dimanche 19 avril 2009

Du Tanit et des pirates.

La prise d’otage du voilier « Tanit » a alimenté la chronique pendant au moins une semaine voire deux. Quelle aubaine pour tous, journalistes, politiciens, citoyens, tous égaux face à l’écran magique, tranquillement installés dans leur fauteuil chaque soir afin de vivre par procuration une aventure dont la plupart n’avait même plus l’imagination nécessaire pour en rêver…

Inutile de préciser que cette affaire, somme toute banale, a mis Cochon sur Terre en émoi. On en parle, on prend des airs consternés, on en blogue, on s’en moque, on s’afflige, on fustige, mais au bout du compte on n’y reste pas indifférent. Il est certain que tous les ingrédients nécessaires pour exciter notre société immaculée étaient réunis là comme par un fait exprès.
On connaît l’histoire : un jeune couple (27 et 29 ans) décide de partir sur un bateau à voile de 12,5m (un yacht selon certains !) sur les mers du globe afin de «fuir la société de consommation et sa routine pour vivre une vraie aventure au long cours». Vous imaginez l’horreur ! « Fuir la société de consommation » est déjà quelque chose d’incompréhensible pour un cervelas normalement irrigué de Cochon sur Terre. En effet pourquoi fuir cette merveilleuse société d’abondance et de bienfaits en tout genre qui s’efforce par tous les moyens possible et impossible de nous apporter tout ce dont nous avons besoin, et même et surtout ce dont nous n’avons pas besoin ? Et puis fuir pour quoi ? Fuir pour aller où ? Pour se retrouver dans des endroits étranges où les habitants n’ont pas de retraites, ou il n’y a pas de caméras pour nous protéger, de radar pour nous empêcher d’aller vite, de flics pour nous enlever la cigarette du bec, où les « Associations pour la Disparition de la Vie Privée »(ADVP), ou ce qu’il en reste, qui ont pour seul et unique objectif de dénoncer et poursuivre devant les tribunaux tous ceux qui ne marchent pas en rang et en bon ordre, n’existent pas ; sans compter les impôts, les cotisations multiples, les sacro saintes assurances contre la fièvre aphteuse, le chômage, la chaude pisse, le feu ou le manque de neige, toutes ces bonnes choses qui nous sont fournies avec notre reconnaissance la plus vive… Non, apparemment tout cela ils n’en n’ont plus voulu ces deux jeunes gens et ils ont tourné le dos à notre monde idyllique comme on le fait de mauvais souvenirs dont on ne veut plus entendre parler. Ils ont largué les amarres et sont partis à l’aventure.
Il y a un mot dans cette phrase qui n’a pas été relevé mais qui reste le plus important : le mot « routine ». C’est celui-ci qui constitue la clé pour comprendre pourquoi ces gens sont partis. Ils ont fui la routine qu’engendre systématiquement notre monde et, n’en déplaise à ceux qui en ont profité pour voir dans cette phrase une déclaration contre la société de consommation, ils l’auraient faite de la même manière pour une société socialiste puisque ces deux mondes engendrés par les mêmes causes engendrent à leur tour les mêmes effets. « Routine » ou « ennui » crées par le monde moderne, ses planifications et ses directives suffocantes sans cesse en déploiement, cet étouffoir à libertés.
Mais parce que l’aventure s’est terminée de manière tragique Cochon sur Terre triomphe, le plus hypocritement du monde bien entendu, et se venge ainsi de l’humiliation qui fût la sienne de voir ces deux « jeûnes » lui dire : « fuck you », ces « jeûnes » dont notre monde délicieux fait si grand cas, ces « jeûnes » qu’il s’échine à séduire par son confort en carton pâte et ces promesses de sécurité jusqu’à 90 ans, voire plus avec un peu de malchance. La lecture des commentaires des articles traitant de cette histoire nous livre un aperçu assez juste de ce qui agite Cochon sur Terre. On peut en voir deux catégories opposées :
- ceux qui fulminent contre les « inconscients qui mettent la vie des autres en danger », les proches (l’enfant !) et les sauveteurs, ces soixante huitards attardés qui crachent sur la société mais qui lui demandent du secours s’il leur arrive quoi que ce soit, sans parler du fait que toutes ces « conneries coûtent chères au contribuables » et qu’il faudrait désormais « faire une loi et interdire aux plaisanciers français de circuler dans cette région » (quelle chance une loi de plus !).
- et puis il y a ceux qui accusent les militaires de bavure scandaleuse, le gouvernement d’être incompétent, voire ceux qui y voient un complot ou qui affirment du fond de leur canapé que les pirates étaient inoffensifs et que jamais il n’y aurait eu de morts si on ne les avait pas attaqué… Cela deviendra peut-être la prochaine polémique avec constitution d’une Association pour la défense des pirates dont le nom pourrait être : « touche pas à mon pirate ! » par exemple. (Car il faut bien savoir que ce sont de gentils pirates qui n’auraient jamais fait de mal à une mouche et qu’ils se sont défendus parce qu’on les avait attaqués et que leurs armes c’était juste pour rire mais qu’ils n’avaient aucune intention de les utiliser, non mais !…) Et puis il sont pauvres ce qui explique sinon excuse tout ou presque.
Nous avons relevé deux commentaires, l’un répondant à l’autre, qui résument bien la polémique :

« Ces individus, même en prison, vont profiter - aux frais de la République, donc avec votre argent - de conditions de vie d'une qualité inconnue de la plupart des gens en Somalie. Logés, nourris, blanchis, accès aux soins, le cas échéant à une formation. Certes ils seront en prison, mais la misère n'est elle pas une prison ? Finalement, d'une manière ou d'une autre, le crime paie: comment en conséquence imaginer qu'il puisse être combattu efficacement ? » (Le Monde 14.04.09)

Il est certain que pour Cochon sur Terre « être logés, nourris blanchis, un accès aux soins et avoir droit à une formation (!)», cela constitue le maximum du bonheur, du confort et du bien être souhaitable ! C’est pourquoi notre contribuable est vraiment furieux de l’injustice qui lui est faite étant donné que ce n’est pas lui qui profitera de toutes ces merveilles mais de vulgaires pirates somaliens qui, si l’on extrapole un peu, seront comme des coqs en pâte dans nos prisons, jouissant d’une survie incomparablement meilleure que ne le leur aurait jamais permis leur misère somalienne. Mais le commentaire suivant donne une réponse inattendue à ceux qui expliquent les actions désespérées de ces pirates par leur état endémique de pauvreté due à cet Occident qui leur tond la laine sur le dos :

« Je travaille en Somalie, et lire que les pirates seront plus heureux en prison que dans leur "misère" m’a fait beaucoup rire... Les pirates passent leur temps libre a conduire leurs 4X4 dans le désert somalien, a se droguer au Khat, a coucher avec leurs multiples épouses et a se dorer au soleil... je doute qu’ils se plaisent dans une prison française, ou personne ne parle somalien et ou le khat est interdit. Avant d’écrire n’importe quoi, on se renseigne sur la culture somalienne svp » (Le Monde 14.04.09)

Voilà qui remet les choses au point malgré les doutes que nous pourrions émettre sur l’emploi du mot « culture » dans ce contexte. Dans tous les cas de figure, opposants, opposés, pour ou contre, Cochon sur Terre ne peut envisager que l’on ne veuille pas survivre selon ses codes de bonne ou mauvaise conduite, que l’on puisse s’affranchir de ses superstitions érigées en dogmes. Il faut entrer et rester dans le rang d’une manière ou d’une autre et ces réactions, indignées comme de juste, qui semblent s’opposer en apparence ne font en réalité que se compléter. Toutes n’ont pour objectif sous-jacent que de souligner la folie de vouloir remettre en question notre monde inénarrable et ce qui lui est associé, prouvant ainsi une fois encore combien il reste indépassable. Et dans cette affaire combien de fois ne sera pas revenu comme leitmotiv, ou plutôt comme psaume récité rituellement par tous, l’inconscience de ces deux « jeûnes » en abandonnant la sécurité de l’ennui planifié et régulé de notre société pour un inconnu plein de dangers, o combien excitant mais parfois mortels, comme ils le savaient et comme le savent tous ceux qui décident de larguer les amarres. C’est précisément le piment de l’affaire comme ne peuvent pas le savoir tous ces héros pour qui l’expédition au supermarché constitue le sommet de l’aventure, sans parler de prendre un auto-stoppeur sur l’autoroute !
C’est bien sur ce point là que convergent tous les commentaires que nous avons pris la peine de lire. Au-delà de leurs oppositions virtuelles, puisqu’elles se situent toutes dans le cadre rassurant de Cochon sur Terre, personne ne semble intégrer l’idée que, parfois encore, certains préfèrent l’inconnu, le danger et les risques qui leur sont inhérents (la mort), au confort et à la sécurité. Personne ne parait concevoir qu’au-delà d’un certain seuil la recherche de la sécurité et la liberté deviennent fondamentalement antinomiques et que plus l’une s’agrandit plus l’autre diminue collatéralement. Personne ne parait comprendre que certains choisissent volontiers l’insécurité et l’aventure, qui impliquent l’inconfort et le danger, plutôt que la climatisation et les caméras de sécurité, les produits bios et la télé-réalité. Personne ne s’est demandé pourquoi ce couple a fait ce choix plutôt que de rester tranquillement là où ils étaient, faisant de l’informatique pour l’un et tenant une boutique pour l’autre jusqu’à la fin de leurs jours… Personne ne peut-il plus comprendre le sens de cette phrase inscrite sur leur blog de voyage :

« … ce n'est pas la peur des pirates qui va nous faire arrêter un voyage aussi enrichissant… »

C’est à craindre en voyant les réactions aux articles sur cette affaire. Alors on peut les traiter d’inconscients et de ce que l’on voudra mais il n’en reste pas moins qu’ils ont prouvé qu’ils étaient certainement plus vivants que tous ceux qui en parlent. Quant à la question des pirates là encore elle réunit sous un même fanion ceux qui les excusent et ceux qui les condamnent ; car les deux camps sont en réalité d’accord sur le principe que seule la pauvreté fait de ces gens des pirates. Ce qui revient à dire qu’à travers ces gens l’homme n’est rien d’autre qu’un animal exclusivement dirigé par ses instincts, ce qui est précisément la manière dont Cochon sur Terre envisage l’homme, une conception avilissante puisque strictement matérielle. Donnez leur à bouffer et ils se tiendront tranquilles ! Ou en d’autres termes : « du pain et des jeux ». En fin de compte les pirates et leurs prisonniers avaient une idée de la vie beaucoup plus proche l’une de l’autre que de celle que s’en fait notre monde agonisant, si tant est qu’il soit encore capable de s’en faire une !
Tout le monde est donc content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.

mardi 14 avril 2009

De la lévitation en tant que programme politique pour l'avenir de l'espece humaine.

