Affichage des articles dont le libellé est Invité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Invité. Afficher tous les articles

jeudi 6 décembre 2012

Comment peut-on être américain ?

L’écrivain ruse Maria Arbatova fût interrogée par la rédactrice en chef de la Pravda, Inna Novikova, à son retour des USA. Elle donne ici sa vision des USA et aborde la question de ce qui unifie la population US, comme Tocqueville en son temps, avec la question sous-jacente : les USA peuvent-ils être une nation alors que les facteurs liant les individus composant la population du pays entre eux semblent réduits :

- à la quête effrénée de son intérêt financier par chacun,
- à la guerre menée à l’extérieur. 

Dans un pays où l'oubli du passé de chacun parait être la devise nationale, la question de ce qui unit la population vers un but commun peut être à nouveau légitimement posée ; à commencer par savoir s'il y a véritablement un but et une destinée commune. 
Dans ce cas, l'idée même de nation est absurde.

Maria Arbatova aborde ensuite sa vision du fait d’être russe et de ce que cela signifie.

L’Amérique est une forme concentrée de tragédie humaine (traduction de l'anglais : jean Erbenger).

Inna Novikova : Vous êtes revenu récemment des USA. Pensez-vous que les USA ont les mêmes problèmes que la Russie dans leurs relations avec les peuples de différentes nationalités et de différentes mentalités.
Maria Arbatova : En fait, j’ai une proposition. Envoyons tout le monde en Amérique d’où ils reviendront tous patriotes. L’Amérique se présente comme une nation tolérante, mais en fait, j’ai compris quelle était son idée nationale : « vous n’avez pas de passé ». C’est un rassemblement de gens ahuris, qui ne restent ensemble que sur la base d’un intérêt financier, où bien sur le désir de faire la guerre quelque part.
- Mais les immigrés ne sont en guerre avec personne. Ils sont financièrement dépendants, ils doivent être tolérants et ont le devoir de s’adapter eux-mêmes à la société d’accueil.
- Les jolies phrases selon lesquelles les immigrants sont gentils et tolérants font mourir de rire n’importe quel psychologue, psychiatre où psychanalyste. Ils sont tolérants car ils ont la police à leur trousse. Si vous prenez les USA, tout est construit sur des lois extrêmement mal pensées, contre lesquelles se heurtent de manière inévitable n’importe quel immigrant. Par exemple, un de nos amis, un avocat de formation, nous fit un tour d’horizon du pays. Il nous dit :
« Je vis dans cette schizophrénie. Je conduisais l’autre jour le long de l’océan et je voulus m’asseoir sur la plage. A cet endroit il y a une plage réservée à la pêche et il y a une police pour les pêcheurs (il y a une police sanitaire, une police postale et toute sorte d’autres polices). Des policiers de la pêche revêtus d’uniformes de la police de la pêche vinrent à moi pour me dire que je devais payer pour aller sur la plage pour pêcher. « Où est votre canne à pêche ? », me demandèrent-ils. Mais je n’avais pas de canne à pêche avec moi bien sûr. Je leur ai menti en répondant que ma canne à pêche était dans ma voiture. Une femme policier me dit : « J’espère que vous l’avez vraiment dans votre voiture, parce que vous comprenez bien qu’ici il y a des gens qui pêchent, et si vous êtes venu ici uniquement pour vous asseoir sur la plage, vous vous trouveriez en infraction ».
- Est-ce que c’est spécifique à l’Amérique ?
- Oui, ce sont ces spécificités qui nous rendent tous fous. Par exemple, quand la fille de mon ami s’installa à côté de Chicago, son mari acheta une voiture qui servait à livrer des pizzas auparavant. Sur la voiture, il y avait un autocollant sur lequel étaient inscrits un logo commercial. Le mari de la fille de mon ami parqua la voiture près de la maison, et dans la minute qui suivit, une voisine appela la police. Il prit $ 500 d’amendes car, comme il l’apprit, une voiture commerciale ne pouvait pas être garée près de la maison. La police le força à courir chercher de la peinture et à effacer le texte commercial en leur présence, pour éviter ainsi de recevoir une amende de plus.
- En Russie, c’est très différent.
- Oui, nous avons une vision de la vie très différente. Que ferait un Russe dans cette situation ? Un homme viendrait et dirait : « vous devriez repeindre cette inscription sinon vous risquez une amende ». Nous appelons la police uniquement lorsque quelqu’un ne veut pas faire quelque chose, où quand ils ne peuvent pas parler d’une question tranquillement. En Amérique, les choses fonctionnent différemment.
