lundi 3 août 2009

Santa-Fe (NM), le 1 Août 2009

Je dois vous dire qu’il n’y a rien à écrire sur le trajet qui mène de la Nouvelle-Orléans à l’agglomération de Shreveport, située tout à fait au Nord-Est de l’Etat de Louisiane, à la frontière avec le Texas. Pourtant le trajet est long, très long même, très monotone puisqu’il n’y a pas de variations, très vert, de la végétation partout tout le long de la route, s’étendant à perte de vue; j’imaginais très bien dans les marais bordant la route les cousins des longs serpents noirâtres que j’avais déjà eu l’occasion de voir en Louisiane il y a quelques années de cela, n’attendant que l’occasion de se jeter avec voracité sur l’automobiliste assommé dont la voiture se serait précipitée accidentellement moteur en avant dans les dits marais. Pour tout dire cette route est ennuyeuse au possible !


En revanche l’agglomération de Shreveport est divertissante en comparaison. En effet c’est si effroyable que c’en est drôle. Enfin cinq minutes, pas plus, sinon on court le risque d’une dépression si avancée que le suicide parait la seule médecine acceptable, sinon possible. Je sais que je me répète mais je ne suis pas responsable du fait que toutes les agglomérations que j’ai pu traverser dans ce pays non seulement se ressemblent toutes mais ont toutes été ravagées, voire anéanties, de la même manière ! On aurait pu au moins espérer un peu d’imagination dans la catastrophe mais non ! Même le désastre est conformiste...

Là encore il faut imaginer un réseau extrêmement dense d’autoroutes extrêmement larges sur lesquels peuvent circuler de front dans chaque direction au moins six poids lourds. La beauté de la chose c’est qu’il n’y a pas une autoroute mais plusieurs, peut-être cinq ou six, arrivant de toutes les directions et se croisant dans tous les sens au moyen d’un savant enchevêtrement de ponts et de bretelles tournoyant sur elles-mêmes comme des danseuses de ballet. En béton malheureusement. Ceci dit on ne se perd pas car la signalisation est très bien faîte. Et ce réseau de routes, après l’avoir totalement encerclée, pénètre l’agglomération jusqu’à son coeur, sans aucune considération de pudeur, comme une armée victorieuse prend possession d’une ville vaincue.

Je suis arrivé là vers huit heures du soir. Il faisait déjà nuit et je mourrai de faim car je n’avais pas déjeuné. Je cherchai donc un restaurant à peu près digne de ce nom et suivant mes réflexes d’Européen incorrigible je me suis une fois de plus imaginé que peut-être, par un miracle inattendu, il y aurait un restaurant au milieu de l’amoncellement monstrueux de buildings atroces, de parkings gigantesques et de terrains vagues qui se nomme downtown. Après avoir tourné pendant un certain temps dans ce quartier sinistre sans avoir vu la moindre lumière indiquant le restaurant salvateur, et sans avoir pu me renseigner auprès de quiconque, je me suis résolu à aller me coucher en attendant des jours meilleurs pour me nourrir. C’est ainsi que je recommande fortement à tous ceux qui doivent perdre du poids de venir passer quelques semaines aux USA; c’est formidable de ce point de vue à la seule condition, mais indispensable celle là, qu’il faut détester absolument les fast food au point de ne pouvoir y entrer. A cette condition on peut maigrir assez rapidement lorsque l’on voyage dans le centre de ce pays.


De Shreveport à Fort Worth il n’y a rien de plus à dire que précédemment. La route n’est pas très longue; deux heures à peu près en suivant les vitesses réglementaires, ce qui est horriblement dangereux car il y a de quoi s’endormir à cette allure d’escargot à force de suivre des routes qui n’en finissent pas, bordées néanmoins par de vastes étendues de prairies et d’arbres; car contrairement à ce qu’on pourrait imaginer le Texas n’est pas uniquement constitué de sable sous lequel se trouvait du pétrole (il n’y en a presque plus). Loin de là ! La partie aride ne se trouve qu’à l’Ouest et au Sud-Ouest de l’Etat tandis que le reste est assez verdoyant et de ce fait utilisé pour l’élevage.

Dallas et Fort Worth ne forment quasiment qu’une seule et même agglomération même si elles sont administrativement bien distinctes. Là encore même scénario que partout ailleurs avec les malls, les autoroutes etc... L’avantage est qu’ici il y a un aéroport pour agrémenter l’ensemble, un aéroport qui plus est international, c’est à dire très grand avec tous les avantages qui en découlent, y compris les avions qui décollent et atterrissent sans cesse.

A Fort Worth il y a notamment le très beau musée d’Art Moderne que l’on doit à l’architecte japonais Tadeo Ando. Un seul bémol : le bâtiment mériterait d’être vu avec plus de recul qu’il n’y en a ; il n’est quasiment pas visible de loin et il faut se trouver sur le parking l’entourant pour se rendre compte qu’il est bien là.


