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dimanche 3 janvier 2010

Tentative d'attentat sur le vol Amsterdam-Detroit: une réussite exemplaire !

Extrait d'un texte destiné à un essai sur les USA. Ce qui suit fût écrit en Mai 2009 lors de mon séjour d'un mois et demi à New-York, avant mon périple de plusieurs mois qui s'acheva à San-Francisco.


"Le grand historien américain Richard Hofstadter (1916 - 1970) a écrit au début des années 60 un essai dont le titre est: « The paranoid style in US politic ». C’est une vieille habitude de la vie politique américaine dont on peut affirmer que les racines sont religieuses et remontent au 17eme, avec les persécutions entreprises par les puritains, notamment les chasses aux soit disant sorcières de Salem où encore les massacres d’Indiens. Politiquement parlant les crises de paranoïa commencent rapidement après la fondation du pays, dés la fin du 18eme avec les « Bavarian Illuminati » qui était un mouvement anti-jacobin dont les membres craignaient un complot révolutionnaire et anti-religieux aux USA, subventionné par les révolutionnaires français. Cela se poursuivit avec la crise anti-maçonnique au début du 19eme, puis la crise anti-catholique au milieu du 19eme, la crise anti-immigré au début du 20eme, le Maccarthysme dans les années cinquante et l’anti-communisme qui suivit, et enfin la crise de paranoïa actuelle. On voit donc que les périodes de calme sont assez rares et que les différentes hystéries se succèdent les unes les autres avec une régularité pour le moins étonnante. Nous y reviendrons.


Selon Richard Hofstadter les individus atteints de ce «paranoid style» voient l’histoire comme une conspiration «set in motion by demonic forces of almost transcendant power, and what is left to be needed to defeat it is not the usual methods of political give-in-and-take, but an all-out crusade...» Et il continue un peu plus loin: «Since what is at stake is always a conflict between absolute good and absolute evil, the quality needed is not a willingness to compromise but the will to fight out to a finish.» Et il ajoute: «This demand for unqualified victories lead to the formulation of hopeless demanding and unrealistic goals, and since these goals are not even remotely attainable, failure constantly heightens the paranoid frustration.»


C’est ce qui ne manque pas de frapper lorsque l’on se retrouve face à cette procédure sécuritaire invraisemblable. On ne peut s’empêcher de se dire que toute cette immense machinerie, cette bureaucratie mobilisée pour ficher le monde entier, ces moyens colossaux déployés pour arrêter d’éventuels terroristes qui ne passeront certainement jamais par une frontière officielle pour perpétrer leurs actes de mort, on ne peut s’empêcher de voir dans tout cet arsenal un coté à la fois obscène et pathétique. En clair je ne pouvais pas ne pas y voir un aveu formidable d’impuissance, un aveu de faiblesse et de peur, le tout masqué par une fuite en avant délibérée dans un déploiement enragé de puissance technologique qui, comme le montre les échecs en Irak et en Afghanistan, ne sert finalement pas à grand chose. Ce sont ces «hopeless demanding and unrealistic goals» qui montrent le mieux l’hubris dont sont atteints les dirigeants américains, cette mégalomanie qui les amènent logiquement à s’appuyer sur la technologie la plus avancée, de plus en plus coûteuse, nécessitant des moyens toujours plus complexes et lourds pour être mise en oeuvre, de plus en plus en décalage avec ce qu’elle prétend combattre. Et qui, pour finir, génère une hypertrophie bureaucratique qui, à son tour, génère la confusion et l'inefficacité. Et puis à la fin de toute l’histoire, cela aboutit à asservir toujours plus, grâce à un flicage globalisé, ceux que l’on était censé protéger au départ et dont les fiches dûment complétées, elles, finissent par remplacer celles de ceux que l’on était censé combattre. Car la machinerie une fois en place doit bien se trouver une occupation, même si c’est pour oeuvrer contre ceux qu’elle était censé servir à défaut de ceux, introuvables, qu’elle était censée éliminer.


On ne peut s’empêcher d’avoir ce sentiment étrange d’être à la porte d’un camp retranché, assiégé par des hordes de barbares campant aux pieds de ses miradors, de ses réseaux électroniques destinés à se protéger des terroristes, de ses murs érigés contre les immigrants mexicains, de ces drones destinés à survoler la frontière avec le Canada pour signaler d’éventuels illégaux aux patrouilles trop peu nombreuses pour un territoire beaucoup trop vaste; un sentiment de forces désespérées jouant le tout pour le tout, s’arc-boutant dans un dernier effort totalement inadéquat, et inefficace de surcroît, pour rejeter l’envahisseur.

Il ne s’agit pourtant pas de nier une menace, il ne s’agit pas d’ouvrir les frontières en grand et laisser entrer le monde entier, certainement pas. Il s’agit simplement de se demander si la réponse apportée est bien la bonne; il s’agit de se poser la question de savoir si ce monstrueux système mis en place pour contrer ce qui est perçu comme une menace est nécessaire et approprié à la tâche qui lui est fixé; il s’agit surtout de savoir si cette idéologie du zéro risque, complètement absurde, n’est pas le prototype même de la «demand for unqualified victories which lead to the formulation of hopeless demanding and unrealistic goals» d’une part, et d’autre part si cela ne mène pas précisément à cette débauche de moyens qui finissent par se neutraliser les uns les autres et par sombrer dans l'inefficacité en raison de leur hypertrophie même."


Ajoutons brièvement que cet attentat manqué fût une immense réussite. En effet les conséquences de cet échec seront tout aussi absurdes que si l'avion avait explosé pour de bon, le tout sans aucune victime !
Il suffit de voir les réactions hystériques et paniquées de la fourmilière de Cochon sur Terre après avoir reçu ce coup de pied dans l'arrière train. On déclare la guerre à Al Quaeda (sic) pour la seconde fois (on a du oublier que c'était déjà fait depuis neuf ans) et on menace à nouveau d'envahir un nième pays, cette fois le Yemen, comme si cela changera quoi que ce soit et comme si les USA avaient les moyens de le faire. Quelle importance on empruntera ! Apparemment l'Afghanistan n'a pas suffit à montrer à nos dirigeants bien-aimés que les invasions ne sont pas forcément les moyens les plus efficaces pour réduire les terroristes.
En France et en Europe on s'emploie bien évidemment à augmenter encore les mesures de sécurité, probablement pour accélérer la faillite annoncée des compagnies aériennes en rendant définitivement les voyages en avion le plus odieux possible; cela, peut-être, incitera à voyager moins loin et à utiliser le train en attendant que, là aussi, on rende son utilisation impossible.
Encore un effort, nous sommes dans la bonne direction ! Nous allons bientôt tous rester chez nous...
Ce qui, entre parenthèse, est excellent pour notre climat. Comme quoi le terrorisme a des conséquences écologiques positives.

Toutes ces mesures sont donc destinées à l'inefficacité grandissante, à coûter de plus en plus cher et, au bout du compte, à échouer systématiquement comme le démontre cette tentative réussie d'attentat. Réussie car cela va augmenter considérablement la pagaille et la désorganisation générale qui sont les principales caractéristiques du système, ô combien. Cet événement n'a fait que le souligner de manière spectaculaire. Et plus le système ubuesque dans lequel survit Cochon sur Terre se chargera de fardeaux de moins en moins soutenables, comme c'est le cas tous les jours, plus son effondrement s'accentuera.

Mais nous reviendrons sur le sujet prochainement, particulièrement sur ce qui pourrait bien être la nouvelle stratégie des terroristes destinée, si c'était le cas, à une réussite époustouflante.

jeudi 20 août 2009

Health Care Reform: the dead end où la montée des périls.

