mercredi 12 août 2009

Congress corporate jets: yes, pigs do fly and they love it !

Les Américains ont un proverbe qui nous plaît énormément, ici à la chronique de cochon-sur-terre, et vous allez comprendre pourquoi immédiatement. Le voici:


« Pigs do not fly »


Malheureusement, et à notre plus grande désolation, nous avons appris (Sources: WSJ - 07.08.09) que c’était faux. Désormais il nous faudra transformer le proverbe:


« Yes, pigs do fly and they love it ! »



Eh oui les cochons volent ! Cela nous le savions déjà pourrez-vous me dire. Certes. Mais tout de même, pas à ce point là ! Où plutôt devrions-nous préciser qu’une certaine catégorie de cochons volent. Il faudrait ajouter qu’ils volent à très haute altitude et que nous seulement ils aiment cela mais qu’ils en abusent.

Qu’est-ce à dire, qu’a t’il encore inventé, vous demanderez-vous ?

Rien n’est inventé, voici les faits.


Tout le monde se souvient qu’en Novembre dernier les CEO de deux des ex big three (GM et Chrysler), c’est à dire deux des constructeurs automobiles US, étaient venus à Washington pour quémander un soutien financier au gouvernement afin d’éviter... la faillite... Cela provoqua un grand scandale, notamment parmi les membres du Congrès qui trouvèrent que c’était un peu fort de café de demander une aide financière au contribuable (à travers le Congrès) pour éviter une cessation d’activité tout en utilisant des jets privés pour ce faire. Pourquoi pas... Le mois suivant, ayant retenu la leçon, les mêmes vinrent à Washington ... en voiture, ce qui semblait plus logique pour des constructeurs d’automobiles. Comme on sait, ayant obtenu l’argent qu’ils voulaient ils firent faillite aussitôt après comme de nombreux observateurs l’avaient prédis.


Le 7 Août dernier on apprit que le Congrès prévoyait de dépenser $550 millions (bill HR 3326) pour l’achat de 8 avions privés, ce qui constituerait une augmentation importante de la flotte déjà en activité (environ 24 avions) pour le transport des membres de l’Administration, du Pentagone et du Congrès. On pourrait objecter que pour le nombre de gens à transporter çà ne semble pas extravagant. Certes. Mais là où cela devient amusant c’est la réaction du Congrès face aux hurlements que cela provoqua dans le public; le Congrès avança diverses excuses toutes aussi peu crédibles les unes que les autres, dont la plus imprudente fût d’affirmer que la demande venait du Pentagone. Or, lorsque l’on examine la demande en question on se rend compte que le Pentagone n’a demandé l’achat que de deux avions pour remplacer deux équivalents devenus hors d’âge, plus deux actuellement en location afin d’abaisser les coûts. Pourquoi pas, même si c’est bien la première fois dans son histoire que ce dernier s'abaisse à faire des économies budgétaires ! Surtout lorsqu’on vient de voter son budget pour l’année 2010 ($634 billions officiellement...) en augmentation de presque $100 billions depuis l’année précédente. C’est touchant...


Le Congrès ajouta donc à la demande du Pentagone l’achat de 4 avions: 2 Boings 737 ($70 millions chaque) et 2 Gulfstream V ($66 millions chaque). Il faut savoir que tous ces appareils sont des versions militaires car ils sont sous la responsabilité du Pentagone qui gère cette flotte d’appareils selon les besoins des diverses administrations évoquées plus haut (Gouvernement, Congrès Armée). Par conséquent on peut légitimement se dire que si le Pentagone demande de remplacer quatre avions c’est qu’il pense inutile d’en ajouter quatre supplémentaires. Apparemment le Congrès en jugea autrement.

Vous demandez-vous pourquoi le Congrès a requis l’achat de ses 4 appareils supplémentaires de son propre chef ? Peut-être y a t’il un élément de réponse dans ce qui suit. En 1995 le nombre de voyages des membres du Congrès à l’étranger furent de 550 pour un coût de $1.3 millions; l’année dernière il y en eût 3.000 pour un coût de $13 millions...Il faut savoir également que le mois de l’année au cours duquel les distingués membres du Congrès voyagent le plus avec les avions du gouvernement est le mois d’Août pour un coût de $6.2 millions (2008); c’est bien normal c’est le mois où ils sont en vacance !


Il faut bien avouer que nous sommes un peu de mauvaises foi dans cet article. En effet la colère du Congrès contre les CEO de GM et Chrysler qui venaient leur demander de l’argent en avion privé pour les sauver de la faillite était vraiment justifiée; quant on est en faillite on n’utilise pas d’avion privé pour demander à son créditeur de l’argent; non mais vraiment ils n’ont aucun sens commun ces CEO !

Question 1: A votre avis la prochaine fois que Geithner ira à Pékin il ira à la nage ?

Question 2: Et s’il obtient par miracle ce qu’il demande croyez-vous que cela se terminera comme Chrysler et GM ?


Tout le monde est donc content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.