De Fort Worth à Amarillo (Texas), là encore c’est plutôt une expérience à éviter. La route 287 est très longue et très déprimante car on traverse encore une quantité de villages abandonnés qui se succèdent les uns les autres au milieu d’un paysage désertique, le tout saupoudré de carcasses de voitures, tracteurs et autres engins; tout cela dans des proportions bien sûr énormes, complètement envahi par la rouille et les quelques plantes qui parviennent à pousser dans ce climat. Les anciens silos sont également en voie de désintégration tout comme les vastes bâtiments qui leur tiennent encore compagnie, par loyauté pure car il n’y a vraiment pas de quoi s’attarder dans les parages. Pour combien de temps est la seule question avant l’écroulement général, qui lui est assuré. Cela dit on peut imaginer sans peine cette région jadis agricole mais surtout une région d’élevage bien que nettement moins riche que celle se situant entre Shreveport et Dallas. Aujourd’hui, entre Fort Worth et Amarillo c’est quasiment le désert, au propre comme au figuré, et ce sur des centaines de kilomètres.


En revanche lorsque l’on quitte Amarillo par l’Interstate 40 en direction d’Albuquerque, capitale du Nouveau-Mexique, le paysage change graduellement pour devenir franchement superbe, bien que très peu habité en raison du climat. Se succèdent sur des centaines de miles des étendues à perte de vue, ondulées comme les tôles, couvertes de petites plantes touffues de couleur vert de gris qui se disputent âprement le terrain avec les cailloux. On traverse fréquemment des rios asséchés et dans ces paysages invraisemblables on s’imagine sans aucune peine les scènes de films de cow boys et de chicanos à chapeaux à larges bords se poursuivant à cheval en se tirant dessus. Ils sont sous nos yeux. Et parfois on a la chance d’avoir à subir un orage si fort qu’il fait soudain nuit en plein jour et que des trombes d’eau nous tombent dessus pendant vingt minutes à tel point que les essuie-glace ont le plus grand mal à vous aider à y voir clair; et tout à coup c’est à nouveau la lumière et le soleil, comme si rien ne s’était produit, à part le ciel noir abandonné derrière soi.

C’est le Nouveau-Mexique.


vendredi 31 juillet 2009

Santa-Fe (NM), le 31 Juillet 2009

De Flint à la Nouvelle-Orléans il doit y avoir 2000 miles, c’est à dire plus de 3500 km. Ces deux villes se situent pratiquement à la frontière canadienne pour la première et, comme on sait, tout à fait au Sud pour la seconde. C’est ce qui s’appelait avant 1763 la «Nouvelle France», territoire qui comprenait également une grande partie du Canada.

Après avoir traversé le Michigan, l’Indiana, l’Arkansas, puis le Mississippi on arrive enfin en Louisiane et à la Nouvelle-Orléans. C’est long, très long, surtout en voiture. Mais on voit du pays, comme on dit; cela étant c’est un pays qui est très monotone à la longue. En réalité c’est là que l’on se rend compte à quel point nous autres, Français où Européens, sommes gâtés par la variétés de nos contrées sur un territoire somme toute peu étendu. Tandis que dans le cas qui nous intéresse, tout au long de ces 3000 où 4000 km j’ai dû voir deux paysages véritablement différents l’un de l’autre, naturellement accompagné d’un changement de climat notable. A frontière de l’Illinois, du Tennessee et du Mississippi le climat et le paysage deviennent nettement tropicaux.


«Nouvelle France». Tout au long de cette longue route les noms des villes nous rappellent cette présence française: Saint Louis, Terre Haute, Louisville, Detroit... sans compter la Nouvelle-Orléans bien entendu. Cette ville est tout à fait à part, que ce soit dans l’Etat de Louisiane où dans le pays. Elle est d’abord tout à fait atypique en raison de son plan urbanistique hérité directement des Français, je parle ici du coeur de la ville, c’est à dire le vieux quartier où French Quarter situé au bord du Mississippi; ce lieu reste le centre touristique par excellence aux USA non seulement pour les étrangers mais aussi pour les Américains, pour la bonne raison qu’il est encore complètement non-Américain. En effet nul part ailleurs aux USA on ne peut trouver un endroit aussi différent, si exotique. Certes il s’agit de ce «vieux quartier» mais également de la mentalité qui y règne, de la vie qui s’y déroule comme un long tapis jamais usé, comme si par une sorte de miracle auquel personne ne prenait garde le tapis en question restait toujours aussi frais que lorsqu’il avait été installé. Ce quartier forme lui-même une enclave au sein de la ville, retranchée du reste, séparé de tout ce qui s’est construit après lui comme s’il s’était enfermé pour toujours pour échapper à tout ce qui se déchaînait à sa porte. Un des habitants de ce French Quarter me disait que ceux qui y habitent et qui y travaillent n’en sortent jamais que pour des raisons pratiques, par exemple un achat que l’on ne peut pas faire ailleurs; mais aucun de ces habitants n’envisagerait une seconde d’habiter hors de ce havre, non pas de paix mais d’incongruité. C’est plutôt cela le terme véritable: ce quartier est totalement incongru, jamais on ne s’attendrait à déboucher au détour d’une tour horrible de 50 étages sur un quartier de ce genre. Tout à coup on se trouve littéralement ailleurs. Comment, pourquoi, on n’en sait rien mais en trois secondes on est sur une autre planète.