- Peut-être devrions-nous faire la même chose ? Par exemple au lieu de commencer à palabrer avec des voisins bruyants où avec des ouvriers qui utilisent des marteaux piqueurs la nuit. On peut parfois régler le problème mais pas toujours. Peut-être serait-il mieux de ne pas gaspiller du temps et de l’énergie, mais simplement appeler la police afin qu’ils règlent tout. Il y a quelque chose à dire à ce propos, non ?
- Mais après un certain temps nous cesserons de nous comporter comme des êtres humains. Ce réseau policier qui couvre les USA n’attrape en fait pratiquement rien. J’ai parlé à un homme qui habite Brooklyn depuis presque 20 ans et qui sait très bien comment les choses fonctionnent. Je ne parle pas de Chinatown, personne ne siat combien de personnes vivent là-bas ; et encore à NY il y a 7 quartier chinois. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de police du tout. Premièrement, la police a peur. Deuxièmement, tout est contrôlé par les gangs du crime là-bas, comme c’était le cas à Moscou dans les années 90. Si quelqu’un vous vole votre porte monnaie, vous devez aller voir le chef du gang local et c’est lui qui décidera. Il y a bien un réseau de police, mais il est inutile. L’homme à Brooklyn a vécu pendant 20 ans sans papiers, tout comme sa femme et la moitié du quartier.
Ce qui signifie qu’ils ne peuvent aller nulle part, qu’ils ne peuvent pas faire des études et qu’ils n’ont pas de Sécurité Sociale.
En réalité, c’est bien pire que çà, mais çà n’a pas d’importance. La plupart des gens de Brooklyn vivent de cette manière. Il y a aussi Brighton, où vivent les immigrants les plus misérables de la planète, les plus misérables que j’ai jamais vu.
- Mais tout de même, comment a t’il pu vivre si longtemps sans papiers ?
Pourtant il l’a fait, pendant vingt ans. Il vit comme çà en travaillant et payant ses cotisations pour sa retraite qu’il recevra dans l’avenir. Je lui ait demandé : «Comment peut-on vivre sans papiers ?». Il m’a répondu qu’en Amérique, un système administratif n’a aucun lien avec les autres. Il m’a dit que deux semaines après 9/11, un des arabes ayant détourné un des avions avait reçu un permis de travail. Quelle perfection !
- Pourtant, il devrait y avoir des situations, particulièrement pendant vingt ans, où quelqu’un a besoin d’un passeport.
Oui, je lui ait demandé çà. Il me raconta qu’un jour il s’était fait renverser par une moto et qu’il s’était réveillé aux urgences et qu’il pensa qu’il allait se faire expulser du pays. Mais on lui confisqua simplement son permis de conduire, une enquête fut ouverte et l’histoire se termina bien pour lui.
- Ainsi ce pays est peuplé de ce genre d’individus qui vivent dans l’illégalité ?
Oui, et c’est le problème de ce pays. Tous ceux qui viennent en Amérique, le font parce qu’il ne peuvent pas vivre normalement dans leur pays d’origine, parce que leur existence là-bas y était insupportable, parce qu’ils ne peuvent pas vivre dans le pays dans lequel ils sont nés. C’est une forme de tragédie humaine en concentré.
 Nombre de ceux avec qui j’ai fait mes études sont allé en Amérique. Plus tard,    beaucoup revinrent après avoir gaspillé du temps et de l’énergie. Certains restèrent, mais, en dépit de leurs diplômes universitaires, ils sont simplement vendeurs où quelque chose de ce genre là. Pourtant, de nos jours, des jeunes parlent d’émigrer à nouveau, beaucoup rêvent de partir. Cela signifie t’il qu’ils n’ont rien appris des folies que commirent leurs prédécesseurs ?
Vous savez, le fait de partir n’est pas si effrayant en soi. Il y a des statistiques dans les pays européens qui montrent que 50 % des gens interrogés disent qu’ils voudraient émigrer, et, oui, ils sont jeunes. Nous avons ici 20 % de gens comme çà. Bien sûr, vous ne pouvez par aimer votre pays si vous ne le connaissez pas. Notre pays est énorme, et ceux qui ne sont allé nulle part sauf à Saint Petersbourg où à Moscou, ceux-là ne peuvent pas comprendre où ils vivent et combien ils sont chanceux. Un jour je suis allé à Magadan en avion, et je pensais à ces forêts, à ces montagnes, à ces ours, à ces rivières qui étaient là, en bas sur la terre que nous survolions au cours de ce vol de six heures. Et puis, vous arrivez dans cette ville si éloignée, vous y rencontrez des gens qui parlent votre langue, vous y rencontrez les mêmes assistances qu’à Moscou lorsque vous faites une présentation d’un de vos livres, vous y mangez la même salade « Olivier »... et soudain vous réalisez que cette énorme machinerie - eh bien, vous réalise que c’est la votre.