Le feuilleton du Health Care Reform n’en finit pas de provoquer des surprises, des U turns, et de spectaculaires crises d’hystéries. En tout cas par l’intermédiaire des médias, merci aux Town Hall meetings qui permettent de gonfler chaque phrase où chaque rassemblement de plus de deux personnes à la dimension d’un événement national voire plus.

Mais sur le terrain, c’est à dire dans la rue, en bref dans la vraie vie, il n’y a nulle trace de toute cette agitation. On pourrait même dire que personne n’en parle à moins de lancer le sujet, et encore les paroles restent mesurées et pour le moins prudentes.

Jusqu’à maintenant.


Il semble qu’un tournant important a été franchi ce week-end dans cette affaire. En effet la Maison Blanche a annoncé que l’option publique n’était pas du tout essentielle au programme (ce qui est totalement faux) et qu’en conséquence son abandon ne poserait pas de problème majeur au Président.

Explication. C’est le signe d’un changement de stratégie complète de la Maison Blanche dans cette affaire. Jusqu’à maintenant le Président avait tenté d’obtenir une solution bipartisane sur ce problème majeur du Health Care Reform, comme d’habitude, raison pour laquelle il avait capitulé sur tous les sujets essentiels face aux lobbys et aux républicains, comme d’habitude, rendant ainsi la Réforme quasiment inutile, voire contre-productive puisque les coûts pour les assurés risquent de monter inexorablement en raison de la dépendance complète de ces derniers vis à vis des assurances. Sans parler des prix des médicaments non négociables obtenu par le lobby des industries pharmaceutiques. Mais c’était le coût à payer pour obtenir le vote des républicains qui, entre parenthèse, est absolument inutile puisque les démocrates contrôlent le Sénat et la Chambre des représentants. D’où la colère de nombre de démocrates face à cette stratégie d'accommodement, suicidaire politiquement (voir post du 7 Août). Face à l’évidence, enfin!, c’est à dire confronté à l’opposition plus que virulente des républicains, il semblerait que l’Administration se soit résignée à changer de stratégie pour faire adopter cette réforme, bien qu’ impotente due aux exigences républicaines.


D’où l’annonce de l’abandon de la «public option» envisagée publiquement ce week-end. Quelle est la signification de cette déclaration ? Cela veut dire que la Maison Blanche a renoncé à obtenir le vote républicain et qu’elle se tourne désormais vers les démocrates pour ce faire. Mais certains de ces mêmes démocrates sont résolument opposés eux-aussi à cette réforme et particulièrement à la «public option». D’où cette déclaration pour se les concilier. Le deal est la suppression de la «public option» contre le vote de la reforme émasculée. Malheureusement pour le Président cette annonce a déclenché la fureur de tous les Congressmen démocrates qui veulent la «public option». Cette fois l’Administration voit se dresser contre elle une autre partie de ses propres troupes qui, semble t’il, soulevée par la rage, a décidé de se passer du Président et d’agir comme bon leur semble. Il est certain que parmi ces derniers nous retrouvons tous les démocrates qui sont partisans du «single payer system», (voir post du 7 Août) c’est à dire au moins 83 membres du Congrès. Il semblerait que cet épisode ait soudain réveillé la combativité des partisans du «single system payer», où même de la plus simple «public option», le tout alimenté par l’espoir, désormais fondé, de pourvoir imposer au Président leurs exigences puisqu’il est maintenant clair qu’ils sont les maîtres du jeu. Car s’ils refusent de voter cette reforme en trompe l’oeil il n’y aura pas de solution possible; c’est à dire qu’aucune reforme, qu’elle soit véritable où caduque, ne pourra voir le jour puisqu’il n’y aura aucune majorité pour la soutenir chez les démocrates, sans parler des républicains qui, de toute manière, voteront contre. Mais s’ils imposent de garder au moins la «public option» les démocrates qui y sont opposés ne la voteront pas et ce sera une fois encore l‘impasse.


Etant donné la situation actuelle il y a de quoi être pessimiste, non seulement pour la Health Care Reform mais aussi pour l’avenir politique du Président qui, avec cette affaire, se trouve de plus en plus discrédité, non seulement aux yeux des républicains, cela va sans dire, mais du public et, pis que tout, des démocrates eux-mêmes dont i ne faudrait pas sous-estimer la fureur grandissante d'une partie d'entre eux. A partir du moment où ces derniers considéreront définitivement l’Administration comme inconsistante, ce qui apparaît de plus en plus clairement aux yeux de tous, sans aucune ligne politique définie ni stratégie claire, alors ces démocrates du Congrès risquent fort de se comporter indépendamment des voeux de l’Administration et du Président. Ce dernier se trouvera de plus en plus isolé face à un Congrès incontrôlable et à une population sceptique et désemparée au mieux.


Il est désormais très probable que ce soit la situation qui se développe dans les semaines à venir. Or à une époque où ce pays traverse une crise majeure, encore une fois pas seulement économique où financière mais véritablement existentielle, à une époque où ce pays est confronté à l’exacerbation exponentielle des divisions internes qui furent contenues jusqu’à maintenant grâce aux flots d’argent qui recouvraient le pays, le manque d’autorité du Président est un facteur capital dans l’aggravation du désordre général. Ce manque d’autorité de plus en plus éclatant, ce manque non seulement de volonté mais aussi de vision politique de plus en plus manifeste, laisse clairement le champs libre aux puissances déstructurantes qui sapent désormais en toute impunité les fondements du gouvernement fédéral, à la recherche exclusive de leurs intérêts propres sans que l'intérêt général ne soit pris en compte ni défendu par qui que ce soit. La pagaïe s’étend, le système est quasiment bloqué et la cocotte minute est en état de surchauffe.


lundi 17 août 2009

Des ranchs du Montana à Bernanos.

Je suis depuis 5 jours dans un ranch du Montana, au milieu de rien où au milieu de tout, selon la perspective dans laquelle on se place. Nous sommes ici au Sud-Est du Montana, proche du Wyoming et du Yellowstone National Park, que je recommande vivement de visiter, à 10 miles de toute route goudronnée, perdus au fond d’une petite vallée où serpente une rivière où vient s’abreuver toute la faune sauvage où non qui vit dans la région. Je suis l’hôte des propriétaires de ce ranch qui n’est pas énorme puisqu’il fait 4.000 acres (1 hectares vaut 3 acres à peu près); comme tout ranch qui se respecte l’élevage est leur principale activité; non pas l’élevage des cochons, il y en a déjà assez comme çà, mais des bovins.

Cela me fait des vacances !

Entre parenthèse la visite du Yellowstone National Park m’a permis de me retrouver nez à nez avec un bison qui avait décidé que la route lui convenait pour sa promenade hebdomadaire, ce qui a engendré un gigantesque embouteillage au milieu du parc, avec des miles (I mile vaut 1.6 km) de files de voitures attendant le bon vouloir du sieur bison de dégager. Heureusement j’étais de l’autre côté de la route ce qui m’a évité d’attendre pendant des heures.

J’avoue avoir été déçu par l’animal en question car je le pensais beaucoup plus gros. Ce sont des sortes de vaches foncées, plutôt maigres, avec une proéminence couvrant les épaules et le cou jusqu’à la tête, un peu comme un gnou (si je ne me trompe pas d’animal...), le tout couvert de poil noir frisés. Des cornes bien sûr, des yeux situés assez bas sur le crâne et un regard sur l’existence et le reste qui m’a semblé assez las. Cela peut se comprendre aisément. Ce doit être un bison sage à défaut d’être futé (ahahah). La question est de savoir si ce regard sur le vie était spécifique à ce bison où à l’espèce en général. Dans ce dernier cas il faudrait leur envoyer d’urgence nos cochons pour des stages intensifs car cela leur ferait certainement le plus grand bien.

