lundi 25 octobre 2010

A propos de wikileaks et des documents du Pentagone: nous n'y sommes pour rien !

Eh bien, quel tintamarre !
La publication par wikileaks d’environ 391.832 documents du Pentagone hautement confidentiels concernant la guerre d’Irak de 2003 à 2009 fait du bruit ; beaucoup de bruit ! Peut-être un peu trop pour que tout cela ne soit pas un peu hypocrite de part et d’autre des aboyeurs.
Ce qui n’enlève rien bien entendu au scandale de cette guerre et des catastrophes qu’elle a provoqué. Et qu’elle n’a pas encore fini d’engendrer.
A ce sujet cela nous fait penser à cette réponse du Premier Ministre chinois Chou En Lai à qui un journaleux français demandait ce qu’il pensait de la révolution française. Ce dernier répondit : « C’est un événement encore beaucoup trop récent pour en connaître toutes les conséquences ».
Si, donc, à l’instar du sage Premier Ministre Chou En Lai, nous ne nous hasarderons certainement pas à pronostiquer quelque conclusion que ce soit à propos de cette désastreuse guerre d’Irak car les conséquences engendrées par l’invasion US sont loin d’être terminées ; mais cela ne doit pas nous empêcher pas de remettre certaines choses au point à ce sujet.

On entend beaucoup de cochonneries au sujet de cette cochonnerie de guerre. Apparemment tout cochon qui se respecte (si peu pourtant !) a cru bon de monter au créneau pour brailler son indignation, comme de juste. Nous n’en attendions pas moins d’ailleurs ; pas plus non plus, que ce soit clair. Donc pour le moment tout le monde piaille, tout le monde crie au scandale, l’ONU demande aux USA de faire une enquête sur ces « allégations », les représentants des gouvernements concernés (UK et US) prennent des mines consternées et soucieuses, ils nous jurent la main sur le coeur que tout sera fait afin que la « transparence » soit TOTALE (oui, oui, on compte dessus !), une transparence encore plus claire et limpide que toutes celles que l’on nous promet sur tout et rien toute la journée. Une transparence qui sera si pure que nous ne la verrons jamais, comme toutes les autres.

Il est amusant de constater que les beaux esprits progressistes, les obamatolâtres de service se délectent secrètement de toute cette affaire car cela parait illustrer tout ce qu’ils ont toujours clamé : à savoir que seuls Buch et les républicains sont responsables de tout et du reste. Malheureusement pour eux tous ces fantasmes engendrés par une foi en des idéologies vieilles de 150 ans ne correspond en rien à la réalité. Car aux USA les démocrates ont tous votés pour la guerre en 2003, y compris Tata Hillary, Joseph Biden bien entendu, tout comme Edwards etc, tous en choeur avec les Cheney, Busch, Rumsfeld et compagnie. Cela fit d’ailleurs un beau concert d’unité nationale et patriotique etc... Tout le monde debout en rangs par deux au son du clairon sous la bannière étoilée, la larme à l’oeil à l’idée de ses soldats valeureux (surtout lorsque personne n’a de lien de parenté avec ceux qu’on envoie au casse-pipe) qui partent pour défendre la mère patrie menacée d’anihilation par les bombes atomiques de l’odieux dictateur... (qu’on avait armé jusqu’aux dents pendant des années pour soutenir son attaque contre l’Iran et ne pas manquer la manne que représentait les ventes d’armes aux deux adversaires simultanément).

Alors aujourd’hui on parle à nouveau de juger Bush et consort car cela doit rassurer les beaux esprits ; mais pour être impartial il faudrait également juger tous les membres du Congrès qui ont voté pour autoriser le Président Bush à déclencher l’invasion de l’Irak, illégale selon le droit international ; sans compter tous ceux qui continuent à voter année après année les budgets demandés par le Pentagone pour financer cette guerre, y compris cette année, des budgets qui atteignent désormais la somme extravagante de US $ 1,2 trillions (budget total du Pentagone pour une année).
A notre connaissance un seul Membre du Congrès, le Congressman républicain du Texas de tendance libertarienne Ron Paul, vote régulièrement et dénonce tout aussi constamment et les guerres, Irak comme Afghanistan, et le budget aberrant du Pentagone. Nous ne connaissons aucun autre Membre du Congrès qui ait non seulement refusé de voter tous les budgets demandés par le Pentagone année après année mais qui ait voté également contre la guerre en Irak comme tout autre guerre y compris celle d’Afghanistan.
Inutile de dire qu’un tel procès risquerait de priver les USA de presque tous leurs Membres du Congrès, pratiquement tous appointé par les lobbies, notamment le plus puissant d’entre eux le lobby des industries d’armement où ce que l’on nomme le complexe militaro-industriel, Lockeed Martin en tête. L’ironie de l’histoire est que l’URSS se trouvait dans la même situation à l’époque de son écroulement : aux mains du lobby militaro-industriel. Il est vrai que les USA sont riches de beaucoup d’autres lobbies.

Ceci dit certains réactionnaires de gauche, toujours aussi incorrigibles, tentent encore de nous faire accroire que si les USA et le Royaume-Uni étaient des démocraties véritables, si le peule était au pouvoir, si le peuple pouvait décider lui-même sans interférence (on se demande comment...) et bla bla bla ; où encore si on laissait l’être pur et immaculé qui sommeille en chacun de nos contemporains, si notre véritable nature, bonne et belle comme on sait, incorruptible et désintéressée, comme on peut s’en rendre compte chaque jour, si donc notre nature véritable n’était plus aliénée par nos organisations sociales perverses, alors on verrait ce que l’on verrait ! Car enfin nous pourrions donner vie à la fameuse superstition véhiculée par tous ces beaux esprits de pacotille, à savoir qu’un régime démocratique ne peut jamais faire la guerre et encore moins la vouloir bien entendu ; quant à se comporter de manière telle que les documents dévoilés par wikileaks nous le révèle, cela relève de la science-fiction naturellement... Nous sommes si bons, si beaux, si débordants de vertus, comment une chose pareille serait-elle possible ?
Cela ne peut être que la faute au système qui nous pervertit ; quant à nous nous sommes des anges...
... un petit peu déchus peut-être ?

Humm, il y a de quoi, avouez-le, car malheureusement pour nos progressistes en chambre, avant de mettre à la potence Bush, Blair et compagnie, tous les parlementaires qui ont voté pour la guerre et chaque budget permettant sa poursuite depuis des années, il semblerait que de légers détails ne soient pas pris en compte. Par exemple que M. Bush a été élu en 2000, même s’il fût désigné par un juge pour le départager de son adversaire ; néanmoins cela se fit dans un cadre légal quoi qu’on dise. Deuxièmement personne ne peut contester que ce même Georges Bush fût réélu en 2004 à une très confortable majorité alors que l’invasion de l’Irak avait eu lieu et que son occupation était en cours avec les problèmes qui l’accompagnaient déjà, notamment le scandale d’Abu Ghraib qui éclata en Avril 2004. Et s’il fût réélu de cette manière c’est bien parce-qu’une très large majorité du peuple américain soutenait l’invasion de l’Irak quoi qu’on affecte de l’oublier aujourd’hui.`
De même, et bien qu’il y ait eu de nombreux opposants britanniques à la participation du Royaume-Uni à l’invasion de l’Irak, il n’empêche que Tony Blair fût lui aussi réélu le 6 Mai 2005, c’est-à-dire après le début de l’invasion, permettant ainsi au Labour de gagner pour la première fois de son histoire trois élections de suite. Et on ne peut pas dire que Tony Balir ne fit pas tout ce qui était en son pouvoir pour soutenir les USA et la participation britannique à la guerre.

Pourtant aujourd’hui, à la vue des documents publiés par wikileaks, on s’indigne, on crie, on pleure, on jure ses grands dieux que personne ne savait rien de ce qui se passait. On affecte la surprise la plus complète, le dégoût le plus profond qui nous permet ensuite de passer à la colère la plus réelle comme il se doit. Et cette fureur se dirige bien sûr vers les coupables. Car n’en doutez pas, cher lecteurs, il y a forcément des coupables, où plutôt des responsables de toute cette cochonnerie révélée pour la première fois (si, si vraiment la première fois que nous entendons parler de tout cela !) ; et c’est si nouveau, si inattendu que les cochons tombent des nues. Car ils sont si innocents, si candides, que jamais ils n’auraient pu imaginer une demi seconde que de telles horreurs pouvaient se produire en leur nom à tous, eux les représentants du Bien sur terre, auto-désignés pour répandre les bienfaits inouïs de notre merveilleuse société de la consommation dans tous les recoins de la terre, attendue avec une impatience bien compréhensible par tous les humains et non-humains peuplant cette planète. Oh, « sure », personne n’avait demandé leur avis aux Iraquiens avant de les envahir mais n’est-il pas si naturel que le monde entier n’ait qu’un seul désir : survivre comme nous survivons nous-mêmes... cette « pigs way of life » qui n’est pas négociable... mais que la planète entière nous supplie de leur apporter quel qu’en soit le prix à payer : pour l’occasion 122.000 morts civils au bas mot.
Comment donc les cochons auraient-ils pu imaginer que des événements aussi atroces puissent se produire en leur nom dans des lieux qu’ils ne seraient même pas capables de désigner sur une carte, portant des noms imprononçables même en américain ; des endroits si sous-développés qu’on est obligé d’y importer par avions entiers des litres de coca-cola et de fast food pour les troupes de l’empire du Bien retranchées dans leurs forteresses, petit avant-goût de ce qui se déversera sans aucun doute très prochainement par tombereaux entiers dés que la place sera sécurisée comme il se doit...
Comment diable auraient-ils pu imaginer tout cela nos braves cochons ?