mardi 20 décembre 2011

Bernard Lugan censuré par la direction de I-Télé

A l’issue de la sortie de son dernier livre « Décolonisez l’Afrique », Bernard Lugan, le célèbre universitaire spécialiste de l’Afrique, avait été invité par Robert Ménart à l’émission animée par ce dernier et intitulée « Ménard sans interdits ». A cette fin Bernard Lugan accorda un entretien à Robert Ménard qui fût dument enregistré par ce dernier, entretien qui devait être ensuite passé au cours de l’émission qui se vante d'être "sans interdits". Cela ne manque pas de saveur étant donné que la direction de I-Télé a censuré l’interview en question ; en effet celui-ci fût interdit d’antenne.

Il est vrai que Bernard Lugan ne fait pas vraiment dans le « politiquement correct » à la BHL et compagnie, non plus que dans la profession d'anti-raciste, droits de l'hommisme et bla bla bla, cette sauce nauséabonde que l’on nous ressert à chaque plat qui passe et qui n’a d’autre qualité que de masquer la vérité des faits au profit d’une idéologie néfaste et dangereuse pour ceux mêmes au nom desquels elle prétend combattre. En l'occurence les africains et l'Afrique.

Vous pouvez vous rendre sur le site de Bernard Lugan : www.bernard-lugan.com et nous vous recommandons vivement d’acheter son dernier livre (comme les autres d'ailleurs) : « Décolonisez l’Afrique » qui vous donnera une perspective des événements de ce continent rafraichissante et lucide.

En attendant la Chronique de Cochon sur Terre reproduit ci-dessous l’intégralité de l’interview tel qu’il avait été prévu d’être projeté sur I-Télé.

Journaliste : Robert Ménard

Interviewé : Bernard Lugan

1) Dans votre livre vous écrivez que les Africains ne sont pas des « Européens pauvres à la peau noire » ; selon vous, c’est pourquoi toutes les tentatives de développement ont échoué en Afrique ?

Le refus de reconnaître les différences entre les hommes fait que nous avons imposé à l’Afrique des modèles qui ne lui sont pas adaptés. Nous l’avons fait avec arrogance, comme des jardiniers fous voulant greffer des prunes sur un palmier et noyant ensuite le porte-greffe sous les engrais. C’est ainsi que depuis 1960, 1000 milliards de dollars d’aides ont été déversés sur l’Afrique, en vain. De plus, nous avons voulu européaniser les Africains, ce qui est un génocide culturel. De quel droit pouvons-nous en effet ordonner à ces derniers de cesser d’être ce qu’ils sont pour les sommer d’adopter nos impératifs moraux et comportementaux ? L’ethno-différentialiste que je suis refuse cette approche relevant du plus insupportable suprématisme. Contre Léon Blum qui déclarait qu’il était du devoir des « races supérieures » d’imposer la civilisation aux autres races, je dis avec Lyautey qu’il s’agit de pure folie car les Africains ne sont pas inférieurs puisqu’ils sont « autres ».

2) Dans votre livre vous proposez de supprimer l’aide.

Oui, car l’aide, en plus d’être inutile, infantilise l’Afrique en lui interdisant de se prendre en main, de se responsabiliser. Dans la décennie 1950-1960, les Africains mangeaient à leur faim et connaissaient la paix tandis que l’Asie subissait de terribles conflits et d’affreuses famines. Un demi siècle plus tard, sans avoir été aidées, la Chine et l’Inde sont devenues des « dragons » parce qu’elles ont décidé de ne compter que sur leurs propres forces, en un mot, de se prendre en charge. Au même moment, le couple sado-masochiste composé de la repentance européenne et de la victimisation africaine a enfanté d’une Afrique immobile attribuant tous ses maux à la colonisation.

3) Vous dénoncez l’ingérence humanitaire que vous définissez comme un hypocrite impérialisme et une forme moderne de la « guerre juste », mais n’était-il pas nécessaire d’intervenir en Libye pour y sauver les populations ?