Quoique... A la réflexion ne sont-ils pas déjà en stade d'imbécillité terminale ?


Bien, revenons au ranch.

Je le disais plus haut un ranch de 4.000 acres contenant environ 200 à 300 têtes de bétail, c’est à dire des vaches, des veaux, qui sont vendus à six mois, et huit taureaux (alors là vraiment gros, et certains sont noirs comme du charbon et magnifiques...). Bien entendu il y a également des chevaux que l’on monte pour faire le tour des pâturages afin de vérifier que les vaches ne se sont pas échappés, ce qui arrive souvent, où pour faire des excursions dans les montagnes environnantes. La faune sauvage est constituée de toutes sortes d’animaux très divers tels que des castors, des marmottes, des serpents, des cerfs où des ours qui, tous, provoquent des dégâts importants, chacun selon leur capacité de nuisance respective qui peut être considérable; et leur taille ne change rien à l’affaire. Sinon il y a de nombreuses espèces d’oiseaux auxquelles je ne connais rien, des aigles de tailles diverses dont j’ai oublié les noms et qui passent leur temps à survoler les prairies et les canyons verdoyants à la recherche de mulots, lapins où autres mets de choix. Tout cela baigne dans un silence formidable qui, parait-il, n’est pas du goût de nombre de visiteurs. Ce qui n’est pas fait pour m’étonner.


Ne croyez pas que 4.000 acres et 200 où 300 têtes de bétail permettent de vivre sur un grand train. Nullement. Non seulement cela ne paye son homme que très mal mais en plus cela devient de plus en plus difficile et décourageant, à tel point que les ranchs de la région sont vendus les uns après les autres à des étrangers, c’est à dire des gens n’habitant pas l’Etat et qui ne perpétueront pas l’élevage ni aucune vie agricole quelle qu’elle soit. Ce sont des achats effectués comme placements à long terme; mais pendant ce temps là la vie disparaît et les fermes restent inhabitées. Deux problèmes se posent aux ranchers:


  • les prix des terres sont monté beaucoup trop haut depuis ces dernières années ce qui les empêchent de racheter les ranch mitoyens des leurs afin de leur permettre de s’agrandir et d’améliorer leurs conditions de vie en ayant plus de bétail.
  • Les prix de la viande sur pied ne sont pas montés depuis quarante ans. Ce qui signifie, bien sûr, qu’ils ont considérablement baissé à monnaie constante.


La conjonction de ces deux facteurs est en train de détruire toute la vie rurale qui subsistait encore dans cette partie du pays. En conséquence les fils de ranchers ne veulent plus vivre la vie qu’ils ont vu leurs parents vivre, quant ils le peuvent, et émigrent dans les villes, ce qui aboutit à la vente des propriétés et à la désertification des campagnes. De plus, et c’est beaucoup plus grave, cela provoque une dépendance alimentaire de plus en plus importante du pays vis à vis de l’étranger puisque ce qui n’est plus produit est importé, notamment du Mexique (bovins, porcs et poulets).


En effet le rapport d’un ranch comme celui sur lequel je me trouve, s’il était très intéressant il y a quarante ans, est devenu aujourd’hui notoirement insuffisant pour faire vivre une famille, même lorsque cela implique la vie austère que l’on mène par ici. Les propriétaires de ce ranch sont âgés, elle dans les 70 ans et lui 77-78 ans. Ils ont fêtés leur 50 ans de mariage l’année dernière, ont 4 enfants, 12 petits enfants, tous plus où moins éparpillés dans la région sauf une de leur fille qui vit en Californie. Le fils aîné vit sur le ranch avec sa famille et travaille avec son père puisqu’ils n’ont plus personne d’autre pour les aider; il y a quarante ans il y avait encore six hommes et leurs familles sur la propriété. Mais le rendement est devenu si bas que cela ne permet plus d’avoir quelqu’un avec eux alors qu’ils en auraient besoin pour avoir plus de têtes de bétail. J’ai pu voir les prix de vente des vaches. Cela se fait aux enchères dans la ville située à 30 miles du ranch, lieu où se produisent toutes les transactions pour le bétail dans le County. Ce dernier est acheté par des intermédiaires qui le revendent aux groupes agro-industriels. Ceux-ci gardent le bétail pendant quelques mois, le nourrissent pour le faire grossir encore plus, le bourrent de vitamines et d’antibiotiques puis l’emmènent à la boucherie. Le rancher qui garde sa vache pendant plusieurs années, 10 ans à peu près, quelque fois plus si elle vêle souvent, est celui à qui ce business rapporte le moins. La dernière facture que j’ai pu voir montrait que pour 11 vaches il recevait, après les différentes taxes payées, environ $ 6.200,00. Au poids, selon la race etc... les prix varient entre 0,50 cents et 0,90 cents par pounds (environ 450 grammes). A comparer avec les prix demandés dans les supermarchés: pour un steak par exemple il est courant de demander $7 à $8 par pounds, et pour la meilleure qualité beaucoup plus. Les revenus sont donc très bas, surtout après avoir déduit les achat de matériel, les notes de vétérinaire et tout ce qui est indispensable à la vie d’une ferme...


Voilà pour l’aspect matériel du problème. Mais si on y ajoute la vie que mène ces gens, cela n’est vraiment pas fait pour attirer les foules contemporaines mais plutôt pour les faire fuir à toute jambe.

Le ranch fût acheté par le père du propriétaire actuel en 1933, un émigré norvégien qui arriva aux USA dans les années 1920. Son fils est né ici et n’a pratiquement pas quitté la région de toute sa vie. Sa femme est également originaire de la région et ils ne sont allé à l’étranger qu’une fois dans leur vie il y a 25 ans, en Norvège, pour visiter leur famille. Ils vont parfois en Californie pour voir leur fille, qui est médecin près de LA, et leurs petits-enfants. Bref ils ont passé leur vie sur leur ranch et dans sa région proche. Il n’est pas question ici de divertissements où de voyages d’agrément ni même de vacances. Le Dimanche, parfois, on va faire un tour en montagne à côté, ramasser des framboises sauvages, excellentes d’ailleurs, des myrtilles où des fleurs, tenter de voir un ours où deux, puis on rentre chez soi. On achète ce dont on a besoin et pas plus, pas de dépenses inutiles où superfétatoires. Ce qui ne veut pas dire qu’on vit mal où qu’on manque de quoi que ce soit. Loin de là ! On vit frugalement et on ne manque de rien d’essentiel. C’est presque merveilleux de voir à quel point il y a peu de choses essentielles au bout du compte, et contrairement à ce que notre monde paradisiaque tente de nous faire croire, on se passe très facilement de tout le reste, c’est à dire de presque tout ce dont il est constitué.

Leur existence est très réglée. La journée commence à 6 heures chaque jour, il s’en va à 7 heures et ne rentre qu’en fin d’après-midi; elle reste à s’occuper des travaux domestiques. Cela dure depuis plus de 50 ans qu’ils sont mariés. Ils se retrouvent le soir tous les deux autour de la table de la cuisine et se racontent leurs journée, de la même manière que s’ils en étaient encore à leur première année de mariage. On y parle de vaches, d’événements survenus au village, du temps qu’il fera et de ce qu’il faudra faire en fonction de cela, arroser où pas etc... Ne croyez pas que ce soit sarcastique de ma part, rien ne saurait être plus faux. Comment être ironique lorsque l’on a sous les yeux des gens qui vivent de cette manière, content de leur sort car s’en satisfaisant, alors que l’on peut en côtoyer tant d’autres abondamment fournis de tout ce que l’on peut souhaiter, comme de tout ce que l’on ne souhaite pas d’ailleurs, et qui sont chroniquement frustrés ?