Mais comme nous sommes des gens vertueux et bons, comme nous sommes des gens de bien, où plutôt les représentants exclusifs du Bien sur terre, nous avons entrepris aussitôt de trouver ceux qui nous ont trompés à ce point, ces salauds qui ont agi dans l’obscurité la plus crasse, ces gens indignes qui nous ont menti, ces êtres abjects qui ont autorisés toutes ces horreurs en notre nom sans nous en avertir.
C’est pourquoi Cochon sur Terre s’est mis immédiatement à pratiquer son sport préféré entre tous : la chasse à l’homme médiatique qui consiste à accuser les autres afin non seulement de se rassurer sur sa propre conduite irréprochable mais aussi de se défausser sur quelqu’un d’autre. C’est ainsi que les actes d’accusation se dressent déjà au fil des pages de tous les journaux respectables de Cochon sur Terre, comme au 17 eme siècle les bûchers pour les procès en sorcellerie de Salem. Les têtes de ceux pour qui on a voté autrefois à une large majorité risquent d’être bientôt demandées afin d’ôter cette minuscule épine de culpabilité (soyons optimistes pour une fois, faisons comme si Cochon sur Terre se sentait légèrement coupable) qui s’est enfoncée dans les petits sabots si sensibles de nos braves cochons en raison de tous ces documents nauséabonds qui leur ont soudain été jetés en plein groin sans leur consentement. Car les voilà gênés, remués, dérangés aux entournures, ce qui démontre bien leur innocence, non ? Oh, rassurez-vous cher lecteur, cela ne durera pas longtemps car les Cochons ont fort heureusement cette merveilleuse propension à l’oubli, ce qui les protège si bien de la réalité, sans parler de cette faculté remarquablement développée par notre espèce divine : ne pas voir ce qui pourrait nous déranger. Cela a l’avantage extraordinaire de permettre aux Cochons d’affirmer de la meilleure foi du monde que ce qu’ils ne voient pas n’existe pas.

Pourtant il semblerait bien que d’autres que nous ait su tout ce qui se passait bien avant nous. Il semblerait bien que d’autres que nous voyaient bel et bien depuis des années ce que nous affectons de découvrir aujourd’hui seulement.

As usual, the Arabs knew. They knew all about the mass torture, the promiscuous shooting of civilians, the outrageous use of air power against family homes, the vicious American and British mercenaries, the cemeteries of the innocent dead. All of Iraq knew. Because they were the victims.
Only we could pretend we did not know. Only we in the West could counter every claim, every allegation against the Americans or British with some worthy general – the ghastly US military spokesman Mark Kimmitt and the awful chairman of the Joint Chiefs, Peter Pace, come to mind – to ring-fence us with lies. Find a man who'd been tortured and you'd be told it was terrorist propaganda; discover a house full of children killed by an American air strike and that, too, would be terrorist propaganda, or "collateral damage", or a simple phrase: "We have nothing on that."
(Robert Fisk «The shaming of America» - The Independant - 24 October 2010)

Désormais Cochon sur Terre fait face à un problème majeur : nous ne pouvons plus nier, nous ne pouvons plus affirmer que nous ne savons pas. Il faudra donc trouver des responsables car nous ne pouvons plus faire autrement. Ces sataniques dirigeants de wikileaks nous ont obligés à faire face à la réalité. Mais il serait néanmoins profondément injuste de nous en prendre à nous-mêmes puisque nous avons définitivement abdiqué il y a déjà bien longtemps, et avec une constance jamais démentie depuis lors, toute responsabilité en quoi que ce soit, en particulier dans la direction de chacune de nos survies respectives. En effet n’avons-nous pas remis toute responsabilité à notre Etat maternel bien-aimé, ne lui avons-nous pas chargé de toute l’organisation de notre passé, de notre présent comme de notre avenir ? N’est-ce pas en lui que nous comptons pour réguler tous les détails de notre inexistence à l’aide de ces multitudes de lois nouvelles votées avec enthousiasme afin de nous enlever toujours plus le peu d’autonomie qui nous restait encore, ces lois sans cesse réclamées à corps et à cris par nos populations affolées de sécurité ?

Comment, dans ces conditions, pourrions-nous nous sentir responsables de quoi que ce soit puisque nous avons troqué la responsabilité des adultes pour l’irresponsabilité du jardin d’enfants ?
Comment nous sentir responsables de quoi que ce soit alors que l’âge de l’enfance est devenu notre horizon indépassable, ce temps de l’enfance béni que nous adorons tant que nous faisons tout notre possible pour l’étendre toujours plus jusqu’à repousser à jamais le moment où nous devrons devenir responsables de nous-mêmes et de nos actes, c’est-à-dire devenir des adultes ?

Ne voulant plus de l’âge adulte et des responsabilités qu’il implique nous accuserons donc de ces horreurs dévoilées avec une très grande cruauté par wikileaks tous ceux pour qui nous avons voté et qui ont pris en charge notre responsabilité en devenir mais à laquelle nous avons renoncé par avance depuis si longtemps. Ce sont eux les coupables et ce sont eux qui seront punis à notre place.
Nous n’y sommes pour rien !
Laissez-nous tranquilles car nous ne voulons rien savoir. Nous n’avons qu’un seul désir : survivre en toute sécurité à Cochon sur Terre quel qu’en soit le prix.

C’est pourquoi tout le monde est content à Cochon sur Terre le meilleur des mondes.

jeudi 14 octobre 2010

La réforme des retraites: mais qu'avons-nous fait de notre jeunesse ?

Des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers où des millions, c’est la guerre des chiffres qui fait rage à propos du nombre de manifestants qui encombrent les rues des différentes villes de France depuis plusieurs jours.
Et contre quoi manifestent donc ces braves gens ?
Que revendiquent-ils donc avec tant d’enthousiasme ?
Comme vous le savez bien, chers lecteurs, ils manifestent contre la loi promulguant l’âge de la retraite à 67 ans au lieu de 65 ans. Et pourquoi cette loi ?
Parce-que le système est en faillite tout simplement.

Le système qui fût inventé au sortir de la guerre 39-45 afin de donner aux individus en âge de ne plus travailler les moyens de survivre sans trop s’inquiéter des lendemains qui devaient toujours chanter, eh bien ce système ne fonctionne plus. Et non seulement il ne fonctionne plus mais il est moribond pour des raisons que les apprentis-sorciers qui nous gouvernent n’avaient pas prévu. Il faut bien avouer que personne au monde n’aurait pu imaginer ce qui se produit depuis quelques années, à savoir que Dame Croissance s’est fait la malle avec les bijoux de famille, c’est-à-dire les fameuses retraites entre autre. On n’a pas encore fait l’inventaire de ce qui reste mais la facture s’annonce d’ores et déjà salée (Le ministère de notre Santé nous oblige à préciser pour notre bien-être que l’abus de sel est mauvais pour notre santé bien-aimée).

Eh oui car notre système de retraite ne pouvait fonctionner qu’à deux conditions principales :
- que Dame Croissance reste avec nous jusqu’à la fin des temps, au mieux de sa forme bien entendu, une forme qui aurait dû se renforcer chaque année toujours plus au risque d’éclater de santé d’ailleurs, mais à cela personne n’avait songé.
Donc premier point : Croissance exponentielle et illimitée.
- ensuite il fallait que la population se reproduise à un rythme toujours plus soutenu, allant sans cesse croissant va sans dire, afin que les nouveaux arrivants payent les retraites des premiers sans que cela ne devienne un fardeau impossible à porter pour ces derniers. Donc toujours plus de bouches à nourrir afin que la charge des plus vieux soit toujours moins lourde à porter pour chacun jusqu’à la fin des temps...

Eh bien nos apprentis-sorciers avaient tout faux. Et ils ont toujours tout faux aujourd’hui. Et ils continueront à avoir tout faux demain. C’est une question d’habitude, c’est tout.
En effet non seulement Dame Croissance s’est fait la malle mais en plus les braves cochonneux répugnent de plus en plus à se reproduire comme des lapins dans un clapier ; eh oui les familles de dix enfants c’est fini tout autant que Capri. Aujourd’hui on veut un où deux enfants au plus, un chien pour faire plaisir aux enfants mais qu’on abandonnera à la première occasion au bord de la route s’il prend trop de place où s’il fait soudain peur aux enfants; il faut bien dire que ces petites merveilles (nous parlons des enfants pas des chiens), d’autant plus uniques qu’elles ont tendance à le devenir très concrètement, sont désormais l’objet d’une idolâtrie touchante au profit de laquelle on ne recule devant rien. Il faut plus de confort, plus de vacances bien méritées sur des plages en béton polluées par du pétrole en vadrouille, des ordinateurs à 10 ans pour le génie en herbe, des téléphones portables pour leur sécurité, des poupées gonflables pour leur santé etc, etc... Tout cela pour dire que l’enfant unique coûte nettement plus cher que ses prédécesseurs lorsqu’ils étaient dix. En conséquence de quoi les cochonneux ne se reproduisent plus comme avant ce qui met en péril le système de retraite qu’ils veulent pourtant conserver à n’importe quel prix... En théorie du moins.

C’est pourquoi nos gouvernants bien aimés ne sont pas les seuls à avoir tout faux. Les cochonneux aussi ont tout faux. Cochon sur Terre dans son entier a tout faux, sans parler des manifestants bien entendu. Car au bout du compte tout le monde a fait semblant de croire que ce gigantesque Ponzi Scheme marcherait tant bien que mal, chacun se disant secrètement « après moi le déluge ». Nous y sommes presque et c’est pour cette raison que deux représentants de chaque espèce (celles qui ont échappé au massacre), un mâle et une femelle comme on sait déjà, est prié de se présenter à la porte d’embarquement du Titanic insubmersible prêt à appareiller ; il s’agit de faire aussi vite que possible afin de sauver ce qui peut l’être encore. La question serait peut-être de savoir ce qui peut-être sauvé mais il faut bien avouer que les perspectives de sauver quoi que ce soit du naufrage imminent sont assez faibles, c’est le moins que l’on puisse dire.
En tout cas pas les retraites !

C’est d’ailleurs ce qui rend tout ce cirque des manifestations pour les retraites, contre nos droits, pour les capotes, contre les ogm, pour le droit d’être obèse, pour l’interdiction de la cigarette, et j’en passe, c’est ce qui rend tout ce capharnaüm totalement surréaliste sans parler du grotesque de la chose.
- d’un côté nous avons un gouvernement qui tente de nous faire croire qu’en relevant l’âge de la retraite de 65 à 67 ans on parviendra à résorber le déficit grandissant des caisses de retraite et par la même à payer leur retraite à ceux qui ont cotisé toute leur vie pour l’obtenir.
- de l’autre nous voyons des manifestants qui s’opposent à cette augmentation de l’âge de la retraite mais qui veulent quand même la toucher comme « convenu », c’est-à-dire à 65 ans.
Bref qui sont les plus bêtes du lot ? Est-ce vraiment si important de départager ces tas de cochons ? Non, et puis la compétition est si serrée que cela nécessiterait par trop de notre temps précieux pour les départager. Car au bout du compte ils sont tous d’accord puisqu’ils veulent tous conserver le Ponzi schème des retraites, le désaccord ne se faisant que sur la question de savoir qui payera et combien. Face à une pareille broutille nous gageons qu’ils y parviendront puisqu’ils font tous partie de la secte des fidèles croyants au père Noël et au paradis sur terre imminent.