Lettre ouverte aux électeurs bien-votants de Cochon-sur-Terre à l’occasion d’une campagne électorale quelconque.


Figurez-vous, cher concitoyen, que j’ai récemment appris, et croyez-le bien tout a fait par distraction, que j’avais la chance inouïe de vivre dans une démocratie, ce qui signifie, semble t’il, que je peux ouvrir ma gueule (je vous prie de bien vouloir excuser cet écart de langage mais je m’exprime…) et dire tout ce que je pense. Il parait même que c’est recommandé en période de campagne électorale, ce que j’ignorais totalement. Vous pouvez imaginer ma surprise lorsque j’ai réalisé que tout, absolument tout, n’était pas interdit, contrôlé, surveillé, ausculté, fliqué etc… et qu’il nous restait encore une possibilité relative de dire ce que l’on pensait. Ca tombe plutôt bien et je vais donc en profiter rapidement avant que cet oubli, certainement involontaire, ne soit corrigé, pour notre sécurité à tous naturellement. Car, cher concitoyen, je suis révolté de voir qu’aucun des candidats de cette campagne électorale, de l’importance la plus considérable pour l’avenir de notre Illustrissime Humanité, ne l’oubliez pas je vous prie, aucun, donc, n’a pris le soin de préciser dans ce qu’ils appellent leurs « programmes » ce qu’ils pensaient de cette question de la plus haute importance pour l’avenir de notre espèce divine : la lévitation. Car l’air de rien, et je vais insister lourdement là-dessus, cela nous concerne tous et devrait être au rang des préoccupations principales de cette campagne électorale. Ce devrait même être le seul et unique objet des élections. Eh bien non, non seulement personne n’en parle, mais je suis certain que personne n’y pense, ce qui m’afflige encore plus. Cela ne fait que confirmer, si besoin en était, à quel point nos politiciens professionnels peuvent être superficiels, englués dans des schémas politiques et économiques d’un autre monde, en bref à quel point nous sommes aux mains de politiciens ringards, voire réactionnaires, dont l’absence de pensée n’a d’équivalent que l’irresponsabilité criminelle pour notre avenir dont ils font preuve.

Car, cher concitoyen, vous le savez bien vous qui êtes lucides et clairvoyants, le seul et unique débat de cette campagne électorale aurait dû être : comment voulez-vous léviter ?
Ne vous y trompez pas, cher concitoyen, nous en sommes là ! La situation est à ce point catastrophique que nous devons faire un retour sur nous-mêmes, si tant est que nous en soyons encore capables, ce qui n’est pas du tout certain, afin de faire un choix qui engagera l’avenir de notre Illustrissime Humanité. De quelle manière dorénavant voudrions-nous léviter ? Tout est là. Rien n’est en effet plus important que cette question car elle touche à notre humanité, à ce qui constitue le fait même que nous sommes des êtres humains et non pas des animaux. Nous pourrions dire sans nulle crainte d’exagération que notre caractéristique principale, ce qui nous différencie de tous les autres êtres vivants est justement ce besoin congénital de nous élever au-dessus de nous-mêmes, en bref notre irrésistible attrait pour la lévitation. Car nous ne pouvons échapper à la lévitation, à moins que l’on ne choisisse d’abandonner notre humanité et de retourner dans ce règne animal qu’il nous est si pénible de laisser derrière nous, comme nous pouvons en voir d’ailleurs de nombreuses preuves plus ou moins hybrides autour de nous, voire dans notre entourage, c'est-à-dire tous ces individus ayant un fort penchant pour la bestialité plutôt que pour l’humanité. J’ai d’ailleurs le sentiment que ce genre tout à fait ancien, mais pas moins inquiétant, aurait tendance à se développer à nouveau de nos jours au cœur même de notre monde paradisiaque, comme si celui-ci engendrait ce qui le détruira... La vérité est que nous n’avons nullement le choix : c’est la lévitation ou la bestialisation. L’histoire de la lévitation n’est que l’histoire de l’humanité, soyez en sûr cher lecteur, c'est-à-dire la tentative nullement assurée d’échapper à l’animalité.
Or, cette histoire se partage en deux périodes bien distinctes. Pour simplifier nous devons distinguer la période dîtes « moderne » de toutes les autres. Il ne s’agit pas de prendre une quelconque notion arbitraire pour ce faire. Non, nous distinguons cette période par la manière absolument nouvelle dont l’art de léviter fût envisagé à partir de ce moment là. Il est un fait que la caractéristique de la période historique dans laquelle nous survivons depuis maintenant trois siècles environ n’est rien d’autre que la mise en place de la forme nouvelle de lévitation dans laquelle nous nous sommes engagés, rejetant du même coup toutes les institutions et les traditions de lévitation qui avaient cours jusqu’alors. Pour la première fois l’humanité a changé radicalement de méthode de lévitation. La révolution française, cher lecteur, n’est rien d’autre que le renversement concret et le plus spectaculaire des anciennes méthodes de lévitation au profit des nouvelles. Notre Illustrissime Humanité s’est faite déicide à cette occasion afin, contrairement à ce que croyaient les naïfs, non pas de renverser Dieu de son trône pour détruire ce dernier et le rabaisser à notre niveau au nom de notre fétiche sanctificateur l’égalité, mais bien afin d’y monter à sa place. Elle a ainsi troqué la croyance en Dieu pour la croyance en Elle-même. La période moderne n’est donc rien d’autre que la prise en main de sa lévitation par l’humanité, ce qui signifie que Notre Humanité désormais Divinisée a décidé un beau jour qu’Elle s’élèverait au-dessus d’Elle-même par Elle-même, grâce aux ressources de sa créativité et de son savoir-faire. C’est ainsi que nous sommes entrés dans l’ère de la lévitation artificielle dont la technologie est le moyen unique et indispensable. Cela fait donc plus de trois siècles, maintenant, que ce rêve de lévitation artificielle guide Notre Lumineuse Humanité sur le chemin de la félicité, électrique hier, atomique aujourd’hui et probablement désertique demain au train où vont les choses. C’est ainsi que depuis trois cent ans notre Illustrissime Humanité a poursuivi son exploration et sa quête de toutes les possibilités que recelait la lévitation artificielle pour en arriver aux temps héroïques de l’aviation puis à celui de la conquête de l’espace, dont nous ne connaissons encore que les balbutiements aujourd’hui, ce qui, rétrospectivement, constitue bien l’aboutissement logique de cette forme nouvelle de lévitation. Il faut tout de même avouer que cet achèvement, si c’en est un véritablement, est encore assez limité non seulement en raison de sa fiabilité douteuse, mais surtout en raison du nombre ridicule d’individus à qui cela permet de léviter. De plus il se pourrait que cette lévitation artificielle ne soit plus réalisable à court terme en raison de son coût prohibitif, tant il semble que les ressources nécessaires à notre exercice de la lévitation artificielle soient en train de s’épuiser. C’est ainsi, cher lecteur, que Notre Illustrissime Humanité est en train de découvrir avec stupeur qu’Elle pourrait ne pas gagner la course engagée par elle contre la planète dont elle tire sa subsistance, et de laquelle elle avait voulu s’affranchir. Pis encore il se pourrait même que cette ingrate planète soit la cause de la disparition de cette espèce évoluée entre toute qui se crut éternelle pendant quelques malheureux siècles, cette période au cours de laquelle l’Humanité s’est mise à croire en elle-même. Or, aujourd’hui, nous commençons à nous rendre compte que croire en soi-même n’a jamais élevé personne. La triste et ironique vérité est que notre croyance en nous-mêmes, c'est-à-dire plus concrètement la foi que des vaisseaux spatiaux nous permettraient de nous propulser littéralement au-dessus de nous-même, a bien eu pour résultat concret de nous propulser quelque part mais ce ne fût pas du tout dans la direction espérée ; nous voilà arrivés non pas au-dessus de nous-mêmes mais bien plutôt à coté de nos pompes…

Voilà, cher concitoyen, la situation véritable dans laquelle nous nous trouvons de nos jours et que nos politiciens n’abordent jamais, soit par ignorance crasse, soit par lâcheté et par intérêts à court terme. Ne nous y trompons pas : nous ne pourrions bien sûr pas interrompre nos expériences de lévitation sans retomber immédiatement dans la bestialité la plus authentique. Or il se trouve que nos méthodes de lévitation actuelles, modernes donc, par conséquent les plus évoluées qui soient, celles qui sont tout de même parvenues à nous envoyer dans la lune en des temps records, ces méthodes donc, d’une part ne nous seront certainement plus accessibles dans un avenir très proche en raison de leurs coûts qui menacent notre survie, et d’autre part elles ont échouées puisque nous nous retrouvons aujourd’hui très nettement à coté de nos pompes… Mais qui, cher citoyen-bienvotant, a abordé cette question vitale pour notre avenir au cours de ces élections ? Qui a proposé une solution de rechange à nos méthodes condamnées de lévitation ? Qui y a seulement fait allusion ? A ma connaissance personne, même pour rire. N’est-ce pas faire preuve d’irresponsabilité coupable?