Qui mérite le sarcasme ?

Elle lui rappelle de prendre ses médicaments et le surveille du coin de l’oeil sans rien dire, sans qu’il s’en rende compte. Ils n’y a pas entre eux de marques de tendresse exagérée, il n’y a pas de grandes démonstrations d’affection hollywoodiennes; pas le genre de la maison. Ce sont des gens qui ont eu une vie dure, qui ont des moeurs austères, ce qui ne les empêchent pas de rire et d’être content de leur sort mais cela n’encourage pas non plus le nombrilisme car on n’a pas beaucoup de temps pour cela. Le travail au champs pour remplacer les psys devrait permettre de faire faire de substantielles économies à la Sécu locale et donner des résultats certainement plus probants.

Ils ont élevés leurs 4 enfants, les enfants ont grandis et sont partis puis ont eu des enfants eu-mêmes qui seront bientôt en âge d’en avoir à leur tour...

Peut-on dire et ainsi de suite ?

Malgré le fait qu’ils ne vivent pas sous le même toit, les liens ne sont pas coupés ni même distendus entre les générations (pas encore). Les trois enfants qui vivent toujours dans le Montana entretiennent des relations suivies entre eux et avec leurs parents. Les grands parents jouent encore un rôle importants pour leurs petits enfants et les aident souvent financièrement, comme par exemple pour les aider à payer leurs études qui sont hors de prix aux USA. A ce niveau là je me demande ce qui arrivera lorsque cette génération ne sera plus là. Il est à craindre que ce ne soit l’éparpillement général, la fin des liens entre membres de la famille et la réduction de chacun au rôle assigné par notre société divine, déjà décrit cent fois ici, de contribuable et de consommateur.

Rien ne peut mieux résumer cette vie que ces lignes de Bernanos écrites il y a plus de 60 ans:


« Nous pensons juste ce qu’il faut, nous ne pensons pas pour penser mais pour accomplir plus efficacement notre travail quotidien, faire notre œuvre, élever nos enfants et mériter la suprême grâce qui est de vieillir avec patience, afin de pouvoir, le moment venu, mourir en paix, regarder la mort en face. Ce n’est pas notre faute si les expériences désespérées du monde moderne risquent bientôt de rendre notre tâche, non seulement difficile, mais impossible.»


J’ai encore ici, comme je l’ai déjà eu ailleurs trop souvent, le sentiment terrible de voir s’achever ce qui a débuté il y a environ 300 ans en Europe: la destruction de l’homme, où pour être plus exact la destruction de l’humanité de l’homme. C’est encore aujourd’hui le même schéma dénoncé par tant de gens depuis le 18eme siècle qui s’articule par la conjonction de deux méfaits:


  • d’une part la transformation des anciens individus en masses compactes de consommateurs coupés de leurs semblables et sevrés de toute préoccupation autre que matérielle.
  • d’autre part l’apparition d’un monstre, l’Etat jamais rassasié, qui dévore toujours plus la liberté des anciens individus jusqu’à les placer sous sa complète tutelle.


Lorsque cette ancienne liberté disparaît au profit d’un processus mortel de domestication et de clonage par l’Etat et la société de consommation; lorsque l’évolution de toutes les sociétés qui subirent l’industrialisation à outrance aboutit à l’extension parasitaire du marché à tous les domaines de l’existence; lorsque cette marchandisation générale de l’existence de tous impose l’uniformité des aspirations et des désirs des populations domestiquées; lorsqu’on en arrive à retirer aux parents l’éducation de leurs enfants, lorsque le soin des plus âgés et tous les multiples aspects de la vie de moins en moins privée de chacun, toujours pour les mêmes raisons, sont tous remis entre les mains gluantes de l’Etat; en conclusion, et pour aller vite, lorsqu’on en arrive au prodige de faire accepter à toutes ces populations massifiées et formatées la situation totalement anormale de l’homme contemporain, comme non seulement légitime mais désirable, on aboutit alors au monde qui est le nôtre aujourd’hui, celui que Bernanos décrivait ainsi:


«Le monde moderne est un monde humilié, un monde déçu, c’est ce qui le rend furieux. Le sentiment de la ridicule disproportion entre ses réalisations et ses promesses donne à cette fureur un caractère de férocité. Tous les ratés sont cruels. Le monde moderne est un monde raté, il risque aujourd’hui de se jeter dans le suicide pour échapper à l’intolérable aveu de son impuissance..»


Dans ce ranch du Montana, dans cette région où subsiste encore des hommes non domestiqués par les fléaux du modernisme, les cadavres rodent néanmoins à la porte; cadavres articulés, cadavres embaumés et maquillés, cadavres nourris et confortables mais cadavres quand même.

Mes hôtes, eux, ne connaîtront jamais cette dégradation, mais il est probable, pour ne pas dire certain, qu’ils seront les derniers à ne pas être mis sous tutelle et asservis à l’état de consommateur subventionné.

Ici donc les spectres sont encore tenus à distance par la seule présence de ces hommes encore libres. Les morts-vivants ne peuvent être confrontés à cette lumière ; elle les tuerait puisqu’ils ne savent survivre que dans l’obscurité des soubassements douillets des fosses sceptiques de notre monde idylliques. Mais lorsque la vie s’éteindra ils recouvriront alors de leur vaste couverture opaque et étouffante le territoire jadis fertile, et désormais abandonné par l’homme, des terres libres.

Le temps de la survie sera désormais la norme ici aussi, comme il l’est déjà presque partout ailleurs.

(Burnt Out Lodge, écrit le 9 Août 2009)

jeudi 6 août 2009

De notre identité nationale à l'étranger...

Il y a deux jours je me trouvais dans le Sud-Ouest du Colorado, plus exactement à proximité du Parc National de «Misa Verde», que je recommande d’aller voir car c’est très beau.

Je me trouvais dans une v...., enfin une agglomération (oui, je sais je la ferme!), dans laquelle je tournais en rond désespérément à la recherche d’un magasin qui pourrait me fournir des fruits. Eh oui, dans certaines région de ce pays il est difficile d’en trouver ! Heureusement, et à mon plus intense soulagement, je découvris un ... Wall Mart !


Inutile de vous dire que je me précipitais dans le parkings pour 10.000 voitures, sans compter les places des autobus, des camions et des avions, enchanté à l’idée de pouvoir enfin m’acheter des fruits.

Oui je sais ! Wall Mart me direz-vous avec vos mines dégoûtées de Bobos à roulettes, français qui plus est, c’est à dire encore plus gâtés que le reste du monde, ceux qui ont la chance inouïe d’habiter en France où ils peuvent descendre acheter leur pain quant bon leur semble, où ils peuvent aller chez l’épicier du coin pour acheter des fruits où se taper un bout de saucisson venant tout droit du Cantal, sans parler de s’installer à la terrasse d’un café pour vous goinfrer d’un croissant !!! Non mais vous croyez que c’est une situation normale, vous ? Eh bien laissez-moi vous dire que non seulement votre situation de français en France n’est pas normale mais en plus elle est unique ! Alors tâchez de comprendre les pauvres français à l’étranger qui ont le plus grand mal à se nourrir d’une façon qui serait à peine acceptable en France car sachez le bien: si on vous obligeait à subir ce qu’un français à l’étranger doit supporter en matière alimentaire, vous seriez tous dans la rue avec des fourches ! Nous, dans la situation qui est la nôtre, on tente de survivre le moins mal possible et s’il le faut grâce à Wall Mart.