De toute manière la seule chose dont nous puissions être certains c’est qu’il n’y aura pas de retraites et que tous ceux qui sont dans la rue auront payé pour rien. Il y a de multiples raisons à cela, la plus probable étant que l’inflation qui ne manquera pas d’arriver à un moment où à un autre se chargera de rendre les fameuses retraites sans valeur, où à tout le moins amputées d’une bonne partie de leur supposée valeur de départ. Cela c’est la partie optimiste de l’hypothèse, mais nous pouvons aussi ajouter la faillite de l’Etat, où les deux conjuguées, ce qui est déjà arrivé dans le passé comme on ne veut pas s’en souvenir. Peut-être alors que les retraites se transformeront en assignats, comme au bon vieux temps de la révolution, parsemées de têtes coupées et de sang frais rigolant dans nos rues si charmantes et ensoleillées, au milieu d’une foule hurlante et démocrate en diable, débordante de sympathie comme il se doit.

En attendant que cette farce tragi-comique de la réforme des retraites ne fasse son temps, il y a une chose qui nous étonne, nous autres de la Chronique de Cochon sur Terre, mais qui, apparemment, n’a fait l’objet d'aucuns commentaires ni d'aucune crise d'indignation de la part de la « secte des indignés de naissance »; pourtant dieu sait qu’ils sont à l'affut de toute possibilité d'indignation ceux-là !
Ce qui nous a semblé incongru dans toute cette histoire c’est l’association des mots retraites et étudiants. Nous pourrions même dire que nous avons été très perplexes par le fait que des étudiants puissent défiler pour un problème de retraite.
En quoi sont-ils concernés les pauvres chéris ? Nous savons bien que les études ont tendance à être de plus en plus longues (peut-être est-ce en proportion de l’inutilité de ce que l’on y apprend ?), mais de là à s’inquiéter de sa retraite alors qu’on en est encore à faire des études, cela nous parait tout de même fort étrange...

A supposer que l’on conserve l’âge de la retraite à 65 ans, par quel miracle extravagant un bipède sain d’esprit de 20-25 ans peut-il s’inquiéter de sa retraite qui ne devrait arriver, si tout se passe bien dans le meilleur des mondes possible (ne vous inquiétez pas chers lecteurs tout ira naturellement de mal en pis !), que 40 où 45 ans plus tard ? Cela ne vous semble t-il pas étonnant pour le moins ?
Ce qui nous abasourdit c’est que des « jeûuuunes », comme le répètent à l’envie nos gouvernants bien aimés avec des accents de jalousie dans la voie, puissent se préoccuper de « retraites » alors que, selon nous, ils devraient s’occuper à profiter le plus possible de ces temps d’études qui leur sont donnés afin de vivre le temps présent de la façon la plus intense possible. L’une des caractéristiques de la jeunesse n’était-il pas de ne pas se préoccuper de l’avenir mais bien au contraire de s’en moquer et de vivre sa vie au jour le jour au maximum de ce que cette dernière pouvait apporter. On aurait bien assez de temps plus tard pour s’inquiéter de nos vieux jours, s’ils venaient jamais ce dont tout étudiant normalement constitué se foutait comme d’une guigne. Enfin c’est ainsi que pendant des siècles la jeunesse raisonnait, où plutôt, selon les vieux qui avaient fait la même chose en leur temps, déraisonnait.
Mais cette déraison était de la sagesse. Et puis cela faisait de bons souvenirs.

De nos jours, en ces temps pathétiques de la dictature de Cochon sur Terre, même ce que l’on nommait il y a bien longtemps « l’âge de la jeunesse », eh bien même cela s’est évaporé. Lorsque l’on regarde, consterné, ces bipèdes de 20-25 ans raconter l’inquiétude qu’ils ressentent pour leur retraite, nous pourrions tout aussi bien écrire pour leur avenir puisque, apparemment, ce dernier ce confond avec la retraite, il nous semble que quelque chose s’est produit, quelque chose d’irrémédiable.

Cochon sur Terre a contaminé également ce qui ne pouvait pas où n’aurait pas dû l’être ; ces bipèdes de 20-25 ans qui défilent avec des syndicalistes conventionnés et institutionnalisés sont d’ores et déjà tout aussi conventionnés et institutionnalisés que leurs compagnons de défilés ; ils sont tout aussi formatés que les autres malgré leur âge, tout autant à leur juste place en rangs par deux que les autres en dépit de leurs piailleries de révolutionnaires de pacotille, tout aussi désireux de rentrer dans l’ordre dont ils ne sont en réalité jamais sortis. Ces pauvres bipèdes de 20-25 ans que l’on voit dans les manifestations contre la réforme des retraites sont aussi vieux que ceux avec qui ils défilent. Au moins ces derniers s’étaient montrés « jeunes » en Mai 68, même si cela se termina comme l’on sait : pouvoir, fric et prébendes subventionnées, c’est-à-dire ce contre quoi ils s’étaient dressés à l’époque, théoriquement en tout cas... Néanmoins faisons leur crédit, à des taux pas trop usuraires, qu’ils croyaient à ce qu’ils faisaient et à ce qu’ils disaient à ce moment là, aussi bref soit-il ; accordons leur qu’ils se comportèrent en bipèdes jeunes et peut-être idéalistes, en bipèdes en tout cas qui ne se préoccupaient pas de leur retraite lorsqu’ils avaient 20 où 25 ans.
Même s’ils sont rentrés gentiment dans les rangs par la suite, même s’ils se sont depuis vautrés dans le fromage sur lequel ils crachaient, puisque de nos jours ce sont eux qui nous gouvernent. Pour le pire bien sûr.

Ces étudiants manifestant pour leur retraite auront au moins eu le mérite de nous prouver à quel point la situation est désespérée pour tout ceux qui refusent Cochon sur Terre. Car désormais on naît vieux, on survit vieux et on meurt vieux à Cochon sur Terre. Ce qui signifie, cher lecteur, qu’il n’est plus possible de concevoir une opposition spontanée, naturelle, une opposition issue d’esprits sains qui ne recherchent pas la sécurité et la protection supposée de notre Etat maternel bien aimé mais qui préfèrent prendre le risque d’être libre. En effet, désormais, les vieux de 20-25 ans issus de Cochon sur Terre se comportent dés la naissance comme on le leur a appris : comme de bonnes petites machines à calculer ses retraites plutôt qu’à vivre sans compter... Désormais nous avons la preuve que Cochon sur Terre et liberté sont totalement antinomiques puisque Cochon sur Terre est parvenu à sécréter des populations qui ne savent plus ce que signifie le mot même de liberté ; où pire encore qui s’imaginent le savoir...

Ces vieux de 20-25 ans qui défilent de nos jours dans les rues afin de défendre leurs droits à la retraite sont déjà des « survivants ». Ils n’ont même pas eu le temps de vivre puisqu’ils ont commencé par survivre. Et ils s’accrocheront à leur survie par tous les moyens, y compris les moins avouables, car à Cochon sur Terre rien n’est plus honorable ni plus encouragé que de « Survivre à n’importe quel prix » ; c’est d’ailleurs la devise de Cochon sur Terre qui l’a si bien inculqué à sa progéniture que cette dernière l’a fait sienne dés le berceau comme le prouvent ces étudiants qui défilent à 20 ans pour défendre leur retraite...

Lénine avait raison : "La liberté, pour quoi faire ?"

Mais pour le moment tout le monde est content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.

lundi 20 septembre 2010

14 Septembre 2010: O'Donnell où le "Yes we can" du Tea Party.

Comme on sait il arrive souvent que les plus grands bouleversements historiques, et il y en a peu, ont des débuts non seulement des plus modestes mais aussi des progressions lentes et imperceptibles ; de plus nombre d’entre eux ne devinrent « fondamentaux » que postérieurement, et leur acte de naissance fût si insignifiant que personne sur le moment ne se rendit compte qu’il se passait quoi que ce soit qui mérita un article dans un journal, à commencer par ceux que ces événements futurs menaçaient.
De nos jours, est-il besoin de le souligner, nous avons au contraire une multitude d'événements qualifiés « d’historiques » par les journaleux en tout genre qui nous servent de journalistes ; et bien entendu plus il ne se passe rien plus on nous fait remarquer à grand renfort d’hyperboles combien il se passe quelque chose, qualifié « d’historique » naturellement... A noter d’ailleurs que le tout est passé par pertes et profits, avec jeu de mot, dés le lendemain matin.

En revanche il est rare de trouver des individus suffisamment lucides, intéressés par ce qui se produit autour d’eux, des personnalités ouvertes sur le monde et capables d’assez de recul par rapport aux événements qui leur sont contemporains pour réaliser que tel où tel pourrait signer l’acte de naissance d’un mouvement historique d’envergure. Si l’on utilise le conditionnel c’est parce-qu’il ne faut pas oublier que tout reste toujours ouvert, et par conséquent ne relève jamais que de l’ordre du possible; en effet si l’histoire a bel et bien un cours il reste encore à en découvrir le sens si tant est qu’il y en ait un, ce que nous ne croyons pas ici à la Chronique de Cochon sur Terre. Nous affirmons cela au risque de déplaire à tous les groupies de ces intellos en sorcellerie qui se s’acharnèrent à nous prouver qu’ils avaient bel et bien découvert ce fameux sens, particulièrement ces deux derniers siècles si riches en désastres provoqués par les tentatives d’application de tous ces programmes mirifiques destinés non seulement à accélérer le cours de l’histoire mais également à transformer l’être humain lui-même, à seules fins de faire correspondre ce dernier à leurs extrapolations fantasmagoriques. Comme on sait toutes ces folies n’aboutirent qu’à provoquer les plus grandes hécatombes que l’humanité ait connu et à couvrir les plus grands crimes des noms les plus scientifiques avec l’apparence de la plus grande rationalité.

Peu importe.

La journée du 14 Septembre a déjà fait couler beaucoup d’encre aux USA. Tout le monde s’y est mis, qui Démocrate, qui Républicain, qui n’importe qui... Chacun avait une idée sur les événements et surtout leurs significations pour le futur. Car dans ces moments-là tout le monde devient pythie, le plus sérieusement du monde bien entendu.
Pour ne pas répéter tout ce qui a été dit sur cette journée du 14 Septembre et des résultats des élections des primaires du GOP dans le Delaware et dans l’état de NY, nous nous contenterons de dire que les candidats officiels, soutenus par l’establishment, furent battus par de complets outsiders qui n’avaient aucun soutien de la part du Parti, bien au contraire.