Parlons-en. Nous sommes en principe intervenus pour « sauver » les populations civiles de Benghazi d’un massacre « annoncé ». En réalité, nous avons volé au secours de fondamentalistes islamistes, frères de ceux que nous combattons en Afghanistan. Cherchez la logique ! Violant le mandat de l’ONU et nous immisçant dans une guerre civile qui ne nous concernait pas, nous nous sommes ensuite lancés dans une entreprise de renversement du régime libyen, puis dans une véritable chasse à l’homme contre ses dirigeants. Or, le point de départ de notre intervention reposait sur un montage et nous le savons maintenant. Que pouvaient en effet faire quelques chars rouillés contre des combattants retranchés dans la ville de Benghazi ? On nous a déjà « fait le coup » avec les cadavres de Timisoara en Roumanie, avec les « couveuses » du Koweït ou encore avec les « armes de destruction massive » en Irak. A chaque fois, la presse est tombée dans le panneau, par complicité, par bêtise ou par suivisme.

Mais allons plus loin et oublions un moment les incontournables et fumeux « droits de l’homme » pour enfin songer à nos intérêts nationaux et européens, ce qui devrait tout de même être la démarche primordiale de nos gouvernants. Nos intérêts étaient-ils donc menacés en Libye pour que nos dirigeants aient pris la décision d’y intervenir ? Etaient-ils dans le maintien au pouvoir d’un satrape certes peu recommandable mais qui, du moins, contrôlait pour notre plus grand profit 1900 kilomètres de littoral faisant face au ventre mou de l’Europe ? Nos intérêts étaient-ils au contraire dans la déstabilisation de la Libye puis son partage en autant de territoires tribaux livrés aux milices islamistes ? Sans parler des conséquences de notre calamiteux interventionnisme dans toute la zone sahélienne où, désormais, nos intérêts vitaux sont effectivement menacés, notamment au Niger, pays qui fournit l’essentiel de l’uranium sans lequel nos centrales nucléaires ne peuvent fonctionner…

4) Votre conception du monde n’a-t-elle pas une influence sur vos analyses et prises de positions ?

J’ai une conception aristocratique de la vie, je dis aristocratique et non élitiste, la différence est de taille, et alors ? Depuis 1972, soit tout de même 40 ans, je parcours toutes les Afriques, et cela du nord au sud et de l’est à l’ouest, ce qui me donne une expérience de terrain unique dans le monde africaniste ; c’est d’ailleurs pourquoi mes analyses ont du poids. Dès le mois de décembre 2010, dans ma revue, l’Afrique Réelle, j’ai annoncé ce qui allait se passer en Egypte trois mois plus tard. De même, dès le début, j’ai expliqué que le « printemps arabe » n’était qu’un mirage, un miroir aux alouettes autour duquel tournaient les butors de la sous-culture journalistique cependant que, méthodiquement et dans l’ombre, les Frères musulmans préparaient la construction du califat supranational qui est leur but ultime.

Voilà les propos que les téléspectateurs d’I-Télé n’ont pas eu le droit d’entendre.

dimanche 11 décembre 2011

J'suis heureux - Didier Bénureau

Un de nos sympathique lecteur nous a fait le plaisir de nous faire connaitre ce sketch de Didier Bénureau que vous pourrez visionner grâce au lien ci-dessous.

C'est à croire que M. Bénureau est un fidèle lecteur de la Chronique de Cochon sur Terre.
Ce qui serait encore plus réjouissant c'est qu'il n'ait jamais entendu parler de nous.
Ce qui est très probablement le cas.
Cela nous donne donc beaucoup d'espoir quant au combat que nous menons contre Cochon sur Terre.

Vous noterez, chers lecteurs, que tous les thèmes principaux contre lesquels nous ne cessons de ferrailler ici, à la Chronique de Cochon sur Terre, sont évoqués par Didier Bénureau.
Courage, chers lecteurs, nous sommes moins seuls que nous ne le pensions !

Riez donc et moquez-vous à gorge déployée grâce à Didier Bénureau qui sait bien que la meilleure arme contre Cochon sur Terre reste le rire et la dérision ; car le rire implique la conscience aiguë de ce dont on se moque et par conséquent la conscience et l'acceptation de notre condition de mortel. Ce qui fait bien de la capacité à rire la spécificité caractéristique de l'être humain par rapport aux autres espèces qui, elles, n'ont pas cette conscience dont Cioran disait que nous étions "tombés dedans" comme on chute dans un gouffre.
C'est précisément ce dont nous devons apprendre à nous remettre.