Eh bien non, c’est pour cela que vous ne pourrez jamais vous rendre compte à quel point c’est jouissif de repérer un Wall Mart dans une v....., non, une agglomération aux USA. Sauf lorsqu’il y a un Whole Food (organiques et hors de prix), mais c’est rare car ces magasins là ne fréquentent pas n’importe quelle agglomération. Ils sont très snobs... D’ailleurs lorsque j’ai eu le courage, toute honte bue et bien avalée, d’avouer à une amie avec qui je dînais à Santa-Fe l’autre soir, que je fréquentais les magasins en question (Wall Mart), j’ai cru qu’elle allait se mettre à vomir dans mon assiette. Mais il faut savoir que la population de Santa Fe ne se déplace que dans les Whole Food. Il y en a d’ailleurs un très bien dans lequel je me suis précipité dés que je l’ai repéré (j’ai un très bon flair pour ce genre de chose, et je suis convaincu que c’est dû à un gêne particulier aux français).


Donc reprenons. Je sors de ma voiture à la vitesse de l’éclair et me précipite tête baissée, nez en avant, à l’intérieur de la section «Food». Etant donné que tous ces magasins sont aménagés de la même manière (c’est bien la seule occasion que je bénirai l’uniformité) j’allais tout droit au rayon fruits et légumes, assuré d’y trouver mon bonheur pour la journée à venir. Généralement je suis souvent assez isolé devant ce rayon, les rayons chips, candies et autre soft drinks où beers étant beaucoup plus encombrés. Quelle ne fût pas ma stupéfaction, et pratiquement mon indignation, de voir le rayon envahi par une bonne dizaine d’individus, de tous âges, y compris des enfants, tous agglutinés autour de MES fruits, retournant, tâtant, comparant, reniflant etc... le tout en grande discussion, quasiment métaphysique si j’en jugeais à la gravité des visages qui regardait tous ces fruits d’un air nettement suspicieux. Je m’approchais lentement, l’air dégagé de celui qui ne s'intéresse pas du tout à ce que racontent les voisins, tout en faisant tout pour ne pas perdre une miette de leur conversation. Voilà ce que cela donna, sans aucun besoin de traduction :


  • Non, mais on va pas acheter çà, t’as vu la couleur ! dit un homme d’une quarantaine d’année avec un air franchement indigné par la couleur de la pomme qu’une femme fourrait dans un sachet d’un air décidé.
  • Ouais ben couleur ou pas couleur on les achète parce que moi j’en ai marre de rien bouffer depuis deux jours, coupa la femme (la sienne j’imagine) en remplissant un sachet des pommes litigieuses.
  • En plus j’sais pas si vous avez remarqué mais c’est un Wall Mart, continua l’homme qui n’aimait pas les pommes d’un air de léger reproche.
  • Et alors ? répondirent les autres.
  • Eh bien c’est ceux qui exploitent leurs caissières il parait.
  • Oui, ben tu fais c’que tu veux mais c’est pas mon problème, répondit sa femme en prenant des framboises. Et puis j’te signales que chez nous c’est du pareil au même; Casino où j’sais plus lequel qui paye leurs caissières 700 où 800 Euros par mois... Alors Wall Mart où pas Wall Mart...
  • Qu’est ce que je donnerai pas pour une bonne baguette, dit soudain un autre en regardant autour de lui.
  • Ben c’est pas ici qu’tu vas la trouver ta baguette, moi j’te l’dis, répliqua celui qui n’aimait pas les pommes. J’suis allé voir, y a qu’des trucs dans des sachets en plastique. Imbouffables; alors merci, j’te les laisses.
  • Alors t’as trouvé, demandèrent les deux hommes d’une seule voix à un autre qui arrivait avec un caddie à moitié rempli.
  • Ben non, y a qu’du californien, répondit le nouveau venu d’un air dépité.
  • Merde alors, tu vas pas me dire qu’ils ont pas de bordeaux dans ce patelin, c’est pas possible çà !
  • Le vin californien c’est peut-être pas si dégueulasse que çà après tout, il parait qu’ils ont des vignes françaises en Californie.
  • Bon, écoutez les gars, arrêtez de râler parce que vu qu’on vient d’arriver; alors il faudra bien s’y faire parce qu’il y a encore deux semaines à tenir. Laissez-nous acheter ce qu'il nous faut et occupez-vous des boissons. Cette fois c’était une autre femme, du même âge que les autres, qui fit cette déclaration ferme et pleine de bon sens.

Tandis que les hommes partaient de leur côté en lançant des regards inquiets aux étalages, les femmes et les enfants continuaient de fourrer des fruits dans le caddie avec un empressement qui me rappela le bon vieux temps de la pénurie communiste en URSS où dans les pays de l'Est. Cette époque, dont certains sont si nostalgiques, où il fallait toujours être prêt à acheter ce qui se présentait à l'étalage, même si on n'en n'avait nul besoin immédiat, de peur de ne pas retrouver l'article en question pendant les dix prochaines années.


Après les avoir laisser faire leurs courses tranquillement je fis les miennes et remontais dans ma voiture.

Arrivé à la station d’essence la plus proche je me garais à la pompe à côté d’une autre voiture. Je descendis pour aller payer à la caisse, car ici on paye d’abord; cela évite de partir par inadvertance sans payer... Je revins à ma voiture où je commençais à remplir mon réservoir. Il s’avéra que les occupants de la voiture voisine de la mienne étaient français. Encore ! Les parents et leurs deux enfants, habitant Lyon. On parle du voyage, quant êtes-vous arrivé et bla bla bla. Puis on passe aux choses sérieuses avec la mère, très sympathique.


  • Vous faîtes comment vous ?
  • Pardon ?
  • Eh bien pour vous nourrir ?
  • Ah, oh ce n’est pas très simple, répondis-je en riant.
  • Ah vous trouvez aussi, dit la mère presque soulagée à l’idée qu’ils n’étaient pas les seuls dans la même situation.

Je lui racontes alors la scène à laquelle j’ai assisté dix minutes avant au Wall Mart.

  • Ah ben nous aussi ! s’exclama t’elle. On achète des fruits dés qu’on trouve un Wall Mart parce-que tout est tellement gras ici, c’est dégoûtant. On se nourrit de fruits, de yaourts et de céréales.
  • Exactement comme moi, répondis-je.


Décidément on ne pourra pas dire qu’il y n’y a pas quelque chose de bizarre chez nous autres les français; bizarre dans le sens d’unique bien entendu.

Notre forte identité nationale probablement, qui est par ailleurs bien réelle, contrairement à ce qu'on tente de nous faire croire.



mercredi 5 août 2009

De quelques détails sur le bord de la route...

Vous saviez que les USA sont des Etats unis entre eux par une Constitution en vertu de laquelle les Etats délèguent à l’Etat Fédéral certaines de leurs prérogatives d’Etats souverains. Selon la fameuse formule, que certains ici commencent à réinterpreter en faveur des Etats Fédérés, «l’Etat Fédéral n’est qu’un agent des Etats Fédérés». Ce qui signifie que chaque Etat Fédéré est indépendant, possède des lois qui lui sont propres, ainsi que des habitudes de vie, des moeurs où même des vision de la vie variables d’un Etat à l’autre. En théorie en tout cas, car les différences, la plupart du temps, se réduisent à des limitations de vitesse variant de dix miles selon l’Etat, à des exemptions d’impôts de l’Etat fédéral pour les sociétés (le Delaware où la Floride), le droit de porter des armes à feu librement (Montana par exemple) où les mariages entre individus de même sexe (Massachussets). Il y a encore de nombreux autres exemples mais là n’est pas le propos.