Bien sûr on s’est empressé de clamer, soit pour s’en lamenter soit pour s’en plaidre, que l’élection de Mme O’Donnell allait certainement faire rater au Parti Républicain le siège nécessaire pour reprendre la majorité au Sénat. Il est vrai que l’adversaire républicain de O’Donnell, Michaël Castle était un ténor de la politique et du parti, un homme de l’establishment qui avait des fonctions politiques électives depuis quarante ans. Il était férocement soutenu par le Parti pour toutes ces raisons, mais aussi et surtout parce-qu’il était donné favori dans les sondages contre le candidat démocrate pour le fameux siège au Sénat nécessaire aux républicain s pour reprendre la majorité. Ce qui semble très loin d’être le cas du vainqueur de la primaire républicaine, c’est-à-dire O’Donnnell. Selon les théories en tout cas des grands stratèges républicains où démocrates, ceux pour qui il était absolument impossible il y a un mois d’envisager même la plus petite possibilité pour que O’Donnell batte Castle aux primaires... Ah AH AH...
D’où grincements de dents et sourires grimaçants.
Mais l'essentiel n’est pas là. Car ces élections ne furent pas les seules à permettre à des candidats du Tea Party sortis de nulle part de remporter des primaires contre les candidats des caciques du parti républicain. C’est ainsi que des candidats du Tea Party furent élus dans 7 primaires pour le Sénat, dans plusieurs primaires pour élire les gouverneurs et une douzaine de primaires pour la Chambre des Représentants.

C’est peu pourrez-vous penser à tort. Ce n’est pas rien, bien au contraire ! Ce n’est certainement pas à négliger si l’on se souvient que la mouvance du Tea Party n’existait pratiquement pas il y a deux ans. Elle fut d’abord ignorée, puis méprisée, et enfin décriée par l’establishment de Washington, républicains autant que démocrates.

But the Tea Party movement has been one of the most derided and minimized and, frankly, most disrespected movements in American history. Yet, despite being systematically ignored, belittled, marginalized, and ostracized by political, academic, and media elites, the Tea Party movement has grown stronger and stronger (Scott Rasmussen and Douglas Schoen - Mad as Hell)

Ils tentèrent de discréditer ce mouvement avec leur habituelle rhétorique moralisante bien que de plus en plus inefficace : populisme, extrême droite, racisme et j’en passe, bref le bla bla lénifiant, et fort tolérant comme on sait, dont nous avons été soûlés pendant des décennies mais qui aujourd’hui finit par faire bailler tout le monde à l’exception des robots en forme de pantins qui peuplent nos brillants establishments occidentaux... Entre parenthèse cette rhétorique à consonance nettement pavlovienne les empêche de comprendre quoi que ce soit à ce qui se produit sous leur nez et dont ils risquent fort d’être les victimes prochaines.

Cependant tout au long de de l’année 2009, et ce malgré l’opinion de l’establishment, le Tea Party Movement grandit sans bruit, probablement afin de ne pas réveiller nos leaders bien aimés, tous sourds comme des pots (de chambre) ; des milliers de rassemblements spontanés se produisirent néanmoins dans tout le pays, regroupant des milliers d’Américains en colère contre Washington. Puis arriva l’été au cours duquel éclata la polémique du Health Care Reform qui rencontra une immense opposition qui, elle aussi, se développa à travers tout le pays sans coordination, sans leaders, sans parti, ce qui contribua probablement à faire croire à l’establishment que ce n’était pas un véritable mouvement dont ils devaient avoir peur mais simplement des opposants d’un jour (Health Care Reform), fascistes bien sûr, racistes naturellement, extrémistes cela va sans dire, fanatiques où illuminés etc...

Le rassemblement à Washington en Septembre 2009 de dizaine voire de centaine de milliers de personnes, fût en revanche un spectacle qui provoqua bien quelques réactions, critiques bien entendu, de la part de l’establishment washingtonien donneur de leçons, c’est-à-dire les quelques oh ! et ah ! moralisateurs coutumiers. Pourtant, et ce malgré l’ampleur de cette manifestation qui ne bénéficia d’aucun support d’Etat ni de la machinerie et des finances d’aucun parti, et qui pour cette raison pourrait être qualifiée de spontanée, pourtant donc on oublia assez rapidement ce mouvement de populisme de mauvais aloi dont on se moqua afin peut-être de masquer le malaise inconscient que la vue de ces milliers de gens en colère pouvait provoquer dans les cervelas reptiliens si pleinement démocratiques de nos politiciens fort peu habitués à ce genre de contacts... populaaaaaires...

Puis il y eut les mouvements de protestation (environ 750) du Tax Day qui eurent lieu le 15 Avril dernier à travers tout le pays. D’après Scott Rasmussen, le Président du célèbre institut de sondage du même nom, ces rassemblements révélèrent « a level of activism and enthusiasm that is both unprecedented and arguably unique in recent American political history.»
Là encore la réaction de l’establishment fût la même que précédemment : mépris voire insultes, réactions téléguidées par les idéologies racornies puant la naphtaline qui leur servent de pensée.

"This initiative is funded by the high end -- we call it Astroturf, it's not really a grass-roots movement. It's Astroturf by some of the wealthiest people in America to keep the focus on tax cuts for the rich instead of for the great middle class." (Nancy Pelosi, Speaker of the House)

On voit l’idéologie progressiste-caviar poindre le bout de ses nasaux gluants en démontrant du même coup le tragique de la situation : « the great middle class ». Manque de chance pour Mme Pelosi, démocrate de son état, donc au plus près du bon peuple naturellement, nous pourrions même dire à son chevet pour lui tenir son pot de chambre, « the great middle class » était précisément celle qui était dans les rues ce jour-là ; cette « middle class so great » que les démocrates ont laissé s’appauvrir depuis les années 80 jusqu’à ce qu’elle retombe dans la lower class d’où elle était sortie à grand-peine.

"[They are] evil-mongers" spreading "lies, innuendo, and rumor." (Senate Majority Leader Harry Reid).

Le sénateur Reid, lui, préfère les insultes, ce doit-être plus simple que de se demander si les bailouts d’Obama à Wall Street ne sont véritablement que des rumeurs propagées par des menteurs où si la colère de cette ex « great middle class » n’est pas fondée sur quelque-chose de plus concret. Se pourrait-t’il que tous ces gens dans la rue se rendent compte de quelque-chose que leurs politiciens ignorent totalement, à savoir que l’ex « great middle class » s’est ruinée à cause des emprunts immobiliers (encouragés frénétiquement par Washington) réalisés dans l’espoir qu’une plu-value compenserait la baisse constante de son pouvoir d’achat depuis trente ans ?

A ces diverses occasions la réaction des politiciens de Washington illustra parfaitement les raisons pour lesquelles ils ont complètement perdu la confiance de la population : ils sont si coupés des réalités de leur propre pays, ils sont si éloignés de leurs propres électeurs qu’ils ne sont même plus capables de reconnaître pour ce qu’il est le plus important mouvement politique et populaire de l’histoire des USA depuis la guerre de Sécession. Il ne fût naturellement pas question de se demander pourquoi il y avait tant de gens mécontents, ni qui ils étaient et encore moins ce qui pouvait les pousser à manifester leur fureur puisque c’étaient tous des graines de terroristes nazis à la psychologie dévoyée par la « réaction » la plus effrénée. Il ne fût donc question que des antiennes habituelles répétées à satiété par les médias et l’establishment, comme une bande de perroquets ivres morts enfermés dans leur cage. Cette impression d’isolement et d’autisme est encore confirmée lorsque l’on sait qu’un sondage du Rasmussen Institute effectué à la mi-Avril 2010 (c’est-à-dire à la même époque que le Tax Day) montra que 24% des Américains se considéraient membre du Tea Party Movement.

Enfin arriva le temps des primaires pour les mid-term élections de Novembre 2010.
Chaque parti prépara soigneusement ses pions et ses candidats afin de limiter au mieux la casse pour les démocrates, pour ramasser le maximum de sièges au Sénat et à la Chambre des Représentants pour les républicains, crédités d’un soutien de plus en plus important dans les sondages.
Bref « business as usual ».
Et puis patatra ! Le Tea Party Movement, cette bande de racistes, red necks et autres illuminés à peine descendus de leurs tracteurs, ces gens infâmes que l’on avait complètement oublié se sont tout à coup rappelés au bon souvenir de Washington en entrant sur la scène des primaires républicaines avec trompettes et fanfares, proposant leurs propres candidats sans se préoccuper le moins du monde des avis de la direction du parti républicain ni de son soutien, y compris financier.
Et cela a si bien marché que les caciques du régime commencent à paniquer.

Les « rino » républicains finissent probablement par prendre conscience qu’ils pourraient bien être en train de perdre le contrôle de leur propre parti. Ils commencent peut-être à comprendre que leur parti pourrait finir par se dissoudre dans l’acide du Tea Party afin de donner naissance à un autre parti, voire à plusieurs. A cet effet ils feraient bien de se souvenir de la manière dont le parti républicain est né, juste avant la guerre de Sécession, de la destruction du parti wighs par la rupture de ban d’une partie de ses troupes pour fonder un nouveau parti les représentants mieux que l’ancien...
Ils courent aujourd’hui le même danger.

“There’s a schism between the GOP establishment and GOP voters, just like throughout the country the big gap is between the political elite and mainstream voters.
A hefty 75 percent of Republicans say their leaders are out of touch with the party base, he notes. “The establishment is just waking up to the fact that they’re not in charge, and they’re not that well liked by some in their party.”” (Scott Rasmussen - Newsmax - 18 Sept 2010)

Quant aux « rino » démocrates il ne faudrait pas qu’ils se réjouissent trop vite des ennuis de leurs collègues républicains car ce serait un aveuglement qui leur serait tout aussi fatal. Contrairement à ce que peut bien raconter la propagande, le Tea Party Movement n’est pas exclusivement républicain, loin de là. Il a pour principale caractéristique de transcender les partis institutionnels que sont les partis républicains et démocrates que les Américains ont une fâcheuse tendance à voir de plus en plus comme les deux branches du même parti : le parti de Washington. Les démocrates sont donc aussi menacés par le Tea Party Movement que les républicains, même si pour le moment cela ne semble pas aussi évident uniquement parce-que les activistes de gauche ne se sont pas encore réveillés, toujours anesthésiés par leur obamania, bien que certains d’entre eux se mettent à parler de soutenir le Tea Party.