Puisqu’il n’est pas envisageable de cesser de léviter, et que nous ne pouvons pas non plus continuer à le faire par nos méthodes actuelles, la seule issue est donc d’en inventer de nouvelles dont les coûts ne remettraient pas en cause la survie de plus en plus sujette à caution de Notre Illustrissime Humanité. En d’autres termes, si nous ne savons pas renoncer de notre propre initiative et sans attendre à nos méthodes actuelles de lévitation, cela se fera sans nous et contre nous, avec pour conséquence l’extinction de l’espèce, ou, en tout cas, de sa dégénérescence si complète que l’on devra trouver un autre terme afin de classifier ce qui en subsistera parmi les êtres survivants. Si, donc, nous partons du principe que notre Illustrissime Humanité a opté il y a environ trois siècle pour la lévitation artificielle, que nous pourrions également dénommer technologique en raison du fait déjà signalé que ce ne peut-être qu’à travers nos réalisations technique que nous pouvons accomplir la lévitation artificielle, nous devrions donc en conclure logiquement que nous ne pouvons l’abandonner qu’en renonçant en partie au moins à ce par quoi elle se réalise : la technologie. Oui, cher concitoyen, j’ai bien conscience du blasphème que je suis en train d’écrire, comme chaque remise en cause radicale de toute religion établie en constitue un ; et j’ai bien conscience également du risque que je cours et de la possibilité d’être réduit en cendres sur le bûcher médiatique, car je ne suis pas sans ignorer que même la divine tolérance de notre sainte époque a des limites, illimitées bien entendu. Si, donc, nous abandonnions nos méthodes de lévitation artificielles reposant sur la technologie et sur des inventions toujours plus ingénieuses afin de nous aider à nous faire léviter toujours plus loin, cela signifierait-il que nous soyons obligés de régresser aux méthodes de lévitation de nos ancêtres, ces êtres si ignorants et si stupides qui nous font tant honte que nous hésitons à nous déclarer leurs descendants ? Car il me parait légitime d’être en droit de nous demander si nous sommes réellement issus d’individus si peu évolués qu’ils parvenaient à survivre sans téléphone portable et sans télévision, sans les 35 heures et sans vacances, sans crèches et sans tous ces spécialistes illuminés qui envahissent nos vies comme le font si bien les cancrelats, sans militants et sans avancées sociétales, sans associations pour la défense des portables abandonnés ou celle pour le droit à la connerie intergalactique pour tous, sans bobos ni bobonnes etc… bref, des êtres qui survivaient dans un monde autre que notre paradis terrestre contemporain. Comment ont-ils pu ? C’est à ne pas croire j’en conviens volontiers… Devrions-nous revenir, d’ailleurs il faudrait interdire cette expression abjecte au nom de notre droit à la sécurité psychologique, je me demandais donc s’il nous fallait adopter ces façons de vivre indignes d’êtres aussi évolués que nous le sommes ? Cela aurait de graves conséquences pour nous et notre merveilleux niveau de vie. Je dois vous avouer que j’ai du mal à envisager une existence digne de nous sans toutes ces glorieuses conquêtes de notre Illustrissime Humanité contemporaine, et je trouverai même absolument injuste que nous soyons obligés de sacrifier ainsi ce qui fait pour nous l’agrément de nos inexistences parfaites. Je ne peux même pas imaginer que des êtres aussi fiers, à juste titre naturellement, que nous le sommes devenus puissent régresser au point de devoir de nouveau apprendre à marcher pour aller acheter notre pain sans prendre nos indispensables 4x4 pour ce faire, ces véhicules irremplaçables par ailleurs pour la sécurité des enfants que l’on va chercher à l’école dans la rue voisine et qui peuvent ainsi se cultiver en regardant la TV tandis qu’on les ramène chez eux, leur épargnant par la même occasion de subir les ignominies de la vie dont ils pourraient accidentellement voir ce qu’il en reste par la fenêtre… Ou encore imagineriez-vous survivre tout un été, et même le Printemps et parfois l’Automne en attendant l’hiver, en bref toute l’année, une survie entière donc sans air conditionné ; ou encore quelques heures sans informations ; ou pire encore, quelques moments en silence, j’entends sans bruit ? Ce serait parfaitement insoutenable j’en suis bien conscient. Pourtant cela ne s’arrêterait pas là, loin s’en faut, car il faudrait envisager encore bien d’autres sacrifices qu’il m’est trop pénible d’énumérer ici tant il y en aurait et tant cela me peinerait d’en envisager seulement la possibilité.
Mais la conséquence la plus grave à mes yeux de notre changement de méthode de lévitation aurait une implication sérieuse et immédiate sur ce qui nous tient le plus à cœur, sur ce que nous avons conquis de haute lutte depuis trois siècles et qu’aucune société avant la notre n’avait pas même pu imaginer, j’entend par là ce qui constitue le socle sur lequel repose avec confiance notre Fierté d’êtres fiers : nos droits, ou plutôt notre Droit Sacré d’avoir tous les droits, possibles et impossibles, imaginables et inimaginables, existants et inexistants, concrets et virtuels, passés, présents et à venir, particuliers et globalisés, terrestres et extra-terrestres… Eh oui, cher concitoyen, aussi abominable que cela puisse vous sembler, nos Sacrés Droits et nos Droits Sacrés, ceux-là même que nous avons si brillamment respectés depuis trois siècles, j’entends Nos Droits de l’Homme, eh oui, eux-mêmes et mêmes eux sont désormais menacés. Et il se pourrait bien que nous dussions volontairement renoncer à avoir tous les droits sans exception afin de nous sauver du désastre imminent. Oh, je sais bien ce que signifierait une telle insanité ; cela voudrait dire que nous consentirions à descendre du trône dont nous avions chassé Dieu et à le laisser vacant. Est-ce possible ? En sommes-nous capables ? Sommes-nous suffisamment illustres pour descendre du trône dont nous nous étions emparés? Notre désormais légendaire Sagesse Orbitale nous permettrait-elle volontairement de ne plus nous prendre pour des dieux ou pour Dieu, ce qui, entre nous soit dit, prouverait notre supériorité sur Dieu qui, lui-même, n’a jamais atteint à cette grandeur de ne plus se prendre pour ce qu’il était pourtant bel et bien… Autrement dit, serions-nous capables de condescendre à faire semblant d’admettre, du sommet auquel nous sommes parvenus, que nous ne serions peut-être pas aussi haut que nous ne le pensions (afin d’écarter tout malentendu je crois vraiment que nous sommes même encore plus haut que nous ne le sommes). Je me demandais simplement si nous étions prêts à comprendre que notre Infinie Grandeur ne consisterait précisément pas à accepter que nous ne sommes finalement pas aussi omnipotents que nous ne le croyions, et que ce ne serait pas forcément déchoir de notre Eminentissime Dignité que de réaliser qu’en fin de compte nous ne pouvons pas tout, et qu’une nouvelle méthode de lévitation pourrait fort bien démarrer par cet acte de courage de notre part : souffrir qu’en étant incurablement mortels nous ne pouvons être ni dieux ni Dieu, et encore moins les deux à la fois, avec toutes les conséquences gigantesques que cela impliquerait.
Cher concitoyen, veuillez pardonner je vous prie les propos tenus plus haut qui auraient pu vous faire douter de ma foi totale et absolue en Notre Destin Immaculé à tous. Mais cette supercherie fût nécessaire afin de vous faire prendre conscience de l’enjeu. Oui, je sais parfaitement bien qu’une nouvelle méthode de lévitation est une utopie, et je sais tout aussi bien que notre Eminentissime Dignité ne nous permet pas d’en envisager une autre. Accepter que nous soyons mortels, et qu’en conséquence de quoi nous ne soyons ni dieux ni Dieu, est une folie que seul un individu drogué à la cigarette pourrait proposer. C’est d’ailleurs probablement pour cette raison que fumer est désormais interdit pour notre bien à tous, au nom de notre Sécurité Sainte et Bien-Aimée.
Oui, cher concitoyen, je suis fanatiquement persuadé du caractère inéluctable de notre méthode de lévitation ; j’aime et j’admire sans réserves notre méthode de lévitation qui est de loin la plus admirable de toutes puisqu’elle aura pour conséquence de nous faire léviter tous ensemble, et en même temps qui plus est, dans une apocalypse digne des dieux que nous sommes. Je comprends bien que Notre Illustrissime Humanité ne peut se permettre de régresser au point d’admettre Sa mortalité ; quelle ignominie ne serait-ce pas, en effet ! Combien plus noble en comparaison est la voie choisie d’un suicide assumé qui ne laissera rien ni personne derrière nous, puisque nous ne pouvons revenir en arrière mais uniquement aller de l’avant. A la rigueur Nous pourrions laisser quelques survivants devant Nous mais serait-ce bien digne de Notre Grandeur ? Non, je ne le crois pas, car le suicide collectif est notre destin, le point culminant de notre méthode de lévitation, sa réussite complète et parfaite. C’est pourquoi j’ai bien compris, depuis longtemps d’ailleurs, que notre suicide grandiose représente l’achèvement de notre progrès bien aimé, que seule notre espèce divine aura eu le génie illimité de réaliser. Et puis ne rien laisser derrière Nous, quel panache, non ! Nous et puis rien…

Donc, pour en revenir à notre campagne électorale, je crois pouvoir affirmer qu’au nom de notre Dignité Eminentissime nous pouvons voter pour n’importe lequel des candidats les yeux fermés, assurés comme nous le sommes désormais que chacun d’eux fera de toute manière le maximum pour que Notre Grand Œuvre, j’entends Notre Suicide Collectif, se fasse de la manière la plus réussie et la plus accélérée possible, et surtout qu’au nom de notre fétiche Egalité nous soyons tous conforté par l’assurance qu’il n’y aura aucun laissé pour compte. A cette réjouissante perspective je dois avouer que tous les candidats sans exception sont d’une intégrité et d’un professionnalisme qui les honorent et qui me fait poser une dernière question :
Ne devrions-nous pas les élire tous ensemble afin d’être vraiment sûrs de réaliser Notre Destin de la meilleure manière et le plus rapidement possible?

dimanche 12 avril 2009

Petite histoire de la crise financiere pour les sains d'esprit...

Nous nous contenterons ici de raconter et de tenter d’expliquer comment ce que l’on appelle « la crise », c'est-à-dire la composante financière du désastre avec lequel nous commençons seulement à faire connaissance et dont nous n’avons vu pour le moment qu’une infime partie, comment donc cette crise financière s’est développée dans l’ombre pour finir par exploser. Contrairement à ce que l’on nous raconte cette catastrophe qui menace de nous submerger n’a pas débuté par l’écroulement des banques ; ce n’est là qu’un des symptômes d’un phénomène beaucoup plus vaste et bien plus grave dont les prémisses sont contemporaines des premières décennies de ce que l’on a appelé l’époque moderne.
En nous en tenant pour le moment uniquement à l’histoire de cette crise financière nous devrons revenir quelques années en arrière lorsque l’Administration Clinton commença à lâcher les rênes aux banques et aux institutions financières. Rassurez-vous nous serons en pays de connaissance, car si les années ont passé et ne se ressemblent pas forcément, les individus eux non seulement n’ont pas passé de mode mais sont donc toujours là, fidèles aux postes. Vous verrez dans la longue suite de cet article que cela pourrait bien expliquer les nombreuses et coûteuses bizarreries qui se produisent sous nos yeux en ce moment même.