Il y en a pourtant un dont personne ne parle jamais mais qui est ... surprenant pour le Français ringard comme moi qui se balade à travers les USA en utilisant le réseau routier.

Aussitôt passé la frontière de l’Etat du Michigan, le conducteur attentif ne peut manquer de remarquer des panneaux étranges... Pour être plus précis les panneaux en eux-mêmes ne posent aucun problème; ils sont grands, carrés et oranges de manière à ce qu’on ne puisse pas les rater. Ces panneaux là sont toujours postés avant des zones de travaux afin de prévenir les automobilistes de la présence d’ouvriers sur le bord de la route, et par conséquent de ralentir afin d’éviter un accident. Jusqu’à maintenant vous ne voyez pas l’étrangeté du panneau; attendez un peu. Qu’est-il écrit sur le panneau? Dans le Michigan ceci:


«If you hit a worker you will pay $ 7.500,00»


N’est-ce pas curieux ? Imaginez un peu les syndicats si on mettait des panneaux de ce genre sur nos route en France où en Europe ! D’ailleurs syndicats où autres, ce ne serait certainement pas très populaire et je suis certain que cela soulèverait une polémique d’enfer. Quoique, à la réflexion, j’ai des doutes car à ma connaissance personne n’a jamais soulevé la question, même en Europe, et même pour se faire le plaisir de critiquer ces méchants Américains.

D’une part c’est un peu inquiétant de voir des autorités se sentir obligé d’avertir de ne pas tuer un ouvrier; comme si, sans cela, les autochtones se mettraient en tête de se faire une partie de ball-trap où d’auto-tamponneuses avec les ouvriers travaillant sur le bord des routes. D’autre part la peine encourue, en l'occurrence $7.500,00 dans le Michigan, est vraiment légère dans ce pays où il y avait soit disant tant de gens fortunés. Heureusement que ces derniers ne sont pas les criminels assoiffés du sang des ouvriers qu’on nous décrit encore dans les journaux réactionnaires de type Pravda ! Car comme divertissement je vous assure qu’il y en a qui payent beaucoup plus que cela pour un vulgaire sanglier...

Mais l’histoire n’est pas terminée. Lorsque je suis passé dans l’Etat de l’Indiana j’ai à nouveau repéré les fameux panneaux déjà décrit. Les mêmes, à un détail près. La somme n’était plus la même. En Indiana le panneau dit ceci:


«If you hit a worker you will pay $ 10.000,00»


Les enchères montent !

Je me suis longuement demandé pourquoi il existait une telle différence de prix entre l’Etat du Michigan et l’Etat de l’Indiana. Officiellement, me suis-je dit, l’esclavage a été aboli partout aux USA depuis 1865, fin de la guerre civile comme on l’appelle ici. Donc ce n’est pas la cause de cette différence de prix entre un ouvrier de l’Etat du Michigan et un ouvrier de l’Etat de l’Indiana. Et puis si accident il y a à qui revient la somme ? A l’entreprise qui emploie l’ouvrier, à la famille où à l’Etat ? C’est évident, non ? A l’Etat bien sûr... Il ne s’agit pas non plus de race où de question physique de ce genre puisqu’on ne précise pas de différence de prix en fonction de la religion, de la taille, du poids où de la couleur des yeux. Il n’est pas précisé que l’on payera plus pour un ouvrier aux yeux bleus où pour un ouvrier obèse où encore pour un bouddhiste plutôt que pour un protestant, un ouvrier maigre où un ouvrier aux cheveux blonds. Rien de tout cela. Il y avait donc une autre raison qui m’était inconnue. Eh bien j’avais tord car je connaissais la raison et vous la connaissez aussi mais vous ne l’avez pas lié à cette circonstance particulière.


C’est pourtant d’une logique implacable!

Réfléchissez un peu ! Prenons les deux mots clés de ce casse tête américain. Nous avons « ouvrier » et « $ 7.500 » versus « $10.000 ». Alors vous avez deviné ? Non, vraiment nous n’avons pas beaucoup d’imagination les Français, nous sommes décevants. Moi qui croyait dur comme fer à l’adage « on n’a pas de pétrole mais on a des idées », franchement c’est consternant car la conclusion c’est que nous n’avons ni pétrole ni idée... Eh ben, l’avenir s’annonce mal, à part que nous ne serons pas les seuls à ne plus avoir de pétrole, puisque plus personne n’en n’aura plus, ce qui est tout de même une relative consolation. J’espère simplement que nous ne serons pas les seuls à ne pas avoir d’idées...

Bon, eh bien la réponse est : c’est à cause du chômage !

Ah ça y est, tilt ! Eh bien oui, dans le Michigan ils ont un taux de chômage beaucoup plus élevé que dans l’Indiana, ce qui explique facilement et logiquement la différence de prix.


Et comment ai-je deviné ? Eh bien en lisant le Wall Street Journal, tout simplement. Je me suis tout à coup rappelé que j’étais au pays du capitalisme et du Marché par excellence. Donc cette différence de prix s’explique parfaitement par la loi du marché, c’est à dire la loi de l’offre et de la demande. Quant on vous dit que rien ne résiste au Marché, en voilà une preuve de plus !


Nous pouvons donc tirer trois enseignements importants de la présence de ces panneaux sur le bord des routes US:

  • le premier c’est que les gens fortunés sont intrinsèquement bons, sans quoi ils se feraient un malin plaisir de jouer à l’auto-tamponneuse dés qu’ils en auraient l’occasion; car à ce prix là c’est franchement donné !
  • Le second enseignement c’est que nous avons enfin la preuve irréfutable que l’homme est bel et bien devenu une marchandise comme une autre.
  • Le troisième c’est que le rédacteur de la chronique de Cochon-sur-Terre est atrocement ringard (non, j’suis pas cool quoi...) car apparemment personne n’est choqué sauf lui de la présence de ces panneaux sur le bord des routes.


Tout le monde est donc content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.

lundi 3 août 2009

Santa-Fe (NM), le 1 Août 2009

Je dois vous dire qu’il n’y a rien à écrire sur le trajet qui mène de la Nouvelle-Orléans à l’agglomération de Shreveport, située tout à fait au Nord-Est de l’Etat de Louisiane, à la frontière avec le Texas. Pourtant le trajet est long, très long même, très monotone puisqu’il n’y a pas de variations, très vert, de la végétation partout tout le long de la route, s’étendant à perte de vue; j’imaginais très bien dans les marais bordant la route les cousins des longs serpents noirâtres que j’avais déjà eu l’occasion de voir en Louisiane il y a quelques années de cela, n’attendant que l’occasion de se jeter avec voracité sur l’automobiliste assommé dont la voiture se serait précipitée accidentellement moteur en avant dans les dits marais. Pour tout dire cette route est ennuyeuse au possible !


En revanche l’agglomération de Shreveport est divertissante en comparaison. En effet c’est si effroyable que c’en est drôle. Enfin cinq minutes, pas plus, sinon on court le risque d’une dépression si avancée que le suicide parait la seule médecine acceptable, sinon possible. Je sais que je me répète mais je ne suis pas responsable du fait que toutes les agglomérations que j’ai pu traverser dans ce pays non seulement se ressemblent toutes mais ont toutes été ravagées, voire anéanties, de la même manière ! On aurait pu au moins espérer un peu d’imagination dans la catastrophe mais non ! Même le désastre est conformiste...