Soudain disparus les atroces gratte-ciel sans âme, au loin les autoroutes à huit voies et leurs cortèges de voitures et de camions tonitruants, plus de trace du harcèlement publicitaire omniprésent, plus de trace non plus du clinquant et du bling bling de pacotille dont on est abreuvé où que l’on aille dans le pays. Au détour d’une rue on se retrouve tout à coup dans une ville, une vraie ville avec des rues étroites, une ville où il y a des piétons qui marchent dans les rues et sur les trottoirs, une ville où ils y a des gens qui s’interpellent dans la rue, où des diseuses de bonne aventure vous attirent sur un tabouret pour vous raconter votre vie, une ville où il y a des bistrots aux tables desquels on peut s’asseoir et discuter où bien regarder les passants. Bref une ville où la vie s’écoule comme un fleuve qui charrie le limon qui fécondera les rivages qui le bordent.

Les maisons sont basses, construites en briques, encadrées de balcons en fer forgé qui s’avancent souvent largement au-dessus des trottoirs, soutenus par des colonnettes qui descendent des toits pour venir se poser par terre, permettant ainsi aux passants de s’abriter des pluies soudaines, comme c’est le cas en ce moment lors de la saison des pluies... Les portes à double ventaux cachent souvent des cours intérieures envahies de plantes luxuriantes, qui suspendues aux plafonds comme des lustres, qui en pots posés à même le sol les uns à coté des autres, comme on en voit dans tous les pays tropicaux, des jardins intérieurs échappant au brouhaha de la rue, propices à la conversation où au farniente. Les façades sont souvent assez simples, parfois même banales car c’est seulement derrière leurs portes fermées que se révèlent les véritables trésors du quartier. Plus à l’Est du quartier français, à dix minutes à pied, se trouve un autre quartier, résidentiel celui-là. Les maisons y sont plus basses que dans le centre, construites principalement en bois, les façades peintes de couleurs vives, les fenêtres protégées de persiennes et des chaises en rotin souvent installées devant la façade de la maison de manière à profiter de se qui se passe dans la rue. Il règne dans ces petites rues mal éclairées le soir un silence et un calme reposant après l’agitation du centre ville, surtout rue Bourbon où se trouvent de nombreux bars dans lesquels la musique «on live» se déchaîne et se répand dans toute la rue. Il est certain, à mon avis, qu’il vaut mieux loger dans cette partie de la ville plutôt que dans le centre en raison du calme exquis qui y règne et de la vie «au ralenti» qui s’y déroule, comme un film muet d’avant guerre mais en couleur.

Lorsque l’on s’aventure dans la partie qui fût la plus touchée par Katrina en 2005, c’est à dire la partie située tout à fait à l’Est du quartier français, il faut sortir des grands axes pour voir encore des maisons en bois à l’abandon, recouvertes de plantes qui prennent possession des lieux. Ces maisons, pas aussi nombreuses que je ne le pensais, ont été abandonnées par leurs propriétaires qui souvent ne sont tout simplement pas revenus habiter la ville. Il parait que celle-ci a perdu la moitié de ses habitants depuis 2005. De nombreuses maisons ont été détruites et emportées par la tornade, d’autres furent abattues par la ville, mais d’autres encore furent restaurées où sont en train de l’être; on peut le deviner aux couleurs vives dont elles sont souvent repeintes en deux tons. Plus on se rapproche du quartier français moins on voit de traces du passage de la tornade. Les quartiers qui furent les plus touchés par Katrina sont des terrains qui se situent en-dessous du niveau de la mer, ce qui n’est pas le cas du quartier français. Cela explique pourquoi ce dernier ne connut pas le désastre de ses voisins, même s’il fut inondé en partie. En revanche, on reste un peu perplexe lorsque l’on voit des constructions nouvelles s’élever à l’endroit même où la catastrophe fût la plus sévère en raison de la dénivellation du terrain.


La Nouvelle-Orléans, où plus précisément le quartier français, lorsque l’on a déjà passé plusieurs mois aux USA, apparaît totalement surréaliste tant cette ville diffère de tout ce que l’on peut voir dans le reste du pays: les gens qui y vivent, les habitudes, la vie qu’on y mène, rien n’a son équivalent. C’est alors qu’on se demande comment tout cela a survécu aux ravages de la marchandisation généralisée qui sévit partout ailleurs. Pourquoi ce fléau s’est-il arrêté aux portes du quartier français ? Par quel miracle ?

La réponse serait-elle dans ce que m’a dit cette jeune femme charmante rencontrée dans un bar qui ne l’était pas moins ? Lorsque je lui demandais comment elle