Note to our american readers: if you would like to have the list of the members of the House who voted in favour of the bill we will send it to you upon request. It was voted with a majority of 92%.

samedi 8 août 2009

Obama et la Health Care Reform: le consensus a un coût....

La reforme du Health Care System US est le serpent de mer de la politique US depuis des décennies. Nombreux sont ceux qui parlèrent de réformer ce système, certains tentèrent même de faire quelque-chose, comme les Clinton au début de la première présidence, sans aucun résultat comme on sait. Pourtant ce sujet revient sur le devant de la scène cycliquement sans que personne ne fasse rien, avec une régularité tout aussi consternante. Mais l’espoir reprit soudain de la vigueur avec la candidature d’Obama. En effet celui-ci en fit un des thèmes les plus importants de sa campagne, voire le plus emblématique selon certains. Cela souleva un certain enthousiasme chez les aficionados du futur Président tant ils plaçaient de confiance en lui. Aujourd’hui l’heure de tenir sa promesse, le moment de réaliser le chantier emblématique de sa présidence a sonné.


Tout d’abord il faut bien comprendre que ce que l’on nomme «health care» aux USA est un système horriblement compliqué, comprenant de multiples organismes couvrant très partiellement différentes catégories de gens qui se trouvent dans la nécessité de prendre des assurances privées qui ne les remboursent que lorsqu’ils sont en pleine santé. Dés que ce n’est plus le cas les primes augmentent d’une manière exponentielle ce qui obligent le plus souvent les souscripteurs à cesser de cotiser. En revanche le seul organisme, gouvernemental, qui soit plutôt satisfaisant est Medicare qui prend en charge les gens de plus de 65 ans et les handicapés.


En quelques chiffres officiels voici la situation réelle.

Aujourd’hui il y a aux USA 46 millions de non assurés et 60 millions n’ont pas de possibilité de recevoir des soins médicaux à domicile. Environ 18.000 américains meurent chaque années parce-qu’ils ne vont pas chez le médecin lorsqu’ils le devraient. A ce propos (Sources: sondage Reuters du 12 Juin 2009) 17,4% des foyers américains ont déclaré avoir repoussé où retardé des soins médicaux l’année dernière tandis que 40% des foyers américains prévoyaient de faire la même chose dans les prochains trois mois; 15% annuleront leur visite habituelle chez le médecin au cours des mois qui viennent. Tout cela étant dû au manque d’argent comme le montre bien le fait que les ménages disposant d’un revenu de moins de $50.000 par an sont ceux qui sont les plus sujets à être incapables de payer leurs frais médicaux.

En lien direct avec ce qui précède il faut savoir qu’en 2007 62% des cas de banqueroute personnelle étaient dues à des dépenses médicales et on estime ces dernières à environ $ 7.200 par américains chaque année (Sources: Sénateur Bernie Sanders)

De plus, selon l’ONU, l'efficacité du système de «sécurité sociale» américain se situe au 37 ème rang mondial, ce que l’on croit volontiers si on se fie par exemple au taux de mortalité infantile US qui se situe au 46 ème rang mondial à 6,26 (Sources: CIA World Factbook 02 April 2009), sans parler de ceux dus au diabète où aux maladies cardio-vasculaires.

Et la cerise sur le gâteau est que toute cette usine à gaz voit ses coûts exploser de manière incontrôlée. En effet le coût du Health Care System atteint aujourd’hui la somme astronomique de $ 2.4 trillions, soit 18% du PIB (Sources: Sénateur Bernie Sanders), ce qui en fait un système deux fois plus cher que celui de la France per capita pour une inefficacité qui relève du scandale pur et simple si on se réfère aux chiffres cités précédemment.


Comme on peut le voir la situation est particulièrement mauvaise et la Health Care Reform constitue certainement une des nécessités les plus urgentes, bien qu’elle soit loin d’être la seule !

L’unique solution à ce désastre et à cette pagaie, où en tout cas la plus simple à entreprendre (toute proportion gardée), la moins coûteuse à la fois pour le gouvernement et pour les assurés, aurait été l’extension à l’ensemble de la population du système Medicare (single payer system) dont, apparemment, les bénéficiaires (les plus de 65 ans et les handicapés) se montrent très satisfaits. Cela aurait eu plusieurs avantages:


  • 1) ce système est déjà en place et de ce fait est familier aux médecins et aux divers protagonistes.
  • 2) cela aurait permit de réduire considérablement les coûts d’achat des médicaments prescrits puisqu’il n’y aurait eu qu’un acheteur (l’Etat) qui aurait pu négocier à la baisse les prix avec les groupes pharmaceutiques ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. De plus le gouvernement aurait pu menacer d’acheter les médicaments moins chers des groupes canadiens où européens si l’industrie pharmaceutique US n’était pas compétitive, comme cela a déjà été suggéré par de nombreuses personnes, dont le Président lui-même lors de sa campagne.
  • 3) les assurés ne seraient plus obligés de débourser de l’argent en attendant d’être remboursés par leurs assurances (quant ils le sont...).
  • 4) plus de paiements des honoraires des médecins par l’assuré.
  • 5) pour les salariés plus besoin de payer les «health insurance premiums» que leurs employeurs leurs demandent de payer de plus en plus souvent.
  • 6) plus besoin de payer des fortunes pour des plans d’assurances privées comportant des restrictions telles qu’on se retrouve non couverts en cas de problèmes.