- Dérégulations

USA - Années 1999-2000 – L’administration Clinton est sur le départ. Un certain Larry Summers, ancien numéro deux du Trésor sous Robert Rubin (ex banquier chez Goldman Sachs pendant 26 ans, Secrétaire au Trésor 1995 – 1er Juillet 1999) promu au poste de Secrétaire au Trésor (1er Juillet 1999-2001) lorsque son supérieur Robert Rubin déjà cité, devint vice-président de Citigroup ; Summers réussit alors à convaincre le Président Clinton de signer certaines propositions de lois d’origine républicaine afin de leur donner force de loi. Ce qui advint. Quelles furent ces lois ?
- La première (12 Novembre 1999) consista à abroger la loi de 1933 « Glass-Steagall » qui fût crée et votée en pleine Dépression pour interdire la fusion de banque de dépôt et de banque d’affaire. Même si cette loi était déjà battue en brèche depuis des années la constitution de la banque Citigroup n’aurait pu se faire sans elle (pure coïncidence bien sûr avec le fait que Robert Rubin devint vice-président de cette même banque après avoir été Secrétaire au Trésor.: « In November 1999, senior regulators—including Mr. Greenspan and Mr. Rubin—recommended that Congress permanently strip the CFTC of regulatory authority over derivatives. » (Source : NY Times). Monsieur Rubin démissionna de Citigroup le 9 Janvier 2009 après avoir touché $ 126 millions au cours de ces neuf années passées dans cette banque, probablement pour services rendus…
- La seconde loi fût le « Commodity Futures Modernization Act », signée par le Président Clinton le 21 Décembre 2000 ; elle abrogeait le « Shad-Johnson Juridictional Act » de 1982 qui interdisait les « Single stock Futures » et fût fortement recommandée par certains qui ne nous sont pas inconnus :

« In November 1999, senior regulators—including Mr. Greenspan and Mr. Rubin—recommended that Congress permanently strip the CFTC of regulatory authority over derivatives. » (Source: NY Times).

Cette seconde loi empêchait l’Agence Gouvernementale US de régulation (CFTC) d’avoir un quelconque contrôle sur le marché des dérivés financiers, tels que les fameux « credit default swaps » qui provoquèrent la catastrophe de AIG, ces mêmes produits que Warren Buffet catalogua comme : « weapons of financial mass destruction ». Cette loi a été citée par de nombreuses personnalités de l’économie comme ayant été à l’origine directe de la faillite d’Enron en 2001 et de la crise générale d’insolvabilité de Septembre 2008 qui mena à la faillite de Lehman Brothers, sans parler des plans massifs de sauvetage de AIG et des banques US sur lesquels nous reviendrons un peu plus loin.
L’actuel Secrétaire d’Etat au Trésor Timothy Geithner, quant à lui, servira sous deux de ses prédécesseurs de 1999 à 2001 : Robert Rubin et Larry Summers, désormais lui-même « Obama’s Chief Economic Advisor ». Ce qui permet d’affirmer que ceux que l’on a chargé d’endiguer la crise sont les mêmes que ceux qui l’ont provoqué en faisant passer des lois qui abrogèrent toutes les régulations antérieures qui avaient permis de protéger l’économie et les marchés contre les excès dus à la cupidité humaine qui engendre souvent des prises de risques irresponsables.

- Septembre 2004 : Alerte du FBI sur le danger que recèlent les produits dérivés et le parallèle avec la « S&L crisis ».

Cette dérégulation massive des produits dits dérivés entraîna des excès très rapidement (dés 2001 avec l’affaire Enron) au point que le FBI rédigea un rapport sonnant l’alarme sur le danger que cela pouvait entraîner. C’était en le 17 Septembre 2004:

Rampant fraud in the mortgage industry has increased so sharply that the FBI warned Friday of an "epidemic" of financial crimes which, if not curtailed, could become "the next S&L crisis." (Source: CNN 17.09.04).

La crise des « Savings and Loans » sévit entre 1980 et 1993, période durant laquelle plus de 1600 banques firent faillite ou bénéficièrent d’une aide du FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation). Cette crise financière d’origine immobilière fût en partie due à une mauvaise gestion des dépôts, à des prêts risqués attribués de manière inconsidérée et surtout à des fraudes ; cette crise coûta environ $150 milliards aux contribuables américains (1993). Le FBI avait raison. La crise dite des subprimes qui déclencha le désastre dans lequel nous sommes plongés aujourd’hui fût en quelque sorte « the next S&L crisis ». Ce qui est encore plus affligeant est qu’à l’époque de ce rapport la crise aurait pu être évitée. Malheureusement personne ne fît rien pour l’éviter, bien au contraire puisque les prêts douteux furent encouragés sans aucune restriction ni vérification de la qualité des emprunteurs. Si le FBI avait raison de tirer le signal d’alarme il ne pouvait imaginer combien l’échelle de la crise précédente (S&L) paraîtrait enviable en comparaison de ce qui allait exploser au grand jour quatre ans plus tard (Septembre 2008).

- Une épidémie de fraudes.

Une dérégulation systématique de l’utilisation des produits dérivés, l’absence presque complète de contrôle de ces mêmes opérations de la part d’un organisme institutionnel et des systèmes de compensation douteux aboutit immanquablement à la création spontanée d’un environnement encourageant la fraude comptable et le maquillage des pertes. Le schéma en est relativement simple même si cela parait aujourd’hui incroyable.

- L’emprunteur mentait à la banque en lui donnant de faux renseignements sur ses capacités à rembourser le prêt demandé et sur l’utilisation du bien immobilier qu’il achetait. D’après le FBI une grande partie des fraudes vinrent du fait que les acheteurs déclaraient que le bien immobilier pour lequel ils empruntaient serait leur résidence afin de bénéficier des avantages y afférant. Dans la majeure partie des cas c’était faux car ils n’achetaient qu’avec l’idée de revendre rapidement en spéculant sur la hausse de l’immobilier pour faire une rapide plus-value à la revente avant d’être contraints de rembourser un emprunt auquel ils ne pouvaient faire face depuis le départ.
- D’après le FBI les prêteurs de première instance, c'est-à-dire les établissements qui prêtaient de l’argent à des individus pour acheter un bien immobilier, furent complices de leurs clients dans 80% des fraudes, voire les encourageaient à ne pas dire la vérité pour avoir des contrats plus intéressants. C’est ce qu’on appelait les « liar’s loans » avec lesquels furent constitués les fameux « produits dérivés ». Afin d’améliorer leurs profit à court terme les banques accordèrent de plus en plus de prêts à des emprunteurs de moins en moins solvables et n’offrant aucune garantie. Pourquoi ? D’une part parce-que chaque dossier traité rapportait de l’argent à la banque, d’autre part plus le prêt était risqué pour la banque plus le taux d’intérêt du prêt était élevé, sans compter la revente aux établissements qui les transformeraient en produits dérivés. Pour éviter d’avoir à refuser une opération aussi lucrative les banques ne vérifiaient même plus les informations mensongères données par les emprunteurs quant elles prenaient encore la peine d’en demander ; c’est ainsi qu’on se rend compte aujourd’hui que bien souvent les demandes de prêt ne contiennent aucune information sur l’emprunteur (ce qui a des conséquences importantes aujourd’hui sur lesquelles nous reviendrons plus loin). La fraude était si répandue que n’importe qui aurait pu s’en apercevoir immédiatement en regardant une simple demande d’emprunt, ce qui se produisit après le début de la crise lorsqu’un analyste de l’agence de notation Fitch finit par faire une enquête sur le problème en Novembre 2007 :

In the absence of effective underwriting, products such as “no money down” and “stated income” mortgages appear to have become vehicles for misrepresentation or fraud by participants throughout the origination process.”(Source: The impact of poor underwriting practices and fraud in Subprime RMBS performance – Fitch Report 13 November 2007).

Fitch believes that much of the poor underwriting and fraud associated with the increases of affordability products was masked by the ability of the borrower to refinance or quickly resell the property prior to the loan defaulting, due to rapidly increasing home price.”(Source: The impact of poor underwriting practices and fraud in Subprime RMBS performance – Fitch Report 13 November 2007).

“…the results were disconcerting, in that there was appearance of fraud in nearly every file we examined.”(Source: The impact of poor underwriting practices and fraud in Subprime RMBS performance – Fitch Report 13 November 2007).

- Les banques et institutions financières qui achetaient sciemment ces « liar’s loans » aux établissements prêteurs et qui les regroupaient dans des « pools » pour créer des dérivés financiers (fondés sur des prêts à des individus insolvables, ou sans aucunes garanties) ne vérifièrent jamais la qualité de ces mêmes prêts. Et ces nouveaux produits dérivés furent revendus à des investisseurs qui ne se préoccupèrent de rien non plus. Pourquoi ?
- Parce-que ces « pools » comme on dit, ces regroupements de prêts douteux à hauts rendements, à court terme en tout cas, bref ces dérivés financiers bénéficiaient de notes positives de la part des agences de notation. C'est-à-dire que tous ces « toxics assets » étaient notés AAA ce qui signifie « sans aucun risque » ou « risk free », c'est-à-dire l’équivalent des Bonds du Trésor US. Non seulement ces agences de notation donnèrent les meilleures notations à ces bombes à retardement mais en plus elles ne firent aucun contrôle pour s’assurer que ce qu’elles disaient était vrai jusqu’au jour ou le marché se retourna et ou ses acteurs commencèrent à se pencher sur la question. Ce fût en 2007. C’était trop tard.

- Le rôle des agences de notation.

Le rôle des agences de notation, « credit ratings agencies », est absolument essentiel pour comprendre ce qui s’est passé. Entre 2000 et 2007 Wall Street émit une énorme quantités de nouveaux produits financiers, dits « dérivés », « subprimes », CDO, toujours plus complexes et basés sur les « liar’s loans ». Ces nouvelles inventions étaient si compliquées que plus personne ne comprenait ce que cela recouvrait. De plus il faut garder à l’esprit que dans ce contexte entièrement dérégulé (voir plus haut) il n’y avait plus aucun garde-fou contre ce que le FBI nomma « an epidemic of financial crime ». Lorsque le Rep. Henry Waxman déclara le 22 Octobre 2008 (dans le cadre de l’enquête du Congrès sur le rôle des agences de notation dans la crise), que « the leading rating agencies are essential financial gatekeeper » (1), il sous-estimait le problème ; elles n’étaient pas « essential » elles étaient les seules et uniques « gatekeepers » encore en place puisque le gouvernement avait abandonné son propre rôle de « gatekeeper » de dernier ressort. Le problème majeur était désormais de savoir jusqu’à quel point leurs avis pouvaient rester suffisamment indépendants pour guider les investisseurs correctement. D’où l’importance fondamentale et involontaire que prirent les agences de notation dans l’achat et la vente de ces produits :

- les investisseurs ne pouvaient plus se fier qu’aux notes de ces agences pour savoir, non pas ce qu’ils achetaient puisque personne n’en savait rien, mais bien la qualité de leurs achats, c'est-à-dire leur fiabilité, leur perméabilité au risque.
- les banques qui créaient ces produits dérivés à partir de prêts immobiliers à risque, ces « liar’s loans », avaient besoin des agences de notation pour inciter les investisseurs à acheter leurs produits hautement toxiques. Ils avaient un besoin vital de voir ces derniers se transformer miraculeusement en cash machine dés qu’ils obtenaient la note magique AAA grâce à laquelle les investisseurs se précipitaient pour les acquérir.