Mais pour le moment riez Milord car il n'y a pas que des Cochons sur Terre !


samedi 2 avril 2011

Libye, où la décadence de la politique étrangère de la France.

Chers lecteurs de la Chronique de Cochon sur Terre, nous reproduisons ici intégralement un article remarquable de Dmitri Babitch paru le 1 er Avril 2011 dans le quotidien russe RIA Novosti.

L'auteur s'attarde au rôle du tragique BHL dans cette histoire aberrante. Il faut néanmoins souligner avec insistance que le pseudo philosophe n'aurait jamais pu faire quoi que ce soit s'il n'avait eu l'oreille et l'ego attentifs du Président lui-même. Comme nous l'avions souligné dans notre dernier post sur la Libye, cette guerre, voulue mordicus par notre napoléon élyséen de pacotille, ne fût déclenchée que pour des raisons dans lesquelles l'intérêt de la France n'a aucune part. Bien au contraire pourrions-nous ajouter, comme l'avenir ne manquera pas de le démontrer.

Cette guerre n'a aucune raison d'être à part une tentative de rehausser une côte de popularité au plus bas et permettre ainsi au candidat Sarkozy d'aborder la campagne électorale pour les présidentielles de 2012 dans de meilleures conditions. Cela dit il semblerait que ce calcul n'ait absolument pas pris dans l'opinion, la ficelle étant probablement trop grosse et les Français se sentant incurablement lassés de l'agitation de leur Président dont le comportement leur apparait toujours, malgré ses efforts, comme relevant plus du show-biz commercial que de l'homme d'Etat. D'ailleurs, si tel n'était pas le cas, il est évident que le dit BHL n'aurait pas eu la possibilité d'appeler Sarkozy sur son portable de Benghazy pour lui vendre sa salade avariée en lui faisant miroiter "un coup" fumeux. En l'occurrence ce fameux "coup" se révélera fumeux et fumant.

Et tant pis pour nous qui payerons les pots cassés, au propre comme au figuré.


Comment BHL a poussé la France à s'engager dans le conflit libyen (Publié originellement par Dmitri Babitch dans RIA Novosti le 01.04.2011).

L’homme qui pratiquement à lui seul a réussi à convaincre le président français Nicolas Sarkozy de reconnaître le gouvernement "alternatif" de la Libye, exhortait à la fin des années 1990 l’Occident à reconnaître le "président" tchétchène Aslan Maskhadov et son "premier ministre" Chamil Bassaïev. Après les événements de Tskhinvali (conflit russo-géorgien d'août 2008, ndlr), il qualifiait également Mikhaïl Saakachvili d'"homme le plus hostile à la guerre" qu’on puisse jamais rencontrer. Tous ces faits invitent à se poser la question suivante: sur quelles informations et en provenance de quelles sources l’opération militaire internationale en Libye se base-t-elle?

Le nom de cet homme, de l’informateur de Sarkozy, est Bernard-Henri Lévy, BHL pour les intimes. Il signe ses articles, comme son ami et collègue André Glucksmann, "Bernard-Henri Lévy, le philosophe."

BHL est millionnaire, et il a accordé un entretien aux journalistes du magazine allemand Spiegel dans sa résidence permanente de l’hôtel parisien Raphaël en présence d’un valet. Ses jugements sont comme toujours péremptoires et sans appel: "Vous avez un mauvais ministre des affaires étrangères et il vous faut s’en debarasser... Et l'Allemagne aura beaucoup de mal à satisfaire son ambition légitime d'avoir un siège permanent au conseil de sécurité de l'ONU".

On pourrait croire entendre le seigneur de l’Univers, et non pas un modeste "activiste de la diplomatie populaire qui n’a aucun pouvoir, à l’exception de celui que lui donne la conscience" (c’est ainsi que BHL s’est modestement décrit lors d’une conférence en ligne avec les lecteurs du quotidien Le Monde). Mais le problème est précisément dû au fait que l’influence de BHL sur la politique mondiale au cours des dernières semaines a été plus importante que celle des 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne réunis.

En se rendant début mars à Benghazi, Lévy appelle Sarkozy et propose au président de la république de rencontrer personnellement les dirigeants du Conseil national de transition (CNT) qui luttent contre Kadhafi. Sarkozy donne immédiatement le feu vert à la visite de ces messieurs accompagnés par Lévy à Paris, sans même prendre la peine de prévenir son propre ministre des Affaires étrangères Alain Juppé. Le 10 mars, Sarkozy annonce personnellement la reconnaissance du CNT par la France en tant que gouvernement légitime de la Libye. Juppé a été pris au dépourvu par cette décision.