(The Tea Party movement is broad-based with wide support. Over half of the electorate now say they favor the Tea Party movement, around 35 percent say they support the movement, 20 to 25 percent self-identify as members of the movement, and 2 to 7 percent say they are activists. ‘ (The Examiner - «The evolution of the tea party movement»)

Un sondage Gallup très récent (17 Septembre 2010) conforte encore cette thèse en montrant combien le discrédit dans lequel sont tombés les deux partis traditionnels US est impressionnant.
Gallup nous apprend ainsi que 58% des américains aimerait voir la création d’un troisième parti ; 62% des supporters du Tea Party Movement y sont favorables, 59% parmi ceux qui sont neutres à l’égard du Tea Party et 51% parmi ceux qui sont opposés au Tea Party Movement.

Ce qui est remarquable dans cette perspective c’est que le Tea Party Movement est le seul à offrir soudain aux Américains, pour la première fois depuis la guerre de Sécession, la possibilité de manifester leur colère en cessant de voter pour les démocrates où les républicains; c’est-à-dire, dans la situation présente, en votant pour des outsiders du Tea Party puisque ce sont les seuls actuellement à se dresser contre l’establishment. Ceci dit cela explique aussi pourquoi on retrouve tant de contradictions parmi les idées professées à l'intérieur même du Tea Party; c’est qu’il regroupe tous les mécontents quel que soient leurs opinions et leurs origines politiques. Nous y retrouvons aussi bien des sécessionnistes, des partisans d’un accroissement du rôle de l’état comme de ceux qui prônent sa limitation maximale etc... C’est un pêle-mêle tout à fait hétéroclite avec lequel il sera très difficile de faire un programme commun.
Voire impossible.

Mais ce n’est probablement pas la destination du Tea Party Movement qui est plus certainement de donner la possibilité à tous ceux qui sont contre le système actuel de se faire entendre et ensuite... advienne que pourra. Pour le moment le plus petit dénominateur commun qui unit tant bien que mal tous les membres du Tea Party Movement se résume à une haine de Washington qui a deux causes principales :

1) ils ont le sentiment qu’ils ne sont pas pris en compte par Washington.
2) une fureur de plus en plus grande face aux bailouts, aux déficits budgétaires et aux dépenses fédérales incontrôlées qui génèrent des impôts de plus en plus élevés non approuvés par la population.

Après on verra... Qu’est-ce qu’on verra ? A vrai dire si personne ne le sait rien n’est à exclure néanmoins car on sait bien que lorsqu’un mouvement de ce genre est lancé il devient incontrôlable; alimenté par une colère contenue depuis trop longtemps, plus rien ne peut stopper sa course qui, généralement, se résume à une succession de surenchères de plus en plus radicales jusqu’à épuisement de cette fureur qui fournissait le combustible nécessaire à la course.

That being said, the most notable thing about American politics is its unpredictability. We simply do not know what is going to happen next week, much less next year. We live in a time of uncertainty and instability and it is impossible to make firm judgments about the future.
(Scott Rasmussen and Douglas Schoen - Mad as Hell).

Pour en revenir au 14 Septembre 2010 il se pourrait bien que la victoire de O'Donnell, comme celle de Paladino, pourrait tout à coup redonner un immense espoir à des électeurs dégoûtés. En effet peut-être que le choix de Mme O’Donnell (pour être membre de la Chambre des Représentants pour le Delaware) comme de M. Paladino (pour le siège de gouverneur de l’état de NY) par les membres du parti républicain, en dépit de l’opposition acharnée de l’establishment qui a tout fait pour empêcher leur élection, il est bien possible que cela puisse soudain convaincre de nombreux sceptiques et désabusés que désormais tout est possible et par conséquent de les lancer dans la bataille. Car si O’Donnell, sans aucun soutien et contre tout le monde, a réussi là où personne ne croyait qu’elle y parviendrait, alors oui peut-être qu’il y a de l’espoir en dépit de tout, c’est-à-dire en dépit de l’establishment et du système verrouillé par ce dernier; verrouillé jusqu’à ce fameux 14 Septembre précisément. Alors oui peut-être qu’à travers les élus du Tea Party Movement qui seront élus au Congrès en Novembre on pourra réellement changer les choses de l’intérieur, voire renverser le système pour les plus radicaux, par la création d’une situation inédite : l’apparition d’une troisième force politique, voire de plus que cela d’ailleurs, qui déstabiliserait si complètement la machinerie complexe de Washington qu’il n’y aura plus d’autres solutions que de la réformer profondément où d’en changer.

But what the Tea Party movement does suggest, and suggest compellingly, is the possibility for anti-systemic third parties to emerge (Scott Rasmussen and Douglas Schoen - Mad as Hell).

Le 14 Septembre sera peut-être le jour dont on se souviendra comme étant celui qui vit l'ouverture d'une brèche dans les défenses du système par laquelle s'engouffra soudain de manière foudroyante, et en l'élargissant toujours plus, le flot tumultueux de la contestation trop longtemps muselée. Ce sera peut-être le jour où tous ceux qui doutaient encore de la possibilité de se faire entendre et qui, de ce fait, restaient spectateurs des événements, se sont tout à coup sentis galvanisés par cette victoire à l'arraché. Si cette victoire du Tea Party les transformaient en acteurs aux élections de Novembre alors décidément :
We, the people, « yes we can » !

mercredi 8 septembre 2010

"The earth overshoot day" où la politique de la planète brulée

Le 21 août dernier était le jour de ce que l’on nomme en anglais « the earth overshoot day », concept mis au point par le think tank anglais New Economic Fondations. «The earth overshoot day » est le jour à partir duquel, et ce jusqu’à la fin de l’année, la nature ne sera plus en mesure de renouveler les ressources naturelles consommées par l’humanité ni d’absorber les déchets issus de cette consommation. Ce qui signifie dans une perspective économique qu’à partir du 21 août et jusqu’à la fin de l’année l’humanité vivra sur le capital naturel limité de la planète, donc non remplaçable, puisque nous avons déjà dépensé tous nos revenus annuels.
Familier non comme comportement ? C’est probablement aussi inhérent à notre espèce immaculée que pour d’autres grimper dans les arbres.

Emballement du processus de destruction planétaire

Pendant des milliers d’années pourtant l’empreinte écologique de l’humanité était suffisamment faible pour n’avoir jamais entamé le capital naturel de la planète, à l’exception notable néanmoins de certaines civilisations qui disparurent corps et biens pour cette raison précise ; nous pensons bien sûr à ce qui est arrivé sur l’île de Pâques mais aussi à l'effondrement de la civilisation Maya, deux exemples parmi d’autres quoique peu nombreux.
Cependant, depuis une trentaine d’années, la situation s’est considérablement détériorée. En effet à partir des années 1970-1980 l’humanité a commencé à dilapider sérieusement le capital naturel de la planète, ce qui signifie que nous avons commencé à vivre largement au-dessus de nos moyens. Depuis, cette tendance n’a fait que s'accélérer de manière exponentielle jusqu’à aujourd’hui où il faudrait, selon la New Economic Fondation, un an et demi à la nature pour remplacer ce que nous consommons en une année. Le plus inquiétant est qu’il semblerait que notre « arraisonnement » de la nature, c’est-à-dire le pillage systématique de la planète auquel se livre notre espèce miraculée depuis deux où trois siècles maintenant, s’accélère désormais de façon exponentielle. En effet il faudrait désormais cette année un mois de plus par rapport à l’année dernière pour que la nature parvienne à reconstituer ce que nous aurons consommé en douze mois.

Cette situation de déficit désormais chronique est constituée de deux phénomènes : d’une part nous faisons face au fameux réchauffement climatique et d’autre part à l’épuisement rapide des ressources naturelles, renouvelables et non renouvelables.


Le réchauffement planétaire

En ce qui concerne le réchauffement planétaire, comme on sait il ne manque pas de gens ni de lobbies pour contester :

1) que le climat se réchauffe
2) qu’il y ait réchauffement à cause du rejet de quantités trop importantes de dioxyde de carbone par l’homme, dues pour la majeure partie à ses activités basées sur l’emploi de l’énergie fossile. En bref à l’industrialisation (à partir de 1750) et à la consommation effrénée de charbon, de pétrole et de gaz qui en résulte.

Parmi ces opposants on distingue plusieurs groupes :

1) il y a ceux qui ne contestent pas le réchauffement « per se » mais qui doutent que les activités de l’homme soient en train de devenir le facteur dominant du changement climatique. Ce sont ceux dont les arguments sont les plus étayés et les plus sérieux.
2) et puis il y a ceux qui contestent purement et simplement la thèse du réchauffement climatique ; parmi ces derniers il y a ceux qui prétendent qu’il ne se passe rien d’anormal, des variations certes mais pas plus dramatiques que les courtes périodes de refroidissement où de réchauffement que l’on a pu relever tout au long des siècles passés ; et puis il y a ceux qui affirment non seulement que le climat ne se réchauffe pas du tout mais que, bien au contraire, il se refroidit...

Qu’est-ce à dire ?
Pourtant depuis 1957 on mesure régulièrement la quantité de CO2 dans l’atmosphère. Or la proportion de celui-ci augmente régulièrement sans aucun doute possible, et même de plus en plus vite au fur et à mesure que la combustion d’énergie fossile (charbon, pétrole, gaz) se développe. Parallèlement la quantité d’oxygène dans l’atmosphère décroît en proportion.
Cela dit pour établir une relation entre l’effet de serre et la combustion d’énergie fossile, il faudrait pouvoir comparer la quantité de CO2 dans l’atmosphère avant les débuts de l’industrialisation et après, c’est-à-dire avant 1750 et depuis 1750. C’est ce que l’on peut faire grâce aux carottes glaciaires que l’on prélève dans l’Antarctique ; celles-ci permettent de mesurer la présence de C02 dans l’atmosphère depuis environ 800.000 ans, mais avec une très grande précision sur les 100.000 dernières années. Or tous les relevés montrent que la concentration de méthane, de CO2 et de protoxyde d’azote augmente de manière significative à partir de 1750. Plus important encore ces relevés montrent qu’il n’y a pas eu de variation de ces concentrations de gaz dans l’atmosphère dans les 10.000 années qui précédèrent 1750 ; de plus au cours des 650.000 ans avant 1750 ces variations n’ont jamais dépassé le niveau des 10.000 années précédant 1750. Ce qui tendrait à prouver que ces variations climatiques ne pourraient être dues qu’à l’augmentation soudaine et très significative de CO2 dans l’atmosphère à partir de 1750, date correspondant aux débuts de l’industrialisation, c’est-à-dire aux débuts de la combustion du charbon, suivi à la fin du 19ème par la combustion de pétrole puis au 20ème siècle par celle du gaz.
Sans compter qu’aujourd’hui bien évidemment apparaissent dans les relevés les plus récents les gaz dits « industriels », c’est-à-dire fabriqués par l’homme, et qui contribuent grandement eux aussi à l’effet de serre.