La vérité c’est que la proposition de loi en faveur du «single payer system» (soutenue à la Chambre des Représentants par Rep. John Conyers sous le code HR676 et au Sénat par le Sénateur Bernie Sanders sous le code S 703, avec l’appui de 83 membres du Congrès) n’a même pas été prise en compte; elle a même été carrément ignorée à la fois par la direction démocrate du Congrès et par la Maison Blanche, malgré toutes les promesses électorales.

Que s’est-il passé?

Il s’est produit ce qui arrive habituellement dans ce pays dés qu’une menace de changer le système apparaît à l’horizon, ce qui signifie dés que des intérêts particuliers (par opposition à l’intérêt général) courent le risque d’être remis en cause. Il y en avait de nombreux mais nous nous attacheront particulièrement aux plus puissants d’entre eux. Il y en a deux principalement. Comme toujours ces intérêts «particuliers» font du lobbying intensif, ce qui est le terme en langue de bois pour la corruption officielle et légale; ce qui n’empêche nullement l’illégale de se produire évidemment. Cette Réforme, et nous parlons de la véritable, c’est à dire de celle qui ne verra pas le jour, menaçait des intérêts puissants, si puissants que les leaders démocrates du Congrès et la Maison Blanche ont capitulé bravement en rase campagne face à eux. De qui parlons-nous ?


Du lobby des industries pharmaceutiques et du lobby des assurances de santé. Leur stratégie fût simple mais habile et efficace. Leur plus grande peur était de ne pas avoir leur mots à dire durant l’élaboration de la nouvelle loi. Pour éviter cela ils ont habilement soutenu les réformes qui les gênaient le moins, c’est à dire celles qui ne leur coûtaient rien afin de rendre visible leur bonne volonté et être invité à participer à la table des négociations. L’objectif fût atteint rapidement.

C’est ainsi que le principal représentant des industries pharmaceutiques, le lobbyist Bill Tauzin, fût reçu à la Maison Blanche plusieurs fois ces dernières semaines. Le résultat pour ses clients fût conforme à leurs attentes. Il réussit à obtenir deux choses surréalistes :


  • 1) la promesse de ne pas remettre en cause la loi votée sous l’administration Busch qui interdit à Medicare de négocier les prix des médicaments achetés par cette agence gouvernementale aux industries pharmaceutiques US (oui, vous avez bien lu!).
  • 2) la promesse, qui découle de la première, de ne pas mettre en compétition l’industrie pharmaceutique US avec ses homologues canadiennes et européennes, cela en opposition totale avec la proposition d’Obama pendant sa campagne d’importer des médicaments européens et canadiens meilleurs marchés aux USA.


Quant aux assurances de santé elles obtinrent tout simplement l’abandon du «single payer system», c’est à dire qu’en gros elles parvinrent à leurs fins de ne rien changer et de garder leur monopole sur le système d’assurance santé américain et de pouvoir continuer à augmenter leurs tarifs pour des assurances, soigneusement concoctées par leurs avocats, qui ne les obligent pas à payer ce pour quoi elles perçoivent des cotisations. Dans ces conditions on n’aura pas de mal à comprendre pourquoi ces compagnies d’assurance ont vu leurs bénéfices augmenter de 170% entre 2003 et 2007.


On peut se demander pourquoi la direction démocrate au Congrès et la Maison Blanche ignorèrent si complètement la solution préconisée par le Sénateur du Vermont Bernie Sanders et le Rep. John Conyers, la seule réellement valable car apportant un vrai changement permettant à tous les américains d’être assurés sans courir le risque de la banqueroute où de crever d’une maladie parfaitement guérissable par manque d’argent comme cela se passe aujourd’hui régulièrement (18.000 cas par an) ?


Il y a deux explications qui sont liées l’une à l’autre.


- La première est la nécessité politique pour le Président de remporter cette bataille sur la Health Care Reform dont il avait fait un de ses chevaux de bataille durant sa campagne électorale. Nécessité d’autant plus pressante que sa côte de popularité est nettement en train de baisser (50%) dans l’opinion publique américaine, principalement due à la perception de plus en plus aiguë par les américains de ce qui commence à être vu comme de la faiblesse de caractère et, pire encore, comme une inadéquation pour le job face à la crise monumentale qu’affronte le pays. C’est ainsi que plutôt que d’engager une féroce bataille contre ses opposants et de risquer d’y perdre des plumes, voire de ne pas réussir à quoi que ce soit, le Président et la direction démocrate optèrent pour une négociation, c’est à dire une capitulation, qui leur permettrait de faire apparaître ce maquillage de façade de l’assurance santé comme une triomphale victoire grâce à la formidable force de caractère du Président. Tout valait mieux que rien.

