.

(Sources: Business Week - 16.02.2010)


Les Démocrates ayant déjà perdu le 60ème siège qui leur permettaient d’éviter toute procédure de «filibustery» de la part des Républicains, leur majorité au Sénat pourrait être désormais remise en cause lors des élections de Novembre prochain, notamment en raison de l’état de santé plus que précaire de certains de leurs sénateurs parmi les plus âgés.

The ruling party's vulnerability was further underlined on Tuesday when Frank Lautenberg, the 86-year-old senator for New Jersey, collapsed at his home and was hospitalised for the treatment of an ulcer. News of his collapse served as a reminder of the frail health of other senators, such as Robert Byrd, at 92 the oldest and longest serving member of the Senate, and Arlen Specter, an 80-year-old cancer and brain tumour survivor who faces a gruelling re-election battle in Pennsylvania.

(Sources: The Telegraph - 16.02.2010)


De plus il semblerait que même ceux qui auraient des chances d’être réélus se mettent à déserter les rangs de l’auguste assemblée. C’est ainsi que le dernier en date à annoncer son intention de ne pas se représenter est le sénateur de l’Indiana Evan Bayh, 54 ans, deux fois gouverneur de l’Indiana et deux fois élus sénateur du même Etat. Sa décision de ne pas concourir pour un troisième mandat au Sénat provoqua un choc chez les Démocrates car le sénateur en question n’était pas réellement menacé comme l’était Chris Dodd, très impopulaire, dont la décision fût fortement influencée par le parti afin de pouvoir le remplacer par une personnalité plus apte à conserver son siège chez les Démocrates. Dans le cas d’Evan Bayh ce fût le contraire; tout le monde tenta de le convaincre de rester. Rien n’y fît. Non seulement rien n’y fît mais la déclaration du sénateur laisse entendre son mécontentement à l’encontre de la manière dont les choses se passent au Congrès. Son mécontentement, son dégoût peut-être, mais tout au moins sa lassitude.


Bayh, 54, a former two-term Indiana governor who has never lost an election, announced yesterday he won’t seek a third six- year Senate term. There is “too much partisanship and not enough progress” in Congress, he said at a news conference in Indianapolis.

In announcing he will retire, Bayh cited lawmakers’ failure to create a bipartisan commission to address the national deficit and legislation to create jobs that “fell apart” last week. The senator stressed his decision should not “reflect adversely on the president,” who is working on the “right agenda for America.”

Bayh said he is an “executive at heart,” a trait “not highly valued in Congress.

(Sources: Business Week - 16.02.2010)

Pour couronner le tout la rumeur aujourd’hui à Washington affirme que le prochain sur la liste de l’évacuation avant le naufrage serait Blanche Lincoln, sénateur de l’Arkansas, qui se situerait derrière tous ses opposants républicains dans les sondages. N’oublions pas non plus que l’ancien siège du Président (Illinois), celui du Vice-Président (Delaware), et celui de l’actuel chef de la majorité au sénat, Harry Reid (Nevada), n’oublions pas que ces trois sièges eux aussi sont sérieusement menacés.

Tout cela pour aboutir à la conclusion que les chances que les démocrates conservent la majorité au sénat en Novembre s’établiraient désormais à 50 / 50. Stu Rothenberg quant à lui, éditeur du Rothenberg Political Report, considère qu’aujourd’hui les Démocrates pourraient perdre jusqu’à huit sièges au Sénat. Mais d’ici le mois de Novembre le temps va paraître bien long à tous ceux qui doivent défendre leur place, tant pour les membres du Congrès que pour les électeurs qui auront perdu leur job, et il n’est pas délirant d’imaginer que deux sièges de plus puissent tomber dans l’escarcelle des Républicains, leur donnant ainsi la majorité.

Désormais le spectre de leur spectaculaire défaite de 1994 plane à nouveau au-dessus des rangs Démocrates. Deux ans après leur grande victoire de 2008 se profile une énorme raclée. Mais la comparaison avec la situation de 1994 est-elle valable ?