Il y a donc de très sérieux soupçons quant à la responsabilité humaine dans l’accroissement du réchauffement climatique. Mais encore une fois il est important de comprendre qu’aucun scientifique sérieux ne conteste le réchauffement climatique en soi ; la véritable question est de savoir si les activités de l’espèce humaine sont en train de devenir le facteur dominant de ce réchauffement du climat.

Donc à ce changement climatique bien réel qui pourrait remettre en cause l’existence de l’espèce humaine sur terre, à ce phénomène qui pourrait malgré tout être indépendant de notre activité (faisons comme si nous l’acceptions bien que cela n’ait pas beaucoup d’importance), s’ajoute la disparition accélérée des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, phénomène qui, lui, est entièrement due à l’activité de l’espèce humaine et à personne d’autre.


Le Peak généralisé des ressources non renouvelables.

En ce qui concerne les ressources non-renouvelables, c’est clair comme de l’eau de roche. Nous consommons à outrance des ressources qui n’existent dés le départ qu’en quantités très limitées et qui sont destinées par définition à disparaître à plus ou moins long terme au fur et à mesure que notre espèce divine mais néanmoins prédatrice au dernier degré les arrachera au sous-sol dans lequel elles se trouvent.

Bien entendu nous vient à l’esprit en priorité le pétrole et son désormais fameux Peak Oil. Dans le meilleur des cas celui-ci aura lieu d’ici quelques années et dans le pire des cas nous y sommes déjà.
Or en l’état actuel des choses le pétrole est irremplaçable. En d’autre terme, pour ceux qui n’auraient pas encore compris, nous n’avons rien pour remplacer l’usage multiple que nous faisons du pétrole. En l’état actuel des choses et de nos connaissances, et ce en dépit de toutes les proclamations aussi triomphalistes qu’absurdes que l’on entend de tous côtés, quand le pétrole viendra à manquer, ne serait-ce qu’en partie, notre monde divin de Cochon sur Terre s’effondrera à grand fracas immédiatement. Cochon sur Terre s’est construit uniquement grâce au pétrole, c’est-à-dire par la disponibilité d’une énergie abondante à très bon marché et à multiples débouchés, notamment pour l’agriculture avec l’emploi abondant des engrais sans parler de sa mécanisation à outrance, ce qui a permis un accroissement formidable de la productivité. Sans pétrole il est certain qu’à l’avenir nous risquons de connaîtrons des famines à une échelle que peu sont capables d’imaginer aujourd’hui.
La vérité c’est que le pétrole est toujours irremplaçable à l’heure qu’il est.

L’inconvénient de tout le bla bla qui se fait autour du Peak Oil c’est qu’il cache un autre aspect essentiel de la question. Car l’épuisement des réserves de pétrole est une chose, mais ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. En effet le Peak ne concerne pas que le pétrole, il n’y a pas que le Peak Oil. Nous faisons face à un Peak généralisé de toutes les ressources non renouvelables. Le Peak concerne nécessairement toutes les ressources non renouvelables, que ce soit le charbon, le gaz, l’uranium, l’or où l’argent, les terres rares et tout le reste... En conséquence il faut s’attendre à terme à un épuisement de toutes les ressources non renouvelables, c’est-à-dire de tout ce que nous avons appris à prendre pour un dû en vertu de notre droit divin et auto-proclamé à jouir de tout et du reste sans aucune restriction ; en vertu de notre droit non négociable à ce que nous nommons notre « niveau de vie », ce « niveau de vie » tellement insoutenable que sa poursuite effrénée nous mène droit au suicide collectif. Car oui, cher lecteur, il y aura bel et bien un Peak uranium, un Peak gold, un Peak gaz etc etc, jusqu’à ce que notre espèce miraculée ait gaspillée toutes les matières premières possibles et inimaginables. Bref jusqu’à ce que nous ayons pillé la planète si entièrement qu’il ne restera rien pour personne après notre passage ici-bas. C’est le prix à payer pour conserver notre « bien-être », autre idole de Cochon sur Terre, tout en nous réfugiant lâchement et/où égoïstement derrière l’affirmation péremptoire et parfaitement infondée qu’il y a encore des matières premières « pour des siècles et que d’ici là nous aurons trouvé autre chose ». Notre bonne conscience est ainsi préservée à un prix exorbitant pour nos successeurs, dans l’hypothèse où il y en ait quelques-uns.

On entend encore plus souvent l’affirmation sans aucun fondement autre qu’une superstition aveugle, et de la lâcheté doublée de presse intellectuelle dans le meilleur des cas, que la science trouvera bien une énergie de substitution au pétrole. Quand, comment, où, personne n’en sait rien. Et puis même si c’était le cas, même si nous parvenions à trouver une énergie de remplacement au pétrole, le problème est que nous aurions toujours besoin non seulement du pétrole où de ses produits dérivés pour l’exploiter, mais aussi d’une partie où de toutes les autres matière première menacées d’épuisement elles aussi par leur propre Peak. Pensons par exemple aux métaux indispensables au fonctionnement des technologie d’aujourd’hui et à la production de cet incontournable attirail contemporain créateur de notre « mal être » généralisé (iphone, ordinateurs, avions, train à grande vitesse, voitures électrique etc...). Concernant les énergies dites vertes, ce qui reste voir, comment fabriquer une éolienne par exemple où un panneau solaire sans métaux pare exemple ? Où encore comment fabriquer une batterie pour voiture électrique sans lithium où un écran d’ordinateur sans terres rares (ce sont des métaux contrairement à ce que l’on pourrait croire) dont la Chine possède actuellement près de 95% de la production mondiale ?

La vérité c’est que le pétrole est toujours indispensable à tous les échelons de notre société pour assurer le mieux possible le dysfonctionnement coûteux de notre néo-monde contemporain de Cochon sur Terre. Sans pétrole c’est l’effondrement.
Mais la vérité c’est aussi que même si nous trouvions un moyen de remplacer le pétrole nous aurions encore besoin des autres matières premières qui sont quasiment aussi irremplaçable que lui pour le bon dysfonctionnement de Cochon sur Terre. Le problème c’est qu’elles sont menacées d’épuisement comme le pétrole.


La transformation par l’homme des ressources renouvelables en ressources non renouvelables.

Concernant les ressources renouvelables le problème est peut-être encore pire d’une certaine façon. Pourquoi, pourriez-vous nous demander avec une fausse innocence : ne sont-elles pas renouvelables précisément ? Oui, mais elles ne sont renouvelables qu’à la condition de leur laisser le temps de se renouveler... Or c’est justement ce que nous ne faisons pas par ignorance, par avidité, par égoïsme, en bref par nihilisme. Quoique nous ayons quelques doutes légitimes quant à l’ignorance...
Citons quelques exemples de transformation de ressources renouvelables en ressources non renouvelables par l’humanité contemporaine. Les ressources halieutiques par exemple qui, tout le monde le sait, sont en train de disparaître à grande vitesse par surexploitation si intensive que les poissons et autres crustacés ne se reproduisent pas assez vite pour renouveler les stocks prélevés par l’homme ; nous ne sommes pas sans ignorer non plus la disparition irréversibles dans le monde entier de milliers d’hectares de terres arables par épuisement, phénomène dû une course générale à la rentabilité maximale à très court terme ; en ce qui concerne l’eau potable, son utilisation à outrance dans de très nombreuses parties du globe provoque sa disparition pour cause d’assèchement des sources, voire des nappes phréatiques elles-mêmes, comme en Chine, au Moyen-Orient où en Afrique ; la disparition des milliers d’hectares de forets chaque année, notamment au Brésil, en Afrique où en Indonésie par exemple, entraîne l’extinction de centaines d’espèces, vivantes de végétaux sans parler de l’influence sur les capacités déclinantes des forêts pour l’absorption du CO2 produit par l’homme etc... La liste est loin d’être exhaustive.

La vérité est que nous sommes en train de rendre nous-mêmes non renouvelables des ressources qui le sont naturellement !

C’est précisément là que se pose la question principale selon nous. Le fait de transformer des ressources naturellement renouvelables en ressources non renouvelables, c’est-à-dire les faire disparaître corps et biens alors qu’elles auraient pu durer indéfiniment si nous les avions géré en respectant leur mode de renouvellement, assurant par là même notre propre survie à long terme.
N’est-ce pas extraordinaire qu’une espèce si bonne, si pure, si vertueuse, si exceptionnelle que nous la nôtre puisse se comporter de manière aussi aberrante, et stupide par dessus le marché ? Car non seulement nous pillons la planète de ses ressources non renouvelables mais en plus nous détruisons consciencieusement toutes les ressources renouvelables pour notre seul avantage à très court terme sans se préoccuper de ce qui suivra ni si quoi que ce soit survivra à notre passage, mettant en péril notre propre survie et condamnant celle de nos successeurs.

II nous semble que c’est ce phénomène particulier de la destruction des ressources renouvelables qui démontre combien le nihilisme qui nous ronge est puissant et profondément enraciné en nous. Car si l’épuisement conscient des ressources non-renouvelables est absurde et stupide cela ne remet pas en cause la survie de l’espèce même si cela condamne à court terme Cochon sur Terre et son mode de survie particulier. En revanche la destruction irréparable des ressources renouvelables de la planète, indispensables à la survie de l’espèce (l’eau potable où les terres arables par exemple), démontre si besoin en était la tendance suicidaire à court terme de Cochon sur Terre.


La vulnérabilité d’une société est proportionnelle à son degré de complexité.