Ces deux facteurs accrurent la pression sur les agences de notation et malheureusement l’indépendance de ces dernières fut mise encore plus à mal lorsqu’elles virent leurs revenus affectés de manière spectaculaire par leurs attributions de notes AAA à ces produits dérivés plus que douteux crées par les banques : ils passèrent de $3 milliards en 2002 à $6 milliards en 2007 (1). C’est ainsi que les agences de notation finirent par attribuer leurs notes AAA sans même demander les documents qui pouvaient leur permettre de soumettre la solidité des produits à leurs propres analyses sur lesquelles reposait la confiance des investisseurs. Cette manière de faire était déjà en place dés l’année 2001 comme le prouve ce qui suit :

In 2001 Mr Raiter (from S&P) was asked to rate an early collateralized debt obligation called “Pinstrip”. He asked for the collateral tapes so he could assess the credit worthiness of the home loan backing the CDO. This is the response he got from Richard Gugliada, the managing director:
“Any request for loan level tapes is TOTALLY UNREASONABLE!!! Most investors don’t have it and can’t provide it. Nevertheless we MUST provide a credit estimate…
It is your responsibility to provide those credit estimates and your responsibility to devise some method for doing so.”
Mr Raiter was stunned. He was being directed to rate “Pinstrip” without access to essential credit data. He e-mailed backed:”This is the most amazing memo I have ever received in my business career
.”(1) (Les lettres en majuscule et les points d’exclamation sont d’origine).

Comme on le voit dés le début, c'est-à-dire dés que la dérégulation fût effective (2000-2001), le système d’aveuglement volontaire, c'est-à-dire de fraude, était en place à tous les niveaux, les sommes en jeux étant trop importantes pour être ignorées. Les agences de notation n’eurent donc pas d’autres solutions que d’occulter volontairement les documents qui leur auraient permis de se faire une opinion indépendante sur les produits que les banques leur demandaient de noter AAA si elles voulaient continuer à voire leurs profits exploser. Sans quoi elles n’auraient eu que deux choix : 1) soit déclarer ces produits comme hautement dangereux ou « toxic assets », ce qui les rendaient invendables. 2) soit prouver leur participation dans la fraude générale en les notant favorablement après avoir examiner des documents qui prouvaient sans aucuns doutes combien ces produits étaient dangereux.
On connaît leur choix.

The story of the credit rating agencies is a story of colossal failure. The credit rating agencies occupy a special place in our financial markets. Millions of investors rely on them for independent, objective assessments. The rating agencies broke this bond of trust, and federal regulators ignored the warning signs and did nothing to protect the public. The result is that our financial system is now at risk.”(1)

En vérité les agences de notation trompèrent les investisseurs en ignorant délibérément les documents qui auraient pu leur permettre d’alerter le monde entier sur les dangers encourus par l’achat de « produits dérivés ». Par cette ignorance volontaire elles renièrent leur raison d’être et permirent à la catastrophe que nous connaissons d’arriver.

- « Sauver le système bancaire » : qu’est ce que cela signifie ?

Aujourd’hui nous faisons face aux conséquences de sept ou huit années de folie irresponsable au cours desquelles tous les acteurs jouèrent avec le feu pour finir par faire sauter la maison toute entière. La maison est en flamme mais contrairement à ce qu’il serait rassurant de croire tout n’a pas encore fini de brûler et il reste encore beaucoup de braises incandescentes sous la cendre. Prévenir une recrudescence de l’incendie et l’écroulement de la bâtisse toute entière est la préoccupation principale du gouvernement US. Dans cette perspective le gouvernement US n’a d’ailleurs pas ménagé sa peine puisque les plans se succèdent les uns après les autres depuis le mois de Septembre, tous avec le même objectif officiel : sauver le système bancaire de la faillite. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? Qui dans le système bancaire US est en banqueroute aujourd’hui ? En d’autres termes combien de banques sont-elles concernées par le risque de faillite à cause des produits dérivés? 1000, 500, 100 ou 10 ?
Apparemment seulement cinq !

Today, five US banks, according to data in the just-released Federal Office of Comptroller of the Currency’s Quarterly Report on Bank Trading and Derivatives Activity, hold 96% of all US bank derivatives positions in terms of nominal values, and an eye-popping 81% of the total net credit risk exposure in event of default. The top three are, in declining order of importance: JPMorgan Chase, which holds a staggering $88 trillion in derivatives; Bank of America with $38 trillion, and Citibank with $32 trillion. Number four in the derivatives sweepstakes is Goldman Sachs, with a mere $30 trillion in derivatives; number five, the merged Wells Fargo-Wachovia Bank, drops dramatically in size to $5 trillion. Number six, Britain's HSBC Bank USA, has $3.7 trillion.”(Source : William Engdhal – Asia Times (2)

Les chiffres cités ne sont pas croyables, ils semblent inventés et nous avons même cru à une erreur en en prenant connaissance si bien que nous sommes allés vérifier par nous-mêmes sur le site du gouvernement. Et nous sommes au regret de devoir vous les confirmer (sources : http://www.occ.treas.gov/). Pour résumer les positions de ces cinq banques US représentent 96% des positions sur les dérivés de toutes les banques US pour une somme de (accrochez-vous à votre siège !) $193 trillions de dollars… (Toujours là ?)…
Que nous révèlent ces chiffres invraisemblables ? Ils nous montrent que les cinq banques les plus importantes de Wall Street sont les plus exposées aux risques d’insolvabilité (81% du total) par leurs folles prises de risques. Nous pouvons remarquer d’ailleurs que la plupart de l’argent sorti de la planche à billet de la Réserve Fédérale, c'est-à-dire de la poche du contribuable américain, n’a servi qu’à renflouer directement ou indirectement ces cinq banques, y compris le renflouement d’AIG et le dernier plan PPPIP concocté par le Secrétaire au Trésor Geithner. Or ces plans n’ont jusqu’à présent servi à rien sinon à gaspiller de l’argent qui aurait été nettement plus utile s’il avait été employé à d’autres fins, comme par exemple mettre sur pied un système d’assurance et de chômage décent, surtout au moment ou ce dernier s’accroît à une moyenne de 600.000 personnes par mois. La question qui nous vient à l’esprit est la suivante : pourquoi tous ces plans qui ont déjà coûté à peu près $ 2.000 milliards ne parviennent-ils pas à éponger les dettes de ces banques ? Car dans l’hypothèse où il soit impératif de les sauver de la faillite (ce qui est plus que discutable) pourquoi ne pas leur donner toutes les sommes nécessaires pour les sortir du trou et gagner du temps contre la crise qui se déploie toujours plus au fur et à mesure que le temps passe ? Pourquoi ne pas dire ce dont elles ont besoin une fois pour toute ? Nous avons effleuré la réponse à cette question plus haut. C’est très simple : d’une part çà leur est impossible parce que personne ne sait quels sont les montants des pertes réelles, à commencer par les banques elles-mêmes, et d’autre part elles ne veulent pas révéler les montants des pertes qu’elles connaissent car cela montrerait qu’elles sont insolvables ce qui les placeraient aussitôt sous le coup de la loi PCA. En effet comment pourraient-elles connaître la totalité de ces montants puisqu’elles ne possèdent même pas de dossiers d’emprunts fiables (quant il y en a !), ces « liar’s loans » sur lesquels elles ont bâtis leur châteaux de cartes ; c'est-à-dire à partir desquels tous ces produits financiers ont été constitués en pools, revendus, triturés et torturés jusqu’à ce que plus personne ne sache qui possède quoi, à part des chiffres truqués et gonflés démesurément à chaque étape du désastre, chiffres qui n’ont plus aucun rapport avec le monde concret. Ce ne sont plus que des signes étranges inscrits sur du papier, ou plutôt sur des écrans d’ordinateurs trop stupides pour signaler que quelque chose ne tourne pas rond, des hiéroglyphes devenus incompréhensibles pour ceux là même qui les ont inventé. C’est pour cette raison que les plans de sauvetage succèdent aux plans de sauvetages car les banques sont incapables de faire face à chaque fois qu’une perte ou une nouvelle dépréciation d’actifs les surprend et vient s’ajouter aux précédentes ; et ce d’autant moins qu’elles ne peuvent matériellement pas prévoir ce qui va leur tomber dessus d’un mois à l’autre puisqu’il n’existe pas les pièces nécessaires à établir l’étendue de la catastrophe. Mais est-ce bien la seule raison ?

- L’oligarchie ?

Depuis plusieurs semaines de nombreuses voix se font entendre et trouvent un écho de plus en plus grand dans les médias et auprès du public pour protester contre le traitement de faveur réservé par le gouvernement US aux banques de Wall Street, celles là mêmes qui sont en grande partie responsable de ce qui est arrivé. Deux questions sont adressées publiquement sous forme d’exigences de plus en plus fortement exprimées :
- La première est la suivante : Pourquoi le gouvernement US ne place t’il pas ces banques en faillite sous « receivership » comme l’exige le système de régulation financière mis en place en 1991 pour éviter qu’une nouvelle catastrophe comme la « Savings & Loans Crisis » ne se reproduise ? Il s’agit du « Prompt Corrective Action » ou PCA grâce auquel une première crise des subprimes fût étouffée dans l’oeuf en 1992-1993. M. William Black (former Director for the Institute for Fraud Prevention) explique très clairement ce que prévoit le PCA dans le cas ou une banque est insolvable :

Whatever happened to the law (Title 12, Sec. 1831o) mandating that banking regulators take "prompt corrective action" to resolve any troubled bank? The law mandates that the administration place troubled banks, well before they become insolvent, in receivership, appoint competent managers, and restrain senior executive compensation (i.e., no bonuses and no raises may be paid to them). The law does not provide that the taxpayers are to bail out troubled banks.”(Source: Huffington Post – 23.02.09 – William Black (3 voir bio à la fin de l’article))

We have a law that says when banks are at or near insolvency private shareholders should be eliminated unless we can arrange a transaction that has no cost to the FDIC. Receiverships produce "private institutions." The FDIC manages the failed institution only long enough to get it in shape to be sold at the least cost to the taxpayers. Receiverships end unnecessary bailouts of private shareholders, reducing the cost to the FDIC, as the law requires. Receiverships place banks back in the hands of new shareholders” (Source: Huffington Post – 23.02.09 – William Black (3)

La seconde question qui fait suite à la première est la suivante
- Pourquoi le Congrès n’a-t-il pas constitué une commission d’enquête sur les causes de cette crise, comme celle qui avait été mise sur pied en 1933, la fameuse Pecora Commission, afin de comprendre ce qui s’était passé pour éviter que cela ne se reproduise à nouveau ?