Probablement pas.


D’une part les Démocrates ne sont pas les seuls à subir des défections sous la forme d’abandon de postes. Les Républicains eux aussi en ont leur lot. C’est ainsi qu’à la Chambre des Représentants 18 Républicains ne se représenteront pas contre 14 chez les Démocrates. Bien entendu chacun des deux partis se jette à la figure que leurs adversaires abandonnent la partie parce-qu’ils savent très bien qu’ils n’ont aucune chance de l’emporter...


National Republican Congressional Committee Chairman Pete Sessions (Tex.) said that "not all retirements are created equal," adding that Democratic retirements are coming in far less friendly territory for the majority. "The fact of the matter is Democrats in swing districts are retiring because they know what November has in store for them," Sessions said.


"The fact that you have 10 percent of House Republicans retiring suggests they don't believe their own hype about taking back the House," said Rep. Chris Van Hollen (Md.), chairman of the Democratic Congressional Campaign Committee. "If that was a realistic prospect, people would be running for office, not from it."

(Sources: The Washington Post - 12.02.2010)


Ce qui est plus inquiétant pour les Démocrates c’est que sur leurs 14 sièges «ouverts» Mac Cain en emporta 5 et en manqua un d'extrême justesse (Kansas 3rd distict) lors de la campagne présidentielle de 2008 tandis qu’Obama n’en emporta que deux parmi les 18 sièges «ouverts» des Républicains.

Il est également utile d’ajouter que 2/3 des Républicains ne se représentent pas afin de pouvoir décrocher des charges plus importantes, ce qui n’est pas le cas des Démocrates.


D’autre part, non, tout n’est pas forcément gagné d’avance pour les Républicains en dépit de leurs dernières victoires électorales. En effet le mécontentement des millions de gens qui votèrent pour les Démocrates lors des élections de 2008 pour en finir avec Busch et Compagnie ne se retrouveront pas à nouveau sur les rangs pour voter pour les Républicains même s’ils ne voteront pas non plus pour les Démocrates dont aucunes des promesses électorales ne furent tenues; bien au contraire puisque la politique de l’Administration Obama poursuivit celle de son prédécesseur, soutenues par les mêmes au profit des mêmes. Si l’on en croit les sondages effectués on voit que le support pour le parti républicain est encore plus bas que lors des élections de 2006 et 2008, pourtant très mauvaises. Mais quel choix y a t’il pour ces désabusés du système à part voter à nouveau pour les Républicains, pour les Démocrates où rester chez eux ?

Justement les jeux ne sont pas faits car il existe encore une composante inconnue et nouvelle de ces élections de Novembre, une force qui semble prendre une certaine envergure malgré son manque de structure et ses divisions internes. Nous voulons parler de la nébuleuse du «Tea Party», notre marotte, toujours la même, qui se renforce à mesure que le mécontentement s’accroît contre Washington. Il ne faudrait pas commettre l'erreur de penser que ce mécontentement se focalise exclusivement contre l’Administration et le Président de l’Union. Si cette colère n’épargne pas l’Administration et Obama elle ne se dirige pas moins contre le Congrès dans son ensemble, toute tendance confondue, comme le prouve le sondage CBS News-New-York Times du 12 Février dernier cité plus haut. C’est un mécontentement anti «establishment»; un mécontentement qui se nourrit de l’accroissement des impôts, de l’accroissement de l’Administration fédérale et de l’abrogation des libertés qui en résulte inéluctablement ainsi que de l’accroissement constant du gouffre du déficit budgétaire fédéral; un mécontentement issu du non-respect chronique de la souveraineté des Etats par le centre. C’est précisément là où se focalise la colère des «tea partiers»: le centre cause de tous leurs maux, le centre traître à la Constitution; le centre c’est à dire le Président, son Administration et le Congrès qui, tous, outrepassent les pouvoirs qui leur ont été accordés par la Constitution aux dépends des Etats Fédérés.