D’après les études qui furent réalisées sur les civilisations citées plus haut (Mayas, Pasqualiens où Chacoans people), sociétés qui atteignirent de haut degrés de complexité, il est avéré que leur apogée et leur effondrement furent très rapprochés, quelques dizaines d’années au plus. Cela parait rapide mais l’explication est parfaitement compréhensible si l’on part du principe que toute civilisation tente de résoudre les problèmes qu’elle rencontre par un accroissement de complexité. Ces accroissements de complexité parviennent très souvent à résoudre les problèmes de manière satisfaisante au début. Mais plus la complexité de la société augmente, créant sans cesse de nouveaux problèmes eux-mêmes résolus par de nouvelles solutions accroissant encore la complexité de fonctionnement de l’ensemble, plus les rendements attendus de l’accroissement de la complexité s’amoindrissent jusqu’à ce qu’ils finissent par devenir négatifs. A ce moment-là il est trop tard car l’homme tente à nouveau de régler le problème par encore plus de complexité alors que désormais cet ajout ne résout plus rien mais démultiplie les difficultés et les problèmes auxquels est confrontée la société donnée. De plus chaque ajout de complexité fragilise encore un peu plus l’ensemble qui peut en venir à dépendre entièrement de l’approvisionnement d’une matière première pour son fonctionnement (pétrole par exemple dans notre cas). Si celle-ci vient à manquer pour une raison X ou Y cela entraîne immédiatement, surtout lorsque la société en question fonctionne en « flux tendus », une suite de problèmes insolubles qui entraîne très rapidement la société dans le tombeau que celle-ci a creusé avec soin en tout inconscience pendant des années.
C’est pourquoi la chute est si proche du sommet.


Non, nous ne serons pas sauvés.

Notre chute est proche. Combien de temps ? Aucune idée, mais à court terme assurément.
Comment en douter dés lors que les seules solutions que nos gouvernants bien-aimés sont capables de proposer pour résoudre la crise dans laquelle nous sommes (quand ils ont conscience des véritables problèmes qui se posent à nous ce qu’il est indispensable de remettre en cause vigoureusement), ces solutions donc reposent encore et toujours sur un surcroît de complexité alors que nos sociétés sont déjà écrasées par la lourdeur de leurs structures ?
Alors non, certainement, nous ne serons pas capables d’inverser cette tendance destructrice dans laquelle nous nous sommes engagés il y a trois siècles mais qui s’est emballée depuis l'avènement de la société de consommation.
Comment en douter dés lors que personne ne peut envisager autre chose que ce qu’ils nomment dans leur jargon de décérébrés la « croissance », ce qui aboutit inévitablement à une complexité toujours plus grande et hors de contrôle ainsi qu’à une accélération de l’épuisement des ressources naturelles ?
Ils prennent le poison pour le remède.
Alors non, nous n’en serons pas capables car pour ce faire il faudrait d’abord et avant tout une révolution des esprits qui aboutirait à un retournement complet de notre conception du monde et de nos rapports avec celui-ci. Il faudrait également que nous développions tout à coup une vision nouvelle de notre place dans le monde (inverse à celle qui nous possède actuellement) ; il faudrait que nous fassions acte d’humilité, enfin!, en acceptant notre condition, ce qui impliquerait de laisser refroidir notre rage de transformer le monde afin de le plier à nos caprices mégalomanes au lieu de nous adapter à lui.
Malheureusement c’est mal parti puisque l’obsession de la croissance qui nous tenaille n’est que le reflet de l’orgueil désespéré qui nous habite.

Non, nous ne serons donc pas sauvés par quiconque.
Et non, nous ne nous sauverons pas nous-mêmes.
Mais au fond en avons-nous vraiment le désir ? Le nihilisme qui nous gouverne ne parait pas vraiment le démontrer, bien au contraire, alimenté qu’il est par la terreur grandissante qui nous ronge face à l’issue fatale que nous pressentons plus où moins inconsciemment malgré tout.
Donc si nous n’aurons probablement pas les nerfs pour nous sauver, s’il est très probable que notre société de Cochon sur Terre nous ait suffisamment dégénérés pour avoir anéanti en nous tout instinct élémentaire de survie, empêchant ainsi toute possibilité de réagir face au désastre qui nous pend au nez, ne doutons pas néanmoins de notre capacité à dépasser nos illustres prédécesseurs (les Mayas, Pasqualiens et autres Chacoans People) dans notre compétition assumée vers le suicide collectif. Car au train où nous allons, un train d’enfer cela va sans dire, nous sommes confiants ici, à la Chronique de Cochon sur Terre, que notre espèce miraculée réussira à disparaître sans laisser aucune trace ni derrière nous ni devant nous, à l’exception peut-être de quelques déchets témoignant du niveau de « progrès » auquel nous aurons abouti « in fine », remarquable conclusion de cette « politique de la planète brûlée » que nous menons avec ténacité depuis plus d’un demi-siècle.

Mais pour le moment tout le monde est content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.

dimanche 13 juin 2010

De l’inflammation des «Special relationship», de BP et de menues questions à propos de pétrole.

Jeudi dernier on apprit que les évaluations successives données par BP et la Maison Blanche à propos de l’ampleur de la fuite de pétrole qui s’écoule dans le Golfe du Mexique depuis plus d’un mois et demi étaient proprement ridicules, pour ne pas dire délibérément mensongères. Il n’y a à ce sujet pas beaucoup de solutions : soit ignorance crasse de ce qui se passe (pour la Maison Blanche qui a peu de moyens de savoir quoi que ce soit sinon à travers BP), soit désinformation délibérée afin d’échapper à un lynchage médiatique, avec des conséquences économiques pour BP et politiques pour Obama et son parti.
Soit les deux...

Désormais les estimations de la fuite varient entre 3,6 millions de litres et 6,5 millions de litres par jour pour les plus optimistes, c’est-à-dire l’équivalent de 30.000 à 50.000 barils par jour. En comparaison le naufrage de l’Exxon Valdez en 1989 n’avait déversé «que» 35 millions de litres de pétrole dans la baie du Prince William alors que nous en sommes déjà au bas mot à 107 millions de litres dans le Golfe du Mexique; en sachant qu’il reste encore trois mois avant que les deux puits censés permettre le colmatage de la fuite puissent être forés aux alentours du mois d’Août voire Septembre, en croisant les doigts et les oreilles afin que cela fonctionne plus efficacement que les précédentes solutions miraculeuses qu’on nous a présenté jusque là.

Et encore ces estimations-là ne sont rien si on prend en compte celles qui sont encore plus apocalyptiques que les précédentes :

Some scientists, among them Ira Leifer of the government-sponsored Flow Rate Technical Group (FRTG), believe that BP’s decision to cut the riser pipe in order to siphon off a portion of the oil may have actually made the spill far worse. The well could feasibly release as many as 10 million gallons per day, according to a worst-case scenario revealed in paperwork BP submitted for each of its two relief wells.
(Sources: WSWS - 12.06.2010)

La vérité est que la situation est franchement dramatique ; car en réalité l’Administration US n’a aucun moyen de faire quoi que ce soit pour arrêter cette fuite et les USA sont entièrement dépendants du savoir-faire de BP dans ce domaine pour endiguer la catastrophe au plus vite, c’est-à-dire dans trois mois au bas mot.
Le Président quant à lui s’est soudain trouvé l’otage d’un besoin pressant, politiquement bien entendu; il s’agissait de montrer au public américain qu’il était « in charge », comme il l’a dit lui-même, alors qu’on pensait que la dernière opération de secours montée par BP pour stopper la fuite il y a quelques semaines était en train de fonctionner. Manque de chance, comme on sait, ce fût un échec. Son pressant besoin de rattrapage médiatique et politique s’est donc retournée violemment contre Obama et son équipe de manipulateurs en herbe qui se trouvent désormais « in charge » d’une situation hors de contrôle et à laquelle ils ne connaissent rien.

L’establishment US tente désormais de détourner la fureur de leurs électeurs bien-aimés contre lui, de manière anarchique comme il se doit, sans aucune coordination, chacun y allant de son couplet de la plus vile démagogie contre BP, c’est-à-dire l’étranger, voire l’ancien pouvoir colonial et bla bla bla... On ne recule devant rien et il est fort possible que cela aille de plus en plus loin au fur et à mesure que la situation s’aggravera, ce qu’elle ne peut manquer de faire. Obama s’est illustré à ce jeu d’une manière plus lamentable que les autres, c’est dire ! par l’utilisation du terme « British Petroleum » pour nommer BP, alors que ce n’est plus le nom utilisé par BP lui-même depuis huit ans, cette société anglaise malfaisante par la seule et unique faute de qui ce désastre est arrivé, sans parler de ces attaques contre le pdg lui-même ; cela a fait déborder le vase et a déclenché la fureur des Britanniques.
Voici des extraits de la lettre ouverte à Obama de John Napier, chairman du groupe d’assurance anglais RSA, qui trahit bien l’état d’esprit des Britanniques face aux attaques US de plus en plus violentes à l’égard de BP:

There is a sense here that these attacks are being made because BP is British.

If you compare the damage inflicted on the economies of the western world by polluted securities from the irresponsible, unchecked greed and avarice of leading USA international banks, there has not been the same personalised response in or from countries beyond the US.

Perhaps a case of double standards?

Et plus loin il ajoute:

The immediate issues are very challenging but are best solved working together in a more Statesman like way.

The leak may take time to fix, and it will be, but Afghanistan and Iraq will take much longer.

We can all agree that the first and absolute priority is to stem the leak. Perhaps the second one is to ensure the reputation of the Presidency outside the USA is seen as objective, balanced, able and capable of taking the heat when under pressure.
We liked the Obama we saw at your election, can we have more of it please.
(Sources: Open letter to Président Obama by John Napier, chairman of RSA Group)

Jusqu’à maintenant le gouvernement anglais a eu la louable sagesse de ne pas ajouter d’huile sur le feu, bien au contraire. Mais désormais accusé d’abandonner BP, désormais accusé de laisser l'intérêt national attaquer sans réagir etc, combien de temps le gouvernement anglais pourra-t’il tenir cette ligne de conduite face à la pression de l’opinion publique ?

Anger is mounting in the City that Obama has singled out BP rather than US contractors such as Halliburton for criticism. There is also concern that Cameron has not defended the British company more robustly.
(Sources: The Guardian - 12.06.2010)

That the spill could infect the "special relationship" became clear early yesterday when the Mayor of London, Boris Johnson, aired his concerns in a radio interview. "I do think there's something slightly worrying about the anti-British rhetoric that seems to be permeating from America," he said.

"It starts to become a matter of national concern if a great British company is being continually beaten up on the international airwaves."