- La seconde est liée à la personnalité du Président. Celle-ci soulève des interrogations depuis le début de son apparition sur la scène, c’est à dire lorsqu’il se lança dans la course à l’investiture. Mais ces questions étaient faîtes sur le mode de la sympathie et de la spéculation toujours positive du genre: «on verra ce qu’on verra! », où «méfiez-vous de l’eau qui dort». Aujourd’hui les questions se font de plus en plus inquiètes, lorsqu’elles ne se transforment pas en affirmations agressives: «il n’a aucun caractère», «il a une belle gueule mais cela ne suffit pas» etc... Il est désormais de plus en plus avéré que le Président fait toujours tout pour éviter un conflit et ne résiste pas à négocier à n’importe quel prix, à arrondir les angles, bref la recherche d’un consensus, en particulier lorsque cela implique d’affronter l’oligarchie au pouvoir, c’est à dire, comme on dit ici, l’establishment. Malheureusement il semblerait que ce soit précisément ce trait de caractère qui commence à être le plus mal perçu par les américains, non pas qu’ils trouvent leur Président rébarbatif, mais bien parce qu’ils commencent à trouver que cette faiblesse à l’égard de l’establishment, précisément, pourrait leur être fatale et que, de plus, il semble incapable de donner une direction claire à la politique de son Administration, tant au niveau intérieur qu'extérieur.


Il se trouve que cette volonté de trouver un compromis à tout prix pour pouvoir aboutir à passer une Health Care Reform, même si celle-ci n’est qu’une coquille vidée de toute substance et ne change rien à la situation, sinon que les coûts vont encore augmenter et mener le système à la faillite encore plus rapidement qu’escompté, il se trouve que toute cette manoeuvre est en train d’avoir l'effet exactement inverse à l’effet recherché. Personne n’est dupe. Et cette recherche du consensus à tout prix, qui lui a déjà tant coûté politiquement, va avoir un effet dévastateur dans cette affaire, et ce d’autant plus qu’il y avait beaucoup d’espoir d’une vraie réforme chez ses partisans. Non seulement il donne encore des arguments à ses ennemis en dépensant des fortunes pour rien, où presque, et par conséquent augmente encore leur fureur, mais en plus il mécontente et déçoit ses partisans en ayant abandonné le principal de ce qui aurait dû et pu être une véritable et nécessaire réforme.

En clair, dans cette affaire, et si la loi est votée selon le compromis passé au Congrès, le Président aura réussi à créer un véritable consensus: tout le monde sera furieux contre lui.


jeudi 6 août 2009

De notre identité nationale à l'étranger...

Il y a deux jours je me trouvais dans le Sud-Ouest du Colorado, plus exactement à proximité du Parc National de «Misa Verde», que je recommande d’aller voir car c’est très beau.

Je me trouvais dans une v...., enfin une agglomération (oui, je sais je la ferme!), dans laquelle je tournais en rond désespérément à la recherche d’un magasin qui pourrait me fournir des fruits. Eh oui, dans certaines région de ce pays il est difficile d’en trouver ! Heureusement, et à mon plus intense soulagement, je découvris un ... Wall Mart !


Inutile de vous dire que je me précipitais dans le parkings pour 10.000 voitures, sans compter les places des autobus, des camions et des avions, enchanté à l’idée de pouvoir enfin m’acheter des fruits.

Oui je sais ! Wall Mart me direz-vous avec vos mines dégoûtées de Bobos à roulettes, français qui plus est, c’est à dire encore plus gâtés que le reste du monde, ceux qui ont la chance inouïe d’habiter en France où ils peuvent descendre acheter leur pain quant bon leur semble, où ils peuvent aller chez l’épicier du coin pour acheter des fruits où se taper un bout de saucisson venant tout droit du Cantal, sans parler de s’installer à la terrasse d’un café pour vous goinfrer d’un croissant !!! Non mais vous croyez que c’est une situation normale, vous ? Eh bien laissez-moi vous dire que non seulement votre situation de français en France n’est pas normale mais en plus elle est unique ! Alors tâchez de comprendre les pauvres français à l’étranger qui ont le plus grand mal à se nourrir d’une façon qui serait à peine acceptable en France car sachez le bien: si on vous obligeait à subir ce qu’un français à l’étranger doit supporter en matière alimentaire, vous seriez tous dans la rue avec des fourches ! Nous, dans la situation qui est la nôtre, on tente de survivre le moins mal possible et s’il le faut grâce à Wall Mart.


Eh bien non, c’est pour cela que vous ne pourrez jamais vous rendre compte à quel point c’est jouissif de repérer un Wall Mart dans une v....., non, une agglomération aux USA. Sauf lorsqu’il y a un Whole Food (organiques et hors de prix), mais c’est rare car ces magasins là ne fréquentent pas n’importe quelle agglomération. Ils sont très snobs... D’ailleurs lorsque j’ai eu le courage, toute honte bue et bien avalée, d’avouer à une amie avec qui je dînais à Santa-Fe l’autre soir, que je fréquentais les magasins en question (Wall Mart), j’ai cru qu’elle allait se mettre à vomir dans mon assiette. Mais il faut savoir que la population de Santa Fe ne se déplace que dans les Whole Food. Il y en a d’ailleurs un très bien dans lequel je me suis précipité dés que je l’ai repéré (j’ai un très bon flair pour ce genre de chose, et je suis convaincu que c’est dû à un gêne particulier aux français).