Là encore il faut imaginer un réseau extrêmement dense d’autoroutes extrêmement larges sur lesquels peuvent circuler de front dans chaque direction au moins six poids lourds. La beauté de la chose c’est qu’il n’y a pas une autoroute mais plusieurs, peut-être cinq ou six, arrivant de toutes les directions et se croisant dans tous les sens au moyen d’un savant enchevêtrement de ponts et de bretelles tournoyant sur elles-mêmes comme des danseuses de ballet. En béton malheureusement. Ceci dit on ne se perd pas car la signalisation est très bien faîte. Et ce réseau de routes, après l’avoir totalement encerclée, pénètre l’agglomération jusqu’à son coeur, sans aucune considération de pudeur, comme une armée victorieuse prend possession d’une ville vaincue.

Je suis arrivé là vers huit heures du soir. Il faisait déjà nuit et je mourrai de faim car je n’avais pas déjeuné. Je cherchai donc un restaurant à peu près digne de ce nom et suivant mes réflexes d’Européen incorrigible je me suis une fois de plus imaginé que peut-être, par un miracle inattendu, il y aurait un restaurant au milieu de l’amoncellement monstrueux de buildings atroces, de parkings gigantesques et de terrains vagues qui se nomme downtown. Après avoir tourné pendant un certain temps dans ce quartier sinistre sans avoir vu la moindre lumière indiquant le restaurant salvateur, et sans avoir pu me renseigner auprès de quiconque, je me suis résolu à aller me coucher en attendant des jours meilleurs pour me nourrir. C’est ainsi que je recommande fortement à tous ceux qui doivent perdre du poids de venir passer quelques semaines aux USA; c’est formidable de ce point de vue à la seule condition, mais indispensable celle là, qu’il faut détester absolument les fast food au point de ne pouvoir y entrer. A cette condition on peut maigrir assez rapidement lorsque l’on voyage dans le centre de ce pays.


De Shreveport à Fort Worth il n’y a rien de plus à dire que précédemment. La route n’est pas très longue; deux heures à peu près en suivant les vitesses réglementaires, ce qui est horriblement dangereux car il y a de quoi s’endormir à cette allure d’escargot à force de suivre des routes qui n’en finissent pas, bordées néanmoins par de vastes étendues de prairies et d’arbres; car contrairement à ce qu’on pourrait imaginer le Texas n’est pas uniquement constitué de sable sous lequel se trouvait du pétrole (il n’y en a presque plus). Loin de là ! La partie aride ne se trouve qu’à l’Ouest et au Sud-Ouest de l’Etat tandis que le reste est assez verdoyant et de ce fait utilisé pour l’élevage.

Dallas et Fort Worth ne forment quasiment qu’une seule et même agglomération même si elles sont administrativement bien distinctes. Là encore même scénario que partout ailleurs avec les malls, les autoroutes etc... L’avantage est qu’ici il y a un aéroport pour agrémenter l’ensemble, un aéroport qui plus est international, c’est à dire très grand avec tous les avantages qui en découlent, y compris les avions qui décollent et atterrissent sans cesse.

A Fort Worth il y a notamment le très beau musée d’Art Moderne que l’on doit à l’architecte japonais Tadeo Ando. Un seul bémol : le bâtiment mériterait d’être vu avec plus de recul qu’il n’y en a ; il n’est quasiment pas visible de loin et il faut se trouver sur le parking l’entourant pour se rendre compte qu’il est bien là.


De Fort Worth à Amarillo (Texas), là encore c’est plutôt une expérience à éviter. La route 287 est très longue et très déprimante car on traverse encore une quantité de villages abandonnés qui se succèdent les uns les autres au milieu d’un paysage désertique, le tout saupoudré de carcasses de voitures, tracteurs et autres engins; tout cela dans des proportions bien sûr énormes, complètement envahi par la rouille et les quelques plantes qui parviennent à pousser dans ce climat. Les anciens silos sont également en voie de désintégration tout comme les vastes bâtiments qui leur tiennent encore compagnie, par loyauté pure car il n’y a vraiment pas de quoi s’attarder dans les parages. Pour combien de temps est la seule question avant l’écroulement général, qui lui est assuré. Cela dit on peut imaginer sans peine cette région jadis agricole mais surtout une région d’élevage bien que nettement moins riche que celle se situant entre Shreveport et Dallas. Aujourd’hui, entre Fort Worth et Amarillo c’est quasiment le désert, au propre comme au figuré, et ce sur des centaines de kilomètres.


En revanche lorsque l’on quitte Amarillo par l’Interstate 40 en direction d’Albuquerque, capitale du Nouveau-Mexique, le paysage change graduellement pour devenir franchement superbe, bien que très peu habité en raison du climat. Se succèdent sur des centaines de miles des étendues à perte de vue, ondulées comme les tôles, couvertes de petites plantes touffues de couleur vert de gris qui se disputent âprement le terrain avec les cailloux. On traverse fréquemment des rios asséchés et dans ces paysages invraisemblables on s’imagine sans aucune peine les scènes de films de cow boys et de chicanos à chapeaux à larges bords se poursuivant à cheval en se tirant dessus. Ils sont sous nos yeux. Et parfois on a la chance d’avoir à subir un orage si fort qu’il fait soudain nuit en plein jour et que des trombes d’eau nous tombent dessus pendant vingt minutes à tel point que les essuie-glace ont le plus grand mal à vous aider à y voir clair; et tout à coup c’est à nouveau la lumière et le soleil, comme si rien ne s’était produit, à part le ciel noir abandonné derrière soi.

C’est le Nouveau-Mexique.


vendredi 31 juillet 2009

Santa-Fe (NM), le 31 Juillet 2009

De Flint à la Nouvelle-Orléans il doit y avoir 2000 miles, c’est à dire plus de 3500 km. Ces deux villes se situent pratiquement à la frontière canadienne pour la première et, comme on sait, tout à fait au Sud pour la seconde. C’est ce qui s’appelait avant 1763 la «Nouvelle France», territoire qui comprenait également une grande partie du Canada.

Après avoir traversé le Michigan, l’Indiana, l’Arkansas, puis le Mississippi on arrive enfin en Louisiane et à la Nouvelle-Orléans. C’est long, très long, surtout en voiture. Mais on voit du pays, comme on dit; cela étant c’est un pays qui est très monotone à la longue. En réalité c’est là que l’on se rend compte à quel point nous autres, Français où Européens, sommes gâtés par la variétés de nos contrées sur un territoire somme toute peu étendu. Tandis que dans le cas qui nous intéresse, tout au long de ces 3000 où 4000 km j’ai dû voir deux paysages véritablement différents l’un de l’autre, naturellement accompagné d’un changement de climat notable. A frontière de l’Illinois, du Tennessee et du Mississippi le climat et le paysage deviennent nettement tropicaux.