Pourquoi n’applique t’on pas le PCA pour assainir la situation des banques le plus vite possible et se donner ainsi une chance de se sortir le moins mal possible de cette dépression puisque tout est déjà prévu par la loi pour assainir les banques et les revendre aux moindres coûts pour le contribuable américain.?
Si officiellement personne n’a jamais répondu à cette question, certains ont soutenu que les banques étant la propriété de holdings et la loi ne s’appliquant pas à ces entités mais exclusivement aux banques, cela empêcherait la mise sous « receivership » de ces banques pourtant bel et bien américaines (surtout lorsqu’il s’agit d’être renfloué à moindre coût par le Trésor US). Argument extrêmement faible et spécieux qui ne peut cacher la volonté d’épargner aux actionnaires et aux dirigeants de ces établissements les conséquences de leurs irresponsabilités et de leurs malversations comptables. Voici ce que déclare Mr Black à ce propos :

“… banks are the issue. U.S. banks have FDIC insurance and are subject to the PCA law, regardless of whether they are owned by a BHC (holding). Deposit insurance covers only insured banks, not BHCs, so the FDIC, the Treasury and the taxpayers do not owe any obligation to pay their creditors. If the commentator is worried that BHCs will escape receivership, s(he) need not fear. BHCs and insurance companies such as AIG are subject to the bankruptcy laws, which can be used to block and even “claw back” excessive and fraudulent executive compensation. (Treasury is also requesting Congress to grant it authority to place BHCs and some insurers into receivership.)”(William Black – “On the prompt Corrective Action Law”)

Par conséquent rien dans les textes ne s’oppose ni à l’application du PCA dans les plus brefs délais et encore moins à la constitution d’une commission d’enquête par le Congrès afin de comprendre ce qui s’est passé.
Y a-t-il une explication à ces bizarreries?
Au début du mois d’Avril Simon Johnson (ancien économiste en chef du FMI) a fait connaître publiquement sa version des faits, celle qui se trouve être la plus répandue aux USA, à la fois dans le public et de plus en plus ouvertement dans les médias. Ce fût un véritable pavé dans la mare non seulement en raison de la comparaison qu’il fait entre les USA et une « banana republic » mais aussi à cause de la caution qu’apporte sa position à cette vision des faits.

But I must tell you, to IMF officials, all of the crises looked depressingly similar. Each country, of course, needed a loan, but more than that, each needed to make big changes so that the loan could really work” (Simon Johnson – IMF former chief economist – The Atlantic)
(…)
No, the real concern of the fund’s senior staff, and the biggest obstacle to recovery, is almost invariably the politics of countries in crisis. Typically, these countries are in a desperate economic situation for one simple reason—the powerful elites within them overreached in good times and took too many risks. Emerging-market governments and their private-sector allies commonly form a tight-knit—and, most of the time, genteel—oligarchy, running the country rather like a profit-seeking company in which they are the controlling shareholders.” (Simon Johnson – IMF former chief economist – The Atlantic)
(…)
In its depth and suddenness, the U.S. economic and financial crisis is shockingly reminiscent of moments we have recently seen in emerging markets (and only in emerging markets): South Korea (1997), Malaysia (1998), Russia and Argentina (time and again).” (Simon Johnson – IMF former chief economist – The Atlantic)
(…)
But there’s a deeper and more disturbing similarity: elite business interests—financiers, in the case of the U.S.—played a central role in creating the crisis, making ever-larger gambles, with the implicit backing of the government, until the inevitable collapse. More alarming, they are now using their influence to prevent precisely the sorts of reforms that are needed, and fast, to pull the economy out of its nosedive. The government seems helpless, or unwilling, to act against the” (Simon Johnson – IMF former chief economist – The Atlantic)

Tout cela n’est-il qu’une vision de paranoïaque anti-capitaliste et néo-bolchevique de surcroît ? En réalité la plupart des critiques américains de la politique économique et financière du gouvernement US, et ils sont de plus en plus nombreux, ne sont pas le moins du monde anti-capitaliste et encore moins socialistes ou néo communistes. Chacun critique l’abrogation du Glass-Steagall Act et du Shad-Johnson Security Act de 1982, deux mesures qui furent directement à l’origine de la crise en ce qu’elles ont supprimé tous garde-fou à la « créativité » financière et à la malversation puisqu’il n’y avait plus de contrôle sur les marchés des produits dérivés. En ce qui concerne ces deux abrogations une autre critique existe également, une critique qui rejoint tout ce qui a été dit jusqu’à maintenant à propos de cette oligarchie financière et qui en précise les contours. Elle est bien résumée par William Engdahl :

What Geithner does not want the public to understand, his "dirty little secret", is that the repeal of Glass-Steagall and the passage of the Commodity Futures Modernization Act in 2000 allowed the creation of a tiny handful of banks that would virtually monopolize key parts of the global "off-balance sheet" or OTC derivatives issuance.” (Source: Asia Times)

Cette opinion est largement corroborée par les faits ; par exemple le lobbying intense qu’exercèrent ces banques au Congrès : on sait par exemple qu’elles dépensèrent $5 milliards (Source : William Engdhal – Asia Times (2) pour faire abroger les deux lois citées plus haut permettant la dérégulation tant controversée aujourd’hui mais acceptée alors par tout le monde, démocrates comme Républicains. Or nous savons que les cinq banques américaines (JP Morgan Chase, Citigroup, Bank of America, Goldman Sachs, Wells Fargo-Wachovia) qui détiennent à elles seules 96% du marché des dérivés aux USA et se partagent 81% des risques (Sources déjà citées) sont celles qui furent les plus actives à soutenir la dérégulation. Ce sont celles là également, comme déjà dit, qui sont les principales bénéficiaires des différents plans de soutiens successifs et ce sont elles encore qui fournissent régulièrement de hauts fonctionnaires au gouvernements et inversement. Ce sont elles qui concentrent les liens incestueux qui existent depuis une décennie au moins entre l’administration et le Congrès d’une part et Wall Street d’autre part. Il est de notoriété publique que de très nombreux passages se font en permanence de l’un à l’autre comme le montrent éloquemment les cas de Robert Rubin (26 chez Goldman Sachs avant d’être nommé Secrétaire au Trésor pour finir Vice-Président de Citigroup) et de Henry Paulson (lui aussi CEO de Goldman Sachs avant de devenir Secrétaire au Trésor). Aujourd’hui les accusations contre ces liens qui frisent le conflit d’intérêt se font plus fortes au fur et à mesure que les sommes d’argent destinées à sauver ces banques augmentent à chaque plan qui passe tandis que les managers de ces établissements sont toujours aux commandes ; à ce titre la différence de traitement entre ces derniers et le Président de GM releva presque de la provocation et la presse US ne manqua pas de souligner ce fait; pendant ce temps le Secrétaire au Trésor et le Conseiller économique de la Maison Blanche d’aujourd’hui sont les pères fondateurs de la dérégulation d’hier !

- La réaction populaire.

Aujourd’hui même, le 11 Avril 2009, une série de manifestation est prévue à travers les USA, organisée en dehors des circuits officiels. Ces actions, dont on ne sait pas encore ce qu’elles donneront ni à quoi elles aboutiront, furent mises sur pied grâce à Internet (www.anewwayforward.org). Le but est de faire entendre l’opinion des américains aux membres du Congrès et de l’Administration, c'est-à-dire de les forcer à prendre des mesures contre les banques et l’oligarchie financière. Le programme brièvement résumé sur le site recoupe ce que prônent nombre d’économistes, y compris le prix Nobel d’économie Paul Krugman :

NATIONALIZE: Experts agree on the means -- Insolvent banks that are too big to fail must incur a temporary FDIC intervention - no more blank check taxpayer handouts.

REORGANIZE: Current CEOs and board members must be removed and bonuses wiped out. The financial elite must share in the cost of what they have caused.

DECENTRALIZE: Banks must be broken up and sold back to the private market with strong, new regulatory and antitrust rules in place-- new banks, managed by new people. Any bank that's "too big to fail" means that it's too big for a free market to function.

Cette série de manifestation est dirigée à la fois contre les banques et leurs dirigeants mais aussi contre le Congrès et l’Administration perçus tous les trois comme ayant les mêmes intérêts qui ne sont pas ceux du peuple américains. Pourtant que les gauchistes attardés de tous poils ne crient pas à la victoire du prolétariat car il ne s’agit nullement du grand soir mais bien de remettre le système sur ses pieds sans oligarchie mettant en cause l’indépendance du gouvernement, comme c’est désormais la perception justifiée que peuvent en avoir de nombreux Américains.