Donc reprenons. Je sors de ma voiture à la vitesse de l’éclair et me précipite tête baissée, nez en avant, à l’intérieur de la section «Food». Etant donné que tous ces magasins sont aménagés de la même manière (c’est bien la seule occasion que je bénirai l’uniformité) j’allais tout droit au rayon fruits et légumes, assuré d’y trouver mon bonheur pour la journée à venir. Généralement je suis souvent assez isolé devant ce rayon, les rayons chips, candies et autre soft drinks où beers étant beaucoup plus encombrés. Quelle ne fût pas ma stupéfaction, et pratiquement mon indignation, de voir le rayon envahi par une bonne dizaine d’individus, de tous âges, y compris des enfants, tous agglutinés autour de MES fruits, retournant, tâtant, comparant, reniflant etc... le tout en grande discussion, quasiment métaphysique si j’en jugeais à la gravité des visages qui regardait tous ces fruits d’un air nettement suspicieux. Je m’approchais lentement, l’air dégagé de celui qui ne s'intéresse pas du tout à ce que racontent les voisins, tout en faisant tout pour ne pas perdre une miette de leur conversation. Voilà ce que cela donna, sans aucun besoin de traduction :


  • Non, mais on va pas acheter çà, t’as vu la couleur ! dit un homme d’une quarantaine d’année avec un air franchement indigné par la couleur de la pomme qu’une femme fourrait dans un sachet d’un air décidé.
  • Ouais ben couleur ou pas couleur on les achète parce que moi j’en ai marre de rien bouffer depuis deux jours, coupa la femme (la sienne j’imagine) en remplissant un sachet des pommes litigieuses.
  • En plus j’sais pas si vous avez remarqué mais c’est un Wall Mart, continua l’homme qui n’aimait pas les pommes d’un air de léger reproche.
  • Et alors ? répondirent les autres.
  • Eh bien c’est ceux qui exploitent leurs caissières il parait.
  • Oui, ben tu fais c’que tu veux mais c’est pas mon problème, répondit sa femme en prenant des framboises. Et puis j’te signales que chez nous c’est du pareil au même; Casino où j’sais plus lequel qui paye leurs caissières 700 où 800 Euros par mois... Alors Wall Mart où pas Wall Mart...
  • Qu’est ce que je donnerai pas pour une bonne baguette, dit soudain un autre en regardant autour de lui.
  • Ben c’est pas ici qu’tu vas la trouver ta baguette, moi j’te l’dis, répliqua celui qui n’aimait pas les pommes. J’suis allé voir, y a qu’des trucs dans des sachets en plastique. Imbouffables; alors merci, j’te les laisses.
  • Alors t’as trouvé, demandèrent les deux hommes d’une seule voix à un autre qui arrivait avec un caddie à moitié rempli.
  • Ben non, y a qu’du californien, répondit le nouveau venu d’un air dépité.
  • Merde alors, tu vas pas me dire qu’ils ont pas de bordeaux dans ce patelin, c’est pas possible çà !
  • Le vin californien c’est peut-être pas si dégueulasse que çà après tout, il parait qu’ils ont des vignes françaises en Californie.
  • Bon, écoutez les gars, arrêtez de râler parce que vu qu’on vient d’arriver; alors il faudra bien s’y faire parce qu’il y a encore deux semaines à tenir. Laissez-nous acheter ce qu'il nous faut et occupez-vous des boissons. Cette fois c’était une autre femme, du même âge que les autres, qui fit cette déclaration ferme et pleine de bon sens.

Tandis que les hommes partaient de leur côté en lançant des regards inquiets aux étalages, les femmes et les enfants continuaient de fourrer des fruits dans le caddie avec un empressement qui me rappela le bon vieux temps de la pénurie communiste en URSS où dans les pays de l'Est. Cette époque, dont certains sont si nostalgiques, où il fallait toujours être prêt à acheter ce qui se présentait à l'étalage, même si on n'en n'avait nul besoin immédiat, de peur de ne pas retrouver l'article en question pendant les dix prochaines années.


Après les avoir laisser faire leurs courses tranquillement je fis les miennes et remontais dans ma voiture.

Arrivé à la station d’essence la plus proche je me garais à la pompe à côté d’une autre voiture. Je descendis pour aller payer à la caisse, car ici on paye d’abord; cela évite de partir par inadvertance sans payer... Je revins à ma voiture où je commençais à remplir mon réservoir. Il s’avéra que les occupants de la voiture voisine de la mienne étaient français. Encore ! Les parents et leurs deux enfants, habitant Lyon. On parle du voyage, quant êtes-vous arrivé et bla bla bla. Puis on passe aux choses sérieuses avec la mère, très sympathique.