Voici ci-dessous des extraits tirés d’un article de Ron Holland qui a le mérite de résumer assez bien ce qui se répand de plus en plus ouvertement à travers les USA et dont la mouvance du Tea Party, encore lui, est un des plus proches échos.

«I fear the federal government will plunder much of our private wealth, retirement plans and personal savings through hyperinflation, financial controls and confiscatory tax rates all in the name of protecting the public from a future debt crisis unless the states can secede from the Union and the crushing Washington debt load (...).


I think it is time for Americans left and right to reconsider where our nation and the federal government have ended up. Few would question that the all-powerful Washington government living on borrowed debt and fake prosperity is a political model which has failed miserably (...).

Today in 2010, join me in voting both for the dream of Dr. King and the vision of Jefferson Davis. It is time to replace the failed Washington leviathan with a new limited central government based on the original vision of sovereign states where we become again, “these United States” instead of “the United States.” I’m voting in 2010 and 2012 in support of the Tenth Amendment and for the right of nullification (voir à ce propos notre post du 15 Mars 2009).

Finally, if necessary, I’ll support temporary secession efforts from the empire until we restore the original republic of our founding fathers. We must be free of an illegitimate national debt, an unconstitutional Federal Reserve and protected by currency competition and the choice of a currency based on the gold standard. (Sources: «Secession as a solution to the Washington debt threat» - Ron Holland - 12.02.2010 - www.whiskeyandgunpowder.com)

La grande inconnue, donc, reste la capacité du mouvement «Tea Party» à coopter, à promouvoir et à faire élire des candidats anti-establishment au Congrès, dont le programme commun comprendrait pour partie ce que Ron Holland a écrit dans son article cité plus haut. Cette possibilité reste néanmoins tributaire de la capacité du mouvement à se faire prendre au sérieux par ces électeurs mécontents et dégouttés, c’est à dire leur faire prendre conscience qu’ils ont là la possibilité pour la première fois depuis la création de l’Union de se faire représenter autrement que par le parti unique représenté par ses deux branches connues sous le nom de Parti Républicain et Parti Démocrate. Si le «Tea Party» y parvient, alors tout sera possible, y compris le pire bien entendu. Pour le moment le «Tea Party» a débuté son action dans cette perspective:


In addition, some Republican primaries have turned bitter, with the burgeoning tea party movement viewing these open seats as a chance to flex its muscle against candidates whom it considers establishment-backed. It's unclear whether such outsider conservatives will emerge in the South Florida primaries, but the tea party allies have adopted former Florida state House speaker Marco Rubio as a favorite son in his insurgent Senate primary against Gov. Charlie Crist (Fla.).

(Sources: The Washington Post - 12.02.2010)


Reprenons le cas du sénateur de l’Indiana, Evan Bayh, intéressant à plusieurs égards. Tout d’abord il n’est pas atteint d’une maladie quelconque ni par une limite d’âge puisqu’il n’a que 54 ans. De plus quelques jours encore avant d’annoncer qu’il renonçait à un troisième mandat il se disait tout à fait confiant en l’issue du scrutin le concernant, ce qui n’était pas du bluff même s’il aurait probablement eu plus de difficultés que lors de sa dernière campagne. Alors comment expliquer cette décision apparemment si soudaine ?


In announcing he will retire, Bayh cited lawmakers’ failure to create a bipartisan commission to address the national deficit and legislation to create jobs that “fell apart” last week. The senator stressed his decision should not “reflect adversely on the president,” who is working on the “right agenda for America.”

Bayh said he is an “executive at heart,” a trait “not highly valued in Congress.


“There’s just too much brain-dead partisanship” in Congress, Bayh told ABC, and the American people need to vote out those who are “rigidly ideological.”