Traditionally, BP stock accounts for 12 to 13 per cent of dividend payouts in Britain and many retirement funds depend on it to retain value. "You attack the dividend and you are attacking millions of British pensioners," said Tom Watson, a Labour MP who plans to table a motion in the Commons supporting BP.
(Sources: The Independant - 12.06.2010)

Aujourd’hui le véritable problème sont d’une part la perte de 40% de la valeur capitalistique de BP depuis le début de la crise et d’autre part les dividendes que BP risque de ne pas verser à ses actionnaires à cause des attaques du Président US ; tout ceci affectera directement une partie de la population anglaise puisque les principaux actionnaires de BP sont les fonds de pension Britanniques mais aussi US (ce qui rend encore plus pathétique l’utilisation du terme British Petroleum par Obama).
Demain le problème sera la survie de BP, la plus grosse société cotée à la bourse de Londres représentant à elle seule 12% de tous les dividendes distribués par les sociétés anglaises; il ne faut pas être clairvoyant pour imaginer les conséquences financières que provoquerait pour le Royaume-Uni la mise sur le carreau de BP en raison des poursuites judiciaires engagées aux USA, le tout accouplé à la situation merveilleusement saine des banques anglaises comme du Trésor Britannique; nous voyons d’ici le feu d’artifice que cela déclencherait !

Désormais nous pouvons nous demander combien de temps il faudra au gouvernement anglais pour comprendre que l’establishment US voudra la peau de BP de manière de plus en plus hystérique au fur et à mesure que la situation s’aggravera et que leur panique augmentera en proportion, sans tenir aucun compte des intérêts anglais qui, aujourd’hui, apparaissent en complète opposition avec ceux des sénateurs et des représentants US ayant à faire face aux élections de Novembre ; sans parler de l'intérêt d’Obama dont la réélection apparaît de plus en plus illusoire. Faudra t'il la faillite du géant du pétrole, fleuron de la bourse de Londres à la plus grosse capitalisation boursière, et la ruine de millions de retraités pour que le gouvernement anglais sorte du mirage des «special relationship» ?

Le recours à cette recette archi-banale et éprouvée, vieille comme Cochon sur Terre, qui consiste à désigner un bouc-émissaire extérieur pour renforcer la cohésion menacée d’un groupe, trahit la panique légitime des dirigeants US face à cette colère populaire qui monte et qu’ils semblent incapables d’arrêter. Cette peur est d’autant plus grande qu’elle se greffe sur la constatation de plus en plus limpide que les plans de relance et autres TARP n’ont rien relancé du tout, bien au contraire.
Aujourd’hui, pourtant, la démagogie ne semble pas avoir vraiment pris aux USA ; où plutôt cela n’a pas détourné la colère des électeurs contre le Congrès et l’Administration, sans parler d’Obama qui est au plus bas dans les sondages. Il semblerait plutôt que cette affaire, qui démontre une fois de plus l’inaptitude tragique de Washington à répondre efficacement à une situation d’urgence intérieure, il semblerait donc que cette affaire ne fasse que renforcer la rage des Américains contre le gouvernement central et le Congrès plutôt que contre l’Angleterre per se. Et s’ils sont furieux contre BP, et ils le sont vraiment et feront tout pour avoir sa peau, il nous semble que les Américains le sont de la même manière qu’ils l’auraient été contre Chevron où tout autre société US ; les Américains ne sont pas furieux contre BP parce-que c’est une société anglaise, contrairement à ce que pensent les Anglais, mais parce-qu’elle représente le « corporate power » que les Américains identifient avec raison au gouvernement central, au Congrès et aux lobbyies, c’est-à-dire le système légal de corruption généralisé qui infecte la politique des USA. C’est pourquoi il n’est pas dit que les deux autres sociétés américaines qui sont impliquées au moins autant que BP dans la catastrophe, Halliburton et Transocean, s’en sortent sans perdre de plumes. Au train où vont les choses ce serait même étonnant que ce soit le cas.

Il nous semble donc que la manœuvre indigne d’Obama et consort pour diriger la colère des électeurs bien-aimés contre la société anglaise BP afin d’éviter une catastrophe électorale en Novembre ait échoué. Nous prenons les paris qu’elle fera long feu car l’establishment américain n’a toujours pas pris conscience de la gravité et de la profondeur de la colère de ses électeurs bien-aimés contre eux ; contre eux en tant que représentants du centre par opposition au local, c’est-à-dire l’état fédéral versus l’état fédéré, mais aussi contre eux en tant que serviteurs corrompus du « corporate power ». Il faut leur rendre cette justice néanmoins que, pour ces intoxiqués à leur propre propagande, cette dernière hypothèse est tout simplement inimaginable tant ils sont persuadés que l’américan dream se limite à la possibilité de gagner le maximum d’argent de n’importe quelle manière. Ils ont tord. Ils ont tord car ce mythe, qui consiste à affirmer que n’importe qui peut faire fortune aux USA, est récent et reste plus superficiel qu’on ne pourrait le croire au premier abord dans la psychologie collective, surtout si l’on se contente de regarder la télévision où de flâner à NY où à LA.

Car ils ont oubliés, ces membres de l’establishment, que l’Amérique reste avant tout le symbole de l’indépendance politique (la guerre d’indépendance et non pas la révolution) et de la liberté individuelle, quels que soient les avatars que ces expressions ont subi depuis, sans parler de leur réalité dans le pays du Homeland Security... La glorification du développement économique à outrance et à n’importe quel prix, c’est à dire au prix de la liberté individuelle et de l’indépendance politique le plus souvent, n’est venu que bien plus tard ; et il ne faudrait pas oublier la résistance qu’a rencontré ce soit-disant développement économique tout au long de son extension à travers le pays jusqu’au début des années 70, progression qui s’apparente, pour le visiteur, beaucoup plus à la politique de la terre brûlée des colonnes de Sherman qu’à n’importe quoi d’autre. Ces messieurs-dames à la petite semaine de Washington n’ont pas réalisé non plus que cette colère de la population s’alimente de nouveau à la source d’une lente prise de conscience de la malignité du système en général, c’est-à-dire du système économique tant vanté qui a ruiné le pays. Remarquons que cela parait assez naturel car ce n’est certainement pas l’establishment washingtonien qui a subi la dégradation de son pouvoir d’achat depuis trente ans, bien au contraire ; en revanche le bon peuple d’électeurs bien aimés, c’est une autre histoire !
C’est peut-être pour cette raison qu’ils sont en colère... Sait-on jamais, l’être humain est si imprévisible...

Cette crise, désormais au moins autant politique qu’écologique, est donc emblématique de la crise systémique générale et de l’impasse dans lequel Cochon sur terre se retrouve. Elle souligne les contradictions inhérentes et insoutenables entre le développement économique à outrance et ses conséquences politiques d’une part, et la protection de l’environnement d’autre part, impliquant la survie où non de notre espèce divine. De même elle souligne la dépendance du monde entier au pétrole, et au-delà au pillage systématique de la planète tout entière pour des profits à très courts termes, sans tenir aucun compte des générations censées nous succéder. Implicitement elle remet en question le système économique sur lequel repose l’organisation de nos sociétés d’aujourd’hui qui n’a été rendu possible que par l’abondance d’une source d’énergie à très bas coût. Désormais cette énergie est en voie disparition et en conséquence le coût du baril de pétrole ne pourra plus que se propulser de plus en plus haut, mettant à bas du même coup le système en entier ainsi que notre fameuse «way of life». Car à l’heure qu’il est (10h35 AM), et contrairement à ce que l’on peut nous raconter, il n’y a aucune autre source d’énergie disponible pour remplacer le pétrole et perpétuer notre course au suicide collectif.
Mais rassurez-vous, cher lecteur, il nous reste encore de très nombreuses manière d’y parvenir (nous parlons de notre suicide collectif) et nous restons toujours aussi optimistes à la Chronique de Cochon sur Terre quant à notre réussite totale à ce sujet, avec où sans pétrole...

Mais ne soyez pas trop tristes nous n’en n’avons pas encore fini avec le pétrole, n’en doutez pas. D’ailleurs, si vous en vouliez une preuve de plus, le moratoire de six mois pour les 33 nouveaux permis de forages dans le Golfe du Mexique (et non pas pour tous les forages existants !) annoncé en fanfare par Obama, mesure destinée à démontrer au bon peuple à quel point ils avaient un « leader in charge », et bien ce moratoire risque d’avoir la vie courte.

At a Senate Energy and Natural Resources Committee hearing held Wednesday, Democratic Senator Mary Landrieu of Louisiana, a leading oil industry “asset,” demanded that Secretary of the Interior Ken Salazar lift the moratorium, absurdly declaring that if it “lasts much longer than a few months, it could potentially wreak economic havoc on this region that exceeds the havoc wreaked” by the BP spill.

In fact, the moratorium, which the media falsely presents as a total ban on offshore drilling, affects only 33 new drilling operations, not those already underway. Whatever job losses result from Obama’s token measure are dwarfed by those in the region’s fishing and tourism industry—losses that will likely be counted in the hundreds of thousands and may never be recouped.


In response, Salazar made clear that the committee Obama appointed to investigate the spill has no intention of stopping new deep-sea drilling operations. Its goal is to “press the pause button…not the stop button,” Salazar said. “It’s a pause button so that we can make sure that we move forward with OCS [outer continental shelf] drilling—so that it can be done in a way that is protective of people and protective of the environment as well,” Salazar added.

(Sourcs: WSWS - 12.06.2010)

Vous voyez, cher lecteur, qu’on ne perd pas de temps au pays du «business as usual». D’ailleurs nous pouvons être certains que le «pause button» qui durera six mois, peut-être même moins, permettra sans aucun doute possible et inimaginable de régler absolument tous les problèmes de sécurité que peuvent poser les forages en haute mer. Il est évident comme 2+2 = 5 que tous les enseignements de l’explosion du Deep Water Horizon seront non seulement tirés d’ici quelques mois, mais enregistrés, compris et intégrés de A à Z, et bien évidemment mis en application dans la foulée. C’est ainsi que dans six mois nous pourrons allègrement forer en haute mer de nouveaux puits avec toutes les mesures de sécurité imaginables que nous aura enseignés cette affaire... regrettable n’est-ce pas, mais il faut bien survivre !
Et cela d’autant plus que cette explosion et l’enchaînement de désastres qu’elle engendra n’avait jamais été imaginée par quiconque avant qu’elle ne se produise de l’aveu même des responsables...

Mais pour l’instant tout roule (au pétrole naturellement) à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.