  • Vous faîtes comment vous ?
  • Pardon ?
  • Eh bien pour vous nourrir ?
  • Ah, oh ce n’est pas très simple, répondis-je en riant.
  • Ah vous trouvez aussi, dit la mère presque soulagée à l’idée qu’ils n’étaient pas les seuls dans la même situation.

Je lui racontes alors la scène à laquelle j’ai assisté dix minutes avant au Wall Mart.

  • Ah ben nous aussi ! s’exclama t’elle. On achète des fruits dés qu’on trouve un Wall Mart parce-que tout est tellement gras ici, c’est dégoûtant. On se nourrit de fruits, de yaourts et de céréales.
  • Exactement comme moi, répondis-je.


Décidément on ne pourra pas dire qu’il y n’y a pas quelque chose de bizarre chez nous autres les français; bizarre dans le sens d’unique bien entendu.

Notre forte identité nationale probablement, qui est par ailleurs bien réelle, contrairement à ce qu'on tente de nous faire croire.



mercredi 5 août 2009

De quelques détails sur le bord de la route...

Vous saviez que les USA sont des Etats unis entre eux par une Constitution en vertu de laquelle les Etats délèguent à l’Etat Fédéral certaines de leurs prérogatives d’Etats souverains. Selon la fameuse formule, que certains ici commencent à réinterpreter en faveur des Etats Fédérés, «l’Etat Fédéral n’est qu’un agent des Etats Fédérés». Ce qui signifie que chaque Etat Fédéré est indépendant, possède des lois qui lui sont propres, ainsi que des habitudes de vie, des moeurs où même des vision de la vie variables d’un Etat à l’autre. En théorie en tout cas, car les différences, la plupart du temps, se réduisent à des limitations de vitesse variant de dix miles selon l’Etat, à des exemptions d’impôts de l’Etat fédéral pour les sociétés (le Delaware où la Floride), le droit de porter des armes à feu librement (Montana par exemple) où les mariages entre individus de même sexe (Massachussets). Il y a encore de nombreux autres exemples mais là n’est pas le propos.


Il y en a pourtant un dont personne ne parle jamais mais qui est ... surprenant pour le Français ringard comme moi qui se balade à travers les USA en utilisant le réseau routier.

Aussitôt passé la frontière de l’Etat du Michigan, le conducteur attentif ne peut manquer de remarquer des panneaux étranges... Pour être plus précis les panneaux en eux-mêmes ne posent aucun problème; ils sont grands, carrés et oranges de manière à ce qu’on ne puisse pas les rater. Ces panneaux là sont toujours postés avant des zones de travaux afin de prévenir les automobilistes de la présence d’ouvriers sur le bord de la route, et par conséquent de ralentir afin d’éviter un accident. Jusqu’à maintenant vous ne voyez pas l’étrangeté du panneau; attendez un peu. Qu’est-il écrit sur le panneau? Dans le Michigan ceci:


«If you hit a worker you will pay $ 7.500,00»


N’est-ce pas curieux ? Imaginez un peu les syndicats si on mettait des panneaux de ce genre sur nos route en France où en Europe ! D’ailleurs syndicats où autres, ce ne serait certainement pas très populaire et je suis certain que cela soulèverait une polémique d’enfer. Quoique, à la réflexion, j’ai des doutes car à ma connaissance personne n’a jamais soulevé la question, même en Europe, et même pour se faire le plaisir de critiquer ces méchants Américains.

D’une part c’est un peu inquiétant de voir des autorités se sentir obligé d’avertir de ne pas tuer un ouvrier; comme si, sans cela, les autochtones se mettraient en tête de se faire une partie de ball-trap où d’auto-tamponneuses avec les ouvriers travaillant sur le bord des routes. D’autre part la peine encourue, en l'occurrence $7.500,00 dans le Michigan, est vraiment légère dans ce pays où il y avait soit disant tant de gens fortunés. Heureusement que ces derniers ne sont pas les criminels assoiffés du sang des ouvriers qu’on nous décrit encore dans les journaux réactionnaires de type Pravda ! Car comme divertissement je vous assure qu’il y en a qui payent beaucoup plus que cela pour un vulgaire sanglier...

Mais l’histoire n’est pas terminée. Lorsque je suis passé dans l’Etat de l’Indiana j’ai à nouveau repéré les fameux panneaux déjà décrit. Les mêmes, à un détail près. La somme n’était plus la même. En Indiana le panneau dit ceci:


«If you hit a worker you will pay $ 10.000,00»


Les enchères montent !