(Sources: Bloomberg - 16.02.2010)


Pourquoi ne pas croire le sénateur Bayh lorsqu’il nous dit à demi mot que l’échec de la création d’une commission bipartisane sur le déficit budgétaire l’a incité à démissionner ? Croyons-le, mais prenons cet argument comme une des raisons où plutôt comme la goutte d’eau qui fît déborder le vase, cela semblerait plus réaliste. En effet personne ne croira que c’est la première fois qu’on ne parvient pas à créer une commission bipartisane au Congrès. De plus il est difficile de penser que le sénateur Bayh démissionne sur un coup de tête. Donc cela semblerait plutôt indiquer que le sénateur, comme quelques autres de ses collègues du Sénat et de la Chambre, est bien conscient de la situation catastrophique du pays et qu’il y a urgence. Mais face au blocage du système et à l’impuissance qui en résulte ils en concluent qu’il ne sert à rien de rester là. Mieux vaut retourner sur le terrain, le local selon le langage des «tea partyers» où encore l’état fédéré, où il pourra être plus utile, pense t’il; probablement à raison.

Une commission qui devait aborder le problème du déficit et de la création d’emplois... N’est-ce pas là ce qui est notoirement et de plus en plus fortement reproché au Président, à son Administration et au Congrès ? N’est-ce pas précisément ce qu’ils n’ont PAS fait au cours de cette année écoulée et gaspillée, eux et le Congrès, trop occupés à secourir les banques, ces grands pourvoyeurs de fonds pour leurs campagnes électorales ? N’est-ce pas précisément contre tout cela que s’est développé le mouvement du «Tea Party» ? Ne retrouve t’on pas là encore ce que dénonce Ron Holland et tant d’autres de plus en plus nombreux ?


Le sénateur Bayh déclara également qu’il était un «executive at heart» pour ajouter que c’était une qualité «not highly valued in Congress». N’est-ce pas là une critique du coeur du système lui-même et de son inefficacité ? Ne nous y trompons pas, nous autres non-américains, car c’est là une critique qui a une signification très importante pour les Américains étant donné que le Congrès était jusqu’à présent le coeur de tout le système; on ne critiquait pas le Congrès comme cela jusqu’à il y a peu. Le Congrès était respecté et c’était l’élément central de l’opposition à la tendance de la Présidence à s’agrandir toujours plus. Désormais même ses membres le quittent pour cause d’inutilité ! Evolution remarquable de la psychologie tant individuelle que collective, une évolution dont il faudra surveiller les développements de près car il est bien possible qu’avec l’accroissement de la crise et l’échauffement des esprits cela ne s'accélère dangereusement.

Le plus notable reste que cette réaction du sénateur s’apparente à celle des «tea partyers»; certes elle est nimbée de l’ouate sénatoriale mais il n’empêche qu’au fond c’est une critique étrangement similaire. La question désormais est de savoir quand et si le mouvement du «Tea Party» et ces membres du Congrès en exil volontaire se rencontreront ? Certains l’ont déjà fait, comme Sarah Palin où Michelle Bachmann pour les plus connues. Dans cette hypothèse nous imaginons sans peine qu’ils auront de nombreux sujets de conversation, et donc de désaccords; mais aussi de buts communs, n’en doutons pas non plus.


Alors oui, les rats commencent à quitter le navire parce-qu’ils savent qu’il est en perdition. C’est un signe qui ne saurait tromper. Le tout est de regarder maintenant sur quel canot de sauvetage ils embarqueront car cela pourra peut-être nous donner une petite idée de ce à quoi il faudra nous attendre. Cet exode constitue surtout un nouveau facteur de désordre qui s’ajoute encore à l’extension de la pagaille générale qui mine désormais le système en entier. Mais ce qu'il importe de bien comprendre c'est que la pagaille en question est sécrétée par le système lui-même, ainsi probablement que l'a bien compris le sénateur Bayh.


Mais pour le moment tout le monde est content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.