Le rêve tourne mal, mais nous sommes toujours en plein rêve, qu’on ne s’y trompe pas ! Les rêveurs font face à des problèmes qui les agacent mais qui, s’illusionnent ils, font toujours partie de leur trip. C’est pourquoi dirigeants comme dirigés cherchent des solutions pour résoudre leur cauchemar qui, toutes, font parties prenantes de leur état de somnambules agités. En effet, dirigeants comme dirigés ne divergent pas (pas encore) sur les fins mais sur les solutions à apporter à leurs problèmes puisque tous cherchent à perpétuer leur rêve commun pour toujours. Il s’agit donc de continuer à dormir le plus agréablement possible en éliminant tous les risques de réveil les menaçant.
Jusqu’à quand ? Quant le réveil se fera t’il ? Car ce que l’on nomme par convention “la crise”, elle, s’étend toujours plus, toujours plus vite et elle n’attend personne. Et plus on tarde à se réveiller plus il sera difficile de faire face aux problèmes qui se dressent face à nous tous, des problèmes qui ne se limitent pas, très loin de là, à une poignée de banquiers imbéciles ou à une question de liquidités ou même d’insolvabilité générale. Nous devrions même affirmer que ces questions constituent un paravent derrière lequel s’abritent les menaces véritables qui continuent à se développer inexorablement. Et les criailleries que l’on entend de tous côtés à ce propos ne font que masquer cette réalité de « la crise » qui a une ampleur telle qu’il nous faudrait des dirigeants dignes de ce nom, des hommes aptes à saisir la grandeur de la catastrophe qui nous menace tous. Pour le moment il n’y en a pas, ou en tous cas aucun ne s’est fait connaître.
Nous ressemblons à ces habitants de l’île de Pâques (4) qui coupèrent le dernier arbre de leur île après les avoir tous abattus les uns après les autres sans avoir pris aucune précaution pour en replanter, agités qu’ils étaient par leurs rivalités et leurs guerres intestines, aveuglés par leur immaturité tragique et leur incapacité à remettre en cause un mode de vie qui les condamnaient à la disparition.
Le dernier arbre abattu les fit-il sortir de leur rêve ?
Ce n’est même pas sûr…




(1) – Opening statement of Rep. Henry A. Waxman, Chairman, Committee on oversight and Government Reform – Credit Rating Agencies and Financial Crisis – October 22 2008-
(2) - F William Engdahl est l’auteur de: A Century of War: Anglo-American Oil Politics and the New World Order; and Seeds of Destruction: The Hidden Agenda of Genetic Manipulation. Son dernier livre: Full Spectrum Dominance: Totalitarian Democracy in the New World Order (Third Millennium Press) doit sortir en librairie à la fin du mois d’Avril.
(3) - Bill Black is an Associate Professor of Economics and Law at the University of Missouri – Kansas City (UMKC). He was the Executive Director of the Institute for Fraud Prevention from 2005-2007. He has taught previously at the LBJ School of Public Affairs at the University of Texas at Austin and at Santa Clara University, where he was also the distinguished scholar in residence for insurance law and a visiting scholar at the Markkula Center for Applied Ethics. He was litigation director of the Federal Home Loan Bank Board, deputy director of the FSLIC, SVP and General Counsel of the Federal Home Loan Bank of San Francisco, and Senior Deputy Chief Counsel, Office of Thrift Supervision. He was deputy director of the National Commission on Financial Institution Reform, Recovery and Enforcement. His regulatory career is profiled in Chapter 2 of Professor Riccucci's book Unsung Heroes (Georgetown U. Press: 1995), Chapter 4 (“The Consummate Professional: Creating Leadership”) of Professor Bowman, et al’s book The Professional Edge (M.E. Sharpe 2004), and Joseph M. Tonon’s
(4) - A lire sur ce sujet - Jared Diamond : « Collapse. How societies chose to fail or succeed. » - Viking Penguin 2005.
Edition française – Jared Diamond – “Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie. » - Gallimard 2006.

lundi 6 avril 2009

G20: le ballet des morts-vivants.

C’est fini, le rideau est retombé, la représentation s’est terminée sous les applaudissements enthousiastes et temporaires de Wall Street et du reste du monde globalisé. Les acteurs, eux, semblaient ravis et détendus après tant d’incertitudes et de tensions, chacun ayant répété son rôle avec une ferveur et une conviction qui en impressionnèrent plus d’un. Le résultat fût remarquable en ce que l’unanimité se déchaîna de manière quasi lyrique ; l’auto –encensement ne fût pas en reste, chacun donnant à l’autre le crédit qu’il espérait bien recevoir en retour. Comme l’a très bien souligné le Président français : « le résultat est au-delà de ce que nous espérions », c’est tout dire.

Dans la rue, c'est-à-dire de l’autre coté de la scène, se déroula l’autre face de la pièce ou si l’on veut son ombre ou son double, elle aussi très bien jouée, avec le professionnalisme et l’originalité habituelle des slogans braillés en chœur depuis plus d’un siècle, bien qu’il y ait désormais quelques changements de façade dans les revendications ; nous eûmes droit également à de grosses colères (saintes bien sûr !) sans parler des indignements indispensables à ce genre de spectacles. On cassa quelques vitres, on cria beaucoup, on titilla les policiers venus pour contenir la verve des acteurs et tout se termina au mieux pour le plus grand contentement de tout le monde.

Oui, nous pouvons l’affirmer sans crainte, le G20 fût un franc succès.


Pour un peu on en pleurerait de joie et de reconnaissance ! Pensez donc « … un compromis très, très bon, presque historique» reconnut Mme Merkel dans un de ces rares moments de lyrisme débridé, dû probablement à l’enthousiasme qui la submergeait à la sortie du pince-fesse en question. Le President des USA quant à lui déclara avec une assurance qui confinerait à de l’artériosclérose précoce que ce G20 marquait “… a turning point in our pursuit of global economic recovery.” Quant à Brown, ce clown jamais à court d’emphase disproportionnnée et par là-même relevant de l’absurdité complète, il clama que grâce à ce G20 “…a new world order is emerging with the foundation of a new progressive era of international cooperation.” On partagera leur exaltation en prenant connaissance des résolutions édifiantes prises au cours de ce G20. Les voici telles qu’elles apparaissent dans le communiqué publié à la fin de la réunion :

« We have today therefore pledged to do whatever is necessary to:

- restore confidence, growth, and jobs;

- repair the financial system to restore lending;

- strengthen financial regulation to rebuild trust;

- fund and reform our international financial institutions to overcome this crisis and prevent future ones;

- promote global trade and investment and reject protectionism, to underpin prosperity; and

- build an inclusive, green, and sustainable recovery.

- By acting together to fulfil these pledges we will bring the world economy out of recession and prevent a crisis like this from recurring in the future. »


Malheureusement il semble bien que nos gouvernants bien-aimés n’aient pas beaucoup d’imagination, ou alors que leurs facultés d’analyse ne soient étrangement atrophiées comme par une sorte de sortilège mystérieusement distribué à tous de manière parfaitement égalitaire. Car en fin de compte entre les résolutions hypocrites que personne n’a jamais suivi ni ne suivra jamais, ni avant ni après le G20, pour rejeter le monstre du protectionnisme dont un rapport récent de l’OCDE vient pourtant de montrer que 17 des 20 nations participant au G20 le pratiquaient plus ou moins ouvertement ; les affirmations vagues et gratuites comme celle de restaurer la confiance, la croissance et l’emploi ou l’oxymore « build an inclusive, green, and sustainable recovery » répété à l’envi comme un mantra ; toute ces belles paroles ne font que masquer de plus en plus difficilement l’absence complète chez nos gouvernants de compréhension de la situation. Rien ne nous en persuade avec plus de force que les médications préconisées pour nous sortir de cette crise qui n’ont d’autres objectifs que de rétablir le système qui nous a précipité dans la fosse commune ou nous nous trouvons aujourd’hui. Alors que ce soit avec un peu plus de régulations ou un peu moins, un peu plus d’Etat ou un peu moins, une cuillère de stimuli ou une louche, tout cela ne changera rien, à part le fait que cela ne fait que repousser toujours plus loin, et avec des conséquences toujours plus graves, les véritables décisions de fond qui devraient être prises afin de répondre aux défis qui nous font face. Mais nous nous contentons de nous inoculer à nouveau les mêmes poisons qui nous tuent, seules les doses prescrites étant sensées faire une différence. Que ce soit sur la scène ou dans la rue nous retombons immanquablement sur les mêmes rengaines mal vieillies, ces querelles de chapelles écroulées qui ont pourtant toutes prouvé abondamment combien elles étaient nocives. Que ce soit ceux qui manifestent dans la rue, et cela en dépit des maquillages, pour une conception du monde écroulée depuis vingt ans avec les résultats monstrueux que l’on sait, ou nos gouvernants qui tentent envers et contre tout de sauver contre l’évidence un système en état de mort clinique, aucun d’eux ne font preuve des qualités et de la lucidité dont nous aurions tous besoin pour nous sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Tous, les manifestants comme ceux contre lesquels ils se répandent dans les rues, tous donc s’agitent et jouent la comédie avec des concepts économiques et politiques désués, discrédités voire criminels, qui ont montrés avec éclat leur nocivité. Et pourtant tous continuent comme si de rien n’était, comme si les défis qui s’accumulent sous notre nez n’étaient pas à prendre avec la plus extraordinaire diligence, comme si l’espèce ne courait pas le danger de périr tout entière.

En effet rien de ce qui est écrit dans ce communiqué final victorieux n’est nouveau, rien ne nous est inconnu et aucune de ces résolutions n’a pas déjà été tenté dans le passé avec le succès que l’on sait étant donné la situation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui. De plus, ainsi que l’a souligné Mme Merkel sans le vouloir, ce G20 ne fût qu’un compromis entre des positions irréconciliables. Ce fût même «…un compromis très, très bon… », selon les termes de Mme Merkel, ce qui signifie en langage normal que rien de concret et de décisif ne pût être décidé car cela aurait été refusé par une partie des participants. Nous pouvons nous en rendre compte au-delà des éloges de commandes de toute la presse aux ordres.

- Qu’est-il advenu de la demande anglo-américaine d’un stimulus massif et coordonné de la part de tous les participants? Abandonné, rejetée dans les limbes face à l’opposition déterminée de la France et de l’Allemagne, c'est-à-dire de l’Europe.

- Qu’est-il advenu de la demande européenne d’une stricte régulation internationale des banques et autres établissements financiers ? Quelques vagues concessions sur les hedge-funds qui arrangent tout le monde, ou plutôt qui ne dérangent personne, et une phrase relevée dans le communiqué final qui apporte la preuve de l’échec européen :

"We each agree to ensure our domestic regulatory systems are strong."

Ce qui signifie que chaque pays garde la responsabilité de ses établissements financiers et de son système bancaire ce qui aura pour conséquence que nulle instance internationale ne sera en mesure de réguler quoi que ce soit ni ne pourra sanctionner quiconque en cas d’infraction.

- D’autre part qu’est-il advenu des propositions russes et chinoises d’une nouvelle monnaie de référence autre que le dollar, seules propositions qui auraient pu avoir un réel impact ? Aucune allusion.