Je me suis longuement demandé pourquoi il existait une telle différence de prix entre l’Etat du Michigan et l’Etat de l’Indiana. Officiellement, me suis-je dit, l’esclavage a été aboli partout aux USA depuis 1865, fin de la guerre civile comme on l’appelle ici. Donc ce n’est pas la cause de cette différence de prix entre un ouvrier de l’Etat du Michigan et un ouvrier de l’Etat de l’Indiana. Et puis si accident il y a à qui revient la somme ? A l’entreprise qui emploie l’ouvrier, à la famille où à l’Etat ? C’est évident, non ? A l’Etat bien sûr... Il ne s’agit pas non plus de race où de question physique de ce genre puisqu’on ne précise pas de différence de prix en fonction de la religion, de la taille, du poids où de la couleur des yeux. Il n’est pas précisé que l’on payera plus pour un ouvrier aux yeux bleus où pour un ouvrier obèse où encore pour un bouddhiste plutôt que pour un protestant, un ouvrier maigre où un ouvrier aux cheveux blonds. Rien de tout cela. Il y avait donc une autre raison qui m’était inconnue. Eh bien j’avais tord car je connaissais la raison et vous la connaissez aussi mais vous ne l’avez pas lié à cette circonstance particulière.


C’est pourtant d’une logique implacable!

Réfléchissez un peu ! Prenons les deux mots clés de ce casse tête américain. Nous avons « ouvrier » et « $ 7.500 » versus « $10.000 ». Alors vous avez deviné ? Non, vraiment nous n’avons pas beaucoup d’imagination les Français, nous sommes décevants. Moi qui croyait dur comme fer à l’adage « on n’a pas de pétrole mais on a des idées », franchement c’est consternant car la conclusion c’est que nous n’avons ni pétrole ni idée... Eh ben, l’avenir s’annonce mal, à part que nous ne serons pas les seuls à ne plus avoir de pétrole, puisque plus personne n’en n’aura plus, ce qui est tout de même une relative consolation. J’espère simplement que nous ne serons pas les seuls à ne pas avoir d’idées...

Bon, eh bien la réponse est : c’est à cause du chômage !

Ah ça y est, tilt ! Eh bien oui, dans le Michigan ils ont un taux de chômage beaucoup plus élevé que dans l’Indiana, ce qui explique facilement et logiquement la différence de prix.


Et comment ai-je deviné ? Eh bien en lisant le Wall Street Journal, tout simplement. Je me suis tout à coup rappelé que j’étais au pays du capitalisme et du Marché par excellence. Donc cette différence de prix s’explique parfaitement par la loi du marché, c’est à dire la loi de l’offre et de la demande. Quant on vous dit que rien ne résiste au Marché, en voilà une preuve de plus !


Nous pouvons donc tirer trois enseignements importants de la présence de ces panneaux sur le bord des routes US:

  • le premier c’est que les gens fortunés sont intrinsèquement bons, sans quoi ils se feraient un malin plaisir de jouer à l’auto-tamponneuse dés qu’ils en auraient l’occasion; car à ce prix là c’est franchement donné !
  • Le second enseignement c’est que nous avons enfin la preuve irréfutable que l’homme est bel et bien devenu une marchandise comme une autre.
  • Le troisième c’est que le rédacteur de la chronique de Cochon-sur-Terre est atrocement ringard (non, j’suis pas cool quoi...) car apparemment personne n’est choqué sauf lui de la présence de ces panneaux sur le bord des routes.


Tout le monde est donc content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.

lundi 3 août 2009

Santa-Fe (NM), le 1 Août 2009

Je dois vous dire qu’il n’y a rien à écrire sur le trajet qui mène de la Nouvelle-Orléans à l’agglomération de Shreveport, située tout à fait au Nord-Est de l’Etat de Louisiane, à la frontière avec le Texas. Pourtant le trajet est long, très long même, très monotone puisqu’il n’y a pas de variations, très vert, de la végétation partout tout le long de la route, s’étendant à perte de vue; j’imaginais très bien dans les marais bordant la route les cousins des longs serpents noirâtres que j’avais déjà eu l’occasion de voir en Louisiane il y a quelques années de cela, n’attendant que l’occasion de se jeter avec voracité sur l’automobiliste assommé dont la voiture se serait précipitée accidentellement moteur en avant dans les dits marais. Pour tout dire cette route est ennuyeuse au possible !


En revanche l’agglomération de Shreveport est divertissante en comparaison. En effet c’est si effroyable que c’en est drôle. Enfin cinq minutes, pas plus, sinon on court le risque d’une dépression si avancée que le suicide parait la seule médecine acceptable, sinon possible. Je sais que je me répète mais je ne suis pas responsable du fait que toutes les agglomérations que j’ai pu traverser dans ce pays non seulement se ressemblent toutes mais ont toutes été ravagées, voire anéanties, de la même manière ! On aurait pu au moins espérer un peu d’imagination dans la catastrophe mais non ! Même le désastre est conformiste...

Là encore il faut imaginer un réseau extrêmement dense d’autoroutes extrêmement larges sur lesquels peuvent circuler de front dans chaque direction au moins six poids lourds. La beauté de la chose c’est qu’il n’y a pas une autoroute mais plusieurs, peut-être cinq ou six, arrivant de toutes les directions et se croisant dans tous les sens au moyen d’un savant enchevêtrement de ponts et de bretelles tournoyant sur elles-mêmes comme des danseuses de ballet. En béton malheureusement. Ceci dit on ne se perd pas car la signalisation est très bien faîte. Et ce réseau de routes, après l’avoir totalement encerclée, pénètre l’agglomération jusqu’à son coeur, sans aucune considération de pudeur, comme une armée victorieuse prend possession d’une ville vaincue.