«Nouvelle France». Tout au long de cette longue route les noms des villes nous rappellent cette présence française: Saint Louis, Terre Haute, Louisville, Detroit... sans compter la Nouvelle-Orléans bien entendu. Cette ville est tout à fait à part, que ce soit dans l’Etat de Louisiane où dans le pays. Elle est d’abord tout à fait atypique en raison de son plan urbanistique hérité directement des Français, je parle ici du coeur de la ville, c’est à dire le vieux quartier où French Quarter situé au bord du Mississippi; ce lieu reste le centre touristique par excellence aux USA non seulement pour les étrangers mais aussi pour les Américains, pour la bonne raison qu’il est encore complètement non-Américain. En effet nul part ailleurs aux USA on ne peut trouver un endroit aussi différent, si exotique. Certes il s’agit de ce «vieux quartier» mais également de la mentalité qui y règne, de la vie qui s’y déroule comme un long tapis jamais usé, comme si par une sorte de miracle auquel personne ne prenait garde le tapis en question restait toujours aussi frais que lorsqu’il avait été installé. Ce quartier forme lui-même une enclave au sein de la ville, retranchée du reste, séparé de tout ce qui s’est construit après lui comme s’il s’était enfermé pour toujours pour échapper à tout ce qui se déchaînait à sa porte. Un des habitants de ce French Quarter me disait que ceux qui y habitent et qui y travaillent n’en sortent jamais que pour des raisons pratiques, par exemple un achat que l’on ne peut pas faire ailleurs; mais aucun de ces habitants n’envisagerait une seconde d’habiter hors de ce havre, non pas de paix mais d’incongruité. C’est plutôt cela le terme véritable: ce quartier est totalement incongru, jamais on ne s’attendrait à déboucher au détour d’une tour horrible de 50 étages sur un quartier de ce genre. Tout à coup on se trouve littéralement ailleurs. Comment, pourquoi, on n’en sait rien mais en trois secondes on est sur une autre planète.


Soudain disparus les atroces gratte-ciel sans âme, au loin les autoroutes à huit voies et leurs cortèges de voitures et de camions tonitruants, plus de trace du harcèlement publicitaire omniprésent, plus de trace non plus du clinquant et du bling bling de pacotille dont on est abreuvé où que l’on aille dans le pays. Au détour d’une rue on se retrouve tout à coup dans une ville, une vraie ville avec des rues étroites, une ville où il y a des piétons qui marchent dans les rues et sur les trottoirs, une ville où ils y a des gens qui s’interpellent dans la rue, où des diseuses de bonne aventure vous attirent sur un tabouret pour vous raconter votre vie, une ville où il y a des bistrots aux tables desquels on peut s’asseoir et discuter où bien regarder les passants. Bref une ville où la vie s’écoule comme un fleuve qui charrie le limon qui fécondera les rivages qui le bordent.

Les maisons sont basses, construites en briques, encadrées de balcons en fer forgé qui s’avancent souvent largement au-dessus des trottoirs, soutenus par des colonnettes qui descendent des toits pour venir se poser par terre, permettant ainsi aux passants de s’abriter des pluies soudaines, comme c’est le cas en ce moment lors de la saison des pluies... Les portes à double ventaux cachent souvent des cours intérieures envahies de plantes luxuriantes, qui suspendues aux plafonds comme des lustres, qui en pots posés à même le sol les uns à coté des autres, comme on en voit dans tous les pays tropicaux, des jardins intérieurs échappant au brouhaha de la rue, propices à la conversation où au farniente. Les façades sont souvent assez simples, parfois même banales car c’est seulement derrière leurs portes fermées que se révèlent les véritables trésors du quartier. Plus à l’Est du quartier français, à dix minutes à pied, se trouve un autre quartier, résidentiel celui-là. Les maisons y sont plus basses que dans le centre, construites principalement en bois, les façades peintes de couleurs vives, les fenêtres protégées de persiennes et des chaises en rotin souvent installées devant la façade de la maison de manière à profiter de se qui se passe dans la rue. Il règne dans ces petites rues mal éclairées le soir un silence et un calme reposant après l’agitation du centre ville, surtout rue Bourbon où se trouvent de nombreux bars dans lesquels la musique «on live» se déchaîne et se répand dans toute la rue. Il est certain, à mon avis, qu’il vaut mieux loger dans cette partie de la ville plutôt que dans le centre en raison du calme exquis qui y règne et de la vie «au ralenti» qui s’y déroule, comme un film muet d’avant guerre mais en couleur.

Lorsque l’on s’aventure dans la partie qui fût la plus touchée par Katrina en 2005, c’est à dire la partie située tout à fait à l’Est du quartier français, il faut sortir des grands axes pour voir encore des maisons en bois à l’abandon, recouvertes de plantes qui prennent possession des lieux. Ces maisons, pas aussi nombreuses que je ne le pensais, ont été abandonnées par leurs propriétaires qui souvent ne sont tout simplement pas revenus habiter la ville. Il parait que celle-ci a perdu la moitié de ses habitants depuis 2005. De nombreuses maisons ont été détruites et emportées par la tornade, d’autres furent abattues par la ville, mais d’autres encore furent restaurées où sont en train de l’être; on peut le deviner aux couleurs vives dont elles sont souvent repeintes en deux tons. Plus on se rapproche du quartier français moins on voit de traces du passage de la tornade. Les quartiers qui furent les plus touchés par Katrina sont des terrains qui se situent en-dessous du niveau de la mer, ce qui n’est pas le cas du quartier français. Cela explique pourquoi ce dernier ne connut pas le désastre de ses voisins, même s’il fut inondé en partie. En revanche, on reste un peu perplexe lorsque l’on voit des constructions nouvelles s’élever à l’endroit même où la catastrophe fût la plus sévère en raison de la dénivellation du terrain.


La Nouvelle-Orléans, où plus précisément le quartier français, lorsque l’on a déjà passé plusieurs mois aux USA, apparaît totalement surréaliste tant cette ville diffère de tout ce que l’on peut voir dans le reste du pays: les gens qui y vivent, les habitudes, la vie qu’on y mène, rien n’a son équivalent. C’est alors qu’on se demande comment tout cela a survécu aux ravages de la marchandisation généralisée qui sévit partout ailleurs. Pourquoi ce fléau s’est-il arrêté aux portes du quartier français ? Par quel miracle ?

La réponse serait-elle dans ce que m’a dit cette jeune femme charmante rencontrée dans un bar qui ne l’était pas moins ? Lorsque je lui demandais comment elle était arrivée là, elle m’a répondu: «je suis venu pour deux jours et je suis resté; cela fait vingt ans maintenant.» Et je suis certain qu’elle ne pourrait habiter nul part ailleurs aux USA. Cette opinion me fut confirmée par d’autres américains autochtones à qui je demandais s’il pourrait vivre ailleurs que dans cette ville; la réponse fût toujours la même: oui à l’étranger. En exagérant à peine, on pourrait émettre l’hypothèse que la Nouvelle Orléans est le refuge de tous ceux qui ne supportent plus de vivre ailleurs dans leurs pays mais qui ne veulent pas le quitter. Pour le moment. Ils finissent donc par atterrir ici avec leurs congénères ce qui fait que seuls des individus qui ne veulent pas que cela change peuplent le quartier, d’étranges bipèdes qui font tout ce qu’ils peuvent pour préserver ce qui existe, c’est à dire leur manière de vivre qui ne peut en aucun cas s’adapter à ce qui arrive partout ailleurs aux USA. En fin de compte la Nouvelle-Orléans est peut-être le seul refuge qui reste aux USA, en tant que ville, pour Américains refusant d’être transformés consommateurs, c’est à dire en produit de consommation eux-mêmes.

Où sinon dans le quartier français aurais-je pu voir, dans le bar cité plus haut, arriver un bonhomme, s’installant au bar où je me trouvais, commander un verre et se mettre à fumer une cigarette le plus naturellement du monde ? Inutile de dire qu’à NY on aurait appelé la Garde Nationale et que le type se serait retrouvé illico à Guatanamo pour attentat contre la santé des USA... sans parler de la sécurité évidemment !

Cela m’a rasséréné quelque peu... trop peu malheureusement.