En revanche tout le monde s’est empressé de condamner les paradis fiscaux et de les montrer du doigt en promulguant des listes, noire, grise et blanche, les rendant implicitement responsables du désastre dans lequel nous tentons de surnager alors qu’ils n’y sont pour rien. D’ailleurs ceux d’entre ces derniers qui sont protégés par certains des participants du sommet, comme Hong-Kong ou Macao pour la Chine, les Bahamas pour les USA, sans parler de Londres, furent malencontreusement oubliés sur la liste pour ne pas fâcher leurs protecteurs. Ce qui d’ailleurs ne fait que donner du poids à la thèse selon laquelle l’acharnement contre la Suisse par exemple ne serait qu’un moyen de liquider un concurrent de NY et Londres en tant que place financière. Il est certain qu’avec des dépôts estimés à $2000 milliards la Suisse aurait dû de son plein gré les faire transférer à NY par exemple afin de financer le plus que douteux plan Geithner de rachat des actifs toxiques destinés à sauver les banques US.

Donc rien de concret et encore moins de décisif ne fût décidé au cours de cette sauterie internationale. On s’est contenté de noyer l’absence totale de substance par un flot de bonnes paroles aussi réconfortantes que vagues :


« … we agreed on the desirability of a new global consensus on the key values and principles that will promote sustainable economic activity.”


Rien n’en sortira mais tout ne reprendra pas comme avant pour autant. Car la crise, elle, ou quel que soit le nom que l’on donne à ce qui se produit sous nos yeux, se charge de faire le sale boulot à notre place. Elle s’approfondit, elle s’infiltre dans chaque interstice du système, elle se charge de mettre bas tout ce qui reste de structures à un système dont la déstructuration était le combustible. Il ne s’agit pas d’une explosion mais bien d’une implosion, ou si l’on préfère d’un effondrement sur ses propres déchets, un peu comme l’écroulement du World Trade Center, à l’exception fondamentale que lui ne s’est pas écroulé en raison de ce qui le maintenait debout.


La vérité est que cette palinodie, cette pitrerie pitoyable de nos gouvernants n’est que le reflet de notre incapacité à tous de ne pouvoir décoloniser nos cerveaux des diverses idéologies et superstitions qui ont pourtant toutes contribué à faire du siècle précédent un modèle dans l’abomination et l’horreur. Malgré les résultats atroces de l’application de ces diverses conceptions du meilleur des mondes, malgré la gravité de la situation pour l’humanité, malgré cela ce G20, comme celui de Novembre, nous prouve l’incapacité de notre néo-monde à se remettre en cause, même lorsque notre survie est en jeu.

Ce G20 ne fût que le ballet grotesque de nos dirigeants et de leurs doubles dans la rue, un ballet de morts-vivants habités par des idées mortes depuis longtemps dont aucun ne parvient à se défaire car personne ne s’est encore avisé qu’elles avaient disparu. Pourtant elles se sont volatilisées aussi sûrement que notre propre disparition en tant qu’espèce est assurée si nous ne nous débarrassons pas au plus vite de ces sanglants fantômes.

Tout le monde est donc content à Cochon-sur-Terre, le meilleur des mondes.

vendredi 3 avril 2009

Hadopi et autre cochonnerie.

Enfin nos merveilleux représentants, ceux qui ont toute notre confiance et qui en abusent avec tant de diligence, enfin ils ont votés en masse (ils étaient 36) une loi qui nous sera utile à tous ! Une loi comme on les aime, une loi comme on en redemande, une loi pour notre sécurité à tous ! Nous suggérons l’organisation d’une signature de toute la population, y compris les enfants, pour les en remercier et pour leur renouveler notre foi dans leur zèle à nous rendre la survie plus sûre. Ils en seraient reconnaissants, on peut compter sur eux, et cela les encouragerait à mettre les bouchées doubles pour nous protéger. Surtout de nous-mêmes…

Comme nous l’évoquions plus haut nos représentants bien aimés, sur proposition de nos gouvernants eux aussi bien aimés, nous ont concoctés une petite loi de derrière les fagots comme nous les chérissons. De surcroît ils ont eu le bon goût de lui donner un nom charmant qui semble venir de loin, stimulant la rêverie, non pas d’un monde meilleur puisque nous sommes déjà dans le meilleur des mondes, mais d’une planète sans dangers, sans menaces pour nos survies de plus en plus parfaites, égalitaires et sécurisées.
Hadopi, n’est ce pas sympathique à l’oreille ? Cela ne donne t-il pas envie immédiatement de nous abandonner à ce que cela recouvre avec la plus entière confiance, sans aucune inquiétude ? Finalement Hadopi ferait plutôt penser à une potion, à base de plantes bien sûr, entièrement NATURELLE, sans aucun produit chimique, sans colorant non plus, bref un produit comme on les aime et comme nous regrettons tous les jours de ne pas en avoir plus à notre disposition. En clair un produit soucieux de la protection de l’environnement ! Et c’est exactement l’objet de cette merveilleuse loi Hadopi ; il faudra bien que vous la reteniez lorsque vous recevrez les mails annonciateurs de la suspension de votre connection Internet à venir sans que vous puissiez rien y faire. Répétez après moi à voix haute : HADOPI, voilà encore une fois : HADOPI. C’est bien, vous y prendrez goût vous verrez. Nous disions donc que cette loi Hadopi a pour objectif d’assainir notre environnement. Oui nous savons qu’il y en a déjà beaucoup pour ce faire mais il s’agit là de notre environnement Internet. Car il faut bien que vous sachiez qu’il n’y avait jusque là aucune réglementation sur l’environnement Internet, ce qui était proprement une folie qui relevait de l’irresponsabilité complète. Comment a-t-on pu laisser un espace quelconque sans aucune loi pour y mettre de l’ordre ? Comment a-t-on pu permettre pendant tant d’années une liberté aussi obscène de se donner libre court de la sorte ? Heureusement depuis hier une loi a été créée pour mettre un peu au pas tout ce monde en marge de la civilisation. Inutile de vous dire que de nombreuses autres lois sont déjà en préparation afin de venir soutenir celle-ci qui ne sera certainement pas suffisante pour assurer l’ordre sur la toile. Et s’il le faut nous sommes confiants que nos courageux concitoyens feront valoir leurs droits à être protégé sur la toile comme partout ailleurs. On envisage déjà une seconde loi afin d’interdire de fumer sur Internet, sans compter celle qui obligera tout internaute surfant sur le Net à porter un casque et une bouée de sauvetage fluorescente afin de le repérer facilement pour lui porter secours au cas ou une vague imprévue lui ferait perdre son équilibre mental, entre autre. Il est bien entendu de la plus haute importance d’améliorer notre sécurité toujours et partout avec une constance jamais démentie, particulièrement en ce qui concerne Internet puisque nous étions laissés à nous-mêmes.
Revenons donc à Hadopi. Il s’agit d’empêcher certains internautes malveillants de télécharger de la musique, des films et autres logiciels de manière illégale, ce qui signifie en langage normal gratuitement, ou encore si certains n’avaient pas encore compris SANS PAYER ! C’est horrible n’est-ce pas ! Hum, oui et n’allez pas croire qu’il y eut un lobbying des majors pour produire cette loi car vous auriez vraiment, mais alors vraiment, un esprit très mal tourné. Dîtes vous bien que c’est une loi destinée à vous protéger vous et non la vente de disques ou de films ; cela n’a aucun rapport. C’est une loi créée pour vous protéger de la tentation de télécharger gratuitement (sans PAYER) tout film, musique ou autre logiciels ; c'est-à-dire pour éviter que ceux qui les produisent ne soient victimes d’un manque à gagner, les pauvres chéris, alors qu’il est établi que les téléchargements ne diminuent pas leurs ventes de films ou de disques et autres logiciels. De plus ce sont généralement les mêmes qui téléchargent et qui achètent, ceux qui vont au cinéma ou qui achètent des billets pour les concerts. Bon ceci dit il y a de nombreux avantages à cette loi pour notre sécurité :
- Premièrement elle sera très facile à mettre en œuvre. Il faudra simplement créer une autorité spécialement chargée de la faire respecter, c'est-à-dire en langage normal de sanctionner les internautes.
- Deuxièmement l’internautes accusé ne pourra dans la pratique pas se défendre de ce dont on l’accusera sauf s’il intègre à son propre ordinateur un flic observant tous ses mouvements sur la toile…
- Troisièmement on coupera la connection Internet du supposé contrevenant sans aucun juge pour ce faire et avant même que l’accusé ait pu prouvé ou non son innocence.
- Quatrièmement la conservation du journal de toutes les connections Internet des internautes soupçonnés pendant un an et la création d’un fichier des internautes condamnés… Un de plus !
- Cinquièmement les FAI seront chargés de filtrer les réseaux ce qui va à l’encontre de la règle de neutralité de ces derniers, sans compter les dépenses importantes que cela leur occasionnera.
- Sixièmement il est prévu par tous les observateurs indépendants que l’application de cette loi sera d’une inefficacité et d’un coût remarquable, ce dont nous ne doutons pas une seconde.
Le plus important dans tout cela, nous semble t’il, est que nous ayons une loi de plus pour notre sécurité. Nous n’en n’aurons jamais assez. TOUJOURS PLUS ! Ensuite le véritable progrès que constitue Hadopi c'est qu’il y aura enfin un filtrage d’Internet officiellement en place pour notre plus grand bien. Il est évident que ce n’est que le début pour l’institution d’un flicage généralisé de toutes les activités sur Internet et la surveillance de tous par nos dominants bien aimés qui nous rendent si bien l’amour que nous leur portons qu’ils ne souffrent décidément pas de nous savoir une seule seconde en dehors de leur champs de vision. Mettez vous à leur place : il pourrait bien nous arriver quelque chose et de cela non seulement ils ne se le pardonneraient jamais mais ils ne s’en remettraient pas non plus! Il parait que c’est ce que l’on appelle un amour fusionnel.

Il y a en France environ 37 millions d’internautes ce qui signifie que 37 millions de personnes sont concernées directement par cette loi scélérate qui menace les règles les plus élémentaires de la vie privée. Nous n’avons pas entendu parler de manifestations organisées contre Hadopi. Nous n’avons pas entendu parler non plus de protestation de masse. Nous n’avons rien vu qui s’apparente de près ou de loin à un quelconque désaccord du plus grand nombre au sujet de cette nouvelle loi liberticide. Il n’y eut que quelques dizaines de milliers d’internautes pour faire une pétition par l’intermédiaire du site crée pour l’occasion (www.laquadrature.net) sans aucun résultat apparemment puisque la loi fût votée hier.
Tout le monde est donc content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.