Je suis arrivé là vers huit heures du soir. Il faisait déjà nuit et je mourrai de faim car je n’avais pas déjeuné. Je cherchai donc un restaurant à peu près digne de ce nom et suivant mes réflexes d’Européen incorrigible je me suis une fois de plus imaginé que peut-être, par un miracle inattendu, il y aurait un restaurant au milieu de l’amoncellement monstrueux de buildings atroces, de parkings gigantesques et de terrains vagues qui se nomme downtown. Après avoir tourné pendant un certain temps dans ce quartier sinistre sans avoir vu la moindre lumière indiquant le restaurant salvateur, et sans avoir pu me renseigner auprès de quiconque, je me suis résolu à aller me coucher en attendant des jours meilleurs pour me nourrir. C’est ainsi que je recommande fortement à tous ceux qui doivent perdre du poids de venir passer quelques semaines aux USA; c’est formidable de ce point de vue à la seule condition, mais indispensable celle là, qu’il faut détester absolument les fast food au point de ne pouvoir y entrer. A cette condition on peut maigrir assez rapidement lorsque l’on voyage dans le centre de ce pays.


De Shreveport à Fort Worth il n’y a rien de plus à dire que précédemment. La route n’est pas très longue; deux heures à peu près en suivant les vitesses réglementaires, ce qui est horriblement dangereux car il y a de quoi s’endormir à cette allure d’escargot à force de suivre des routes qui n’en finissent pas, bordées néanmoins par de vastes étendues de prairies et d’arbres; car contrairement à ce qu’on pourrait imaginer le Texas n’est pas uniquement constitué de sable sous lequel se trouvait du pétrole (il n’y en a presque plus). Loin de là ! La partie aride ne se trouve qu’à l’Ouest et au Sud-Ouest de l’Etat tandis que le reste est assez verdoyant et de ce fait utilisé pour l’élevage.

Dallas et Fort Worth ne forment quasiment qu’une seule et même agglomération même si elles sont administrativement bien distinctes. Là encore même scénario que partout ailleurs avec les malls, les autoroutes etc... L’avantage est qu’ici il y a un aéroport pour agrémenter l’ensemble, un aéroport qui plus est international, c’est à dire très grand avec tous les avantages qui en découlent, y compris les avions qui décollent et atterrissent sans cesse.

A Fort Worth il y a notamment le très beau musée d’Art Moderne que l’on doit à l’architecte japonais Tadeo Ando. Un seul bémol : le bâtiment mériterait d’être vu avec plus de recul qu’il n’y en a ; il n’est quasiment pas visible de loin et il faut se trouver sur le parking l’entourant pour se rendre compte qu’il est bien là.


De Fort Worth à Amarillo (Texas), là encore c’est plutôt une expérience à éviter. La route 287 est très longue et très déprimante car on traverse encore une quantité de villages abandonnés qui se succèdent les uns les autres au milieu d’un paysage désertique, le tout saupoudré de carcasses de voitures, tracteurs et autres engins; tout cela dans des proportions bien sûr énormes, complètement envahi par la rouille et les quelques plantes qui parviennent à pousser dans ce climat. Les anciens silos sont également en voie de désintégration tout comme les vastes bâtiments qui leur tiennent encore compagnie, par loyauté pure car il n’y a vraiment pas de quoi s’attarder dans les parages. Pour combien de temps est la seule question avant l’écroulement général, qui lui est assuré. Cela dit on peut imaginer sans peine cette région jadis agricole mais surtout une région d’élevage bien que nettement moins riche que celle se situant entre Shreveport et Dallas. Aujourd’hui, entre Fort Worth et Amarillo c’est quasiment le désert, au propre comme au figuré, et ce sur des centaines de kilomètres.


En revanche lorsque l’on quitte Amarillo par l’Interstate 40 en direction d’Albuquerque, capitale du Nouveau-Mexique, le paysage change graduellement pour devenir franchement superbe, bien que très peu habité en raison du climat. Se succèdent sur des centaines de miles des étendues à perte de vue, ondulées comme les tôles, couvertes de petites plantes touffues de couleur vert de gris qui se disputent âprement le terrain avec les cailloux. On traverse fréquemment des rios asséchés et dans ces paysages invraisemblables on s’imagine sans aucune peine les scènes de films de cow boys et de chicanos à chapeaux à larges bords se poursuivant à cheval en se tirant dessus. Ils sont sous nos yeux. Et parfois on a la chance d’avoir à subir un orage si fort qu’il fait soudain nuit en plein jour et que des trombes d’eau nous tombent dessus pendant vingt minutes à tel point que les essuie-glace ont le plus grand mal à vous aider à y voir clair; et tout à coup c’est à nouveau la lumière et le soleil, comme si rien ne s’était produit, à part le ciel noir abandonné derrière soi.

C’est le Nouveau-Mexique.