"C'est la première fois dans l'histoire de la Ve République qu'une décision majeure de politique étrangère est annoncée par... des personnalités étrangères !", s'étrangle dans Le Monde un diplomate français qui a souhaité garder l’anonymat.

Le fait est que les diplomates français sont arrivés en Libye quelques jours après Lévy. Et les Libyens ont expliqué aux diplomates qu’une personnalité bien plus importante qu’eux, "l’homme du président", était déjà venu et qu’il avait accompagné les dirigeants des rebelles à Paris. "Tu mesures que leur arrive, c'est un acte politique majeur ? ", lui demande Bernard-Henri Lévy. Ces phrases de Lévy ont accompagné la discussion avec Sarkozy et ont beaucoup impressionné les Libyens. Seul un philosophe du calibre de Lévy ou de Glucksmann peut se permettre de tutoyer le président français.

"J’ai seulement proposé au président d’accueillir les représentants de la Libye libre", dit modestement Lévy aujourd’hui, depuis que sa "proposition" a provoqué un nouveau cycle de guerre civile en Libye avec l’implication des puissances européennes. Rappelons que de la même manière en 1999, après l’attaque contre le Daguestan par Chamil Bassaïev, Lévy avait recommandé à l’Occident de reconnaître l’autorité de Maskhadov en Tchétchénie.

Le reconnaître afin de contrarier le régime russe "stalino-hitlérien" (sa propre expression!). Il ne reste plus qu’à regretter qu’à l’époque les Français n’aient pas apprécié à sa juste valeur la proposition de Lévy et ne l’aient pas envoyé de l'hôtel Raphaël dans un établissement plus adapté pour des auteurs d'idées de ce genre. Probablement, Alain Juppé, qui a rencontré le philosophe hyperactif pendant son premier mandat à la tête du ministère des Affaires étrangères en 1993-1995, aurait même accepté de l’accompagner. A l’époque, après s’être rendu à Sarajevo, Lévy exigeait des pays de l’OTAN qu'ils bombardent sans attendre les positions serbes en sabotant ainsi les actions des diplomates français et allemands, qualifiées à l’époque de "plan Kinkel-Juppé", qui cherchaient un règlement politique du conflit.

En regardant les images de l’opposition libyenne à la télévision et en voyant ces "cavaliers" du XXIe siècle avec des mitrailleuses sur des pick-up japonais, d’autres protégés de Lévy viennent à l’esprit. Les combattants tchétchènes, les moujahids afghans (la mention du nom de Massoud dans l’appel téléphonique de Benghazi n’est pas un hasard), les miliciens bosniaques d’Alija Izetbegovic. Et le tout dernier: Mikhaïl Saakachvili. Voici ce qu’a écrit Lévy à son sujet le 20 août 2008 dans Le Monde: "Il est francophile et francophone. Féru de philosophie. Démocrate. Européen. Libéral au double sens, américain et européen, du mot. De tous les grands résistants que j'aurai rencontrés dans ma vie, de tous les Massoud ou Izetbegovic dont il m'a été donné de prendre la défense, il est le plus évidemment étranger à l'univers de la guerre, à ses rites, ses emblèmes, sa culture - mais il fait face."

Personnellement, les emblèmes de la guerre sont probablement étrangers à BHL, mais il ne dédaigne pas de déclencher des guerres. L’algorithme est toujours le même: il faut d’abord trouver un conflit, suivi de "l’hystérie pour la défense des droits de l’homme", puis un règlement militaire (et seulement militaire, jusqu’à l’anéantissement total de l’ennemi!).

"Allez fouiller dans mon inconscient!", a lancé avec mépris Lévy aux lecteurs du Monde, lorsqu’ils ont osé supposer que l’amour pour les combattants était proche des complexes étudiés par Freud. Ou peut-être les Etats-Unis, l’Union européenne et surtout la France devraient fouiller dans leur propre subconscient: pourquoi de telles personnes forgent-elle l’opinion publique et sont-elles considérées comme la "conscience de l’Europe"? Et cela vaut-il la peine de les écouter? Ainsi que les interlocuteurs recommandés par messieurs Lévy et Glucksmann en Russie, au Kosovo, en Libye…

Les opinions de l'auteur exprimées dans cet article correspondent en tous points à celle de la rédaction de la Chronique de Cochon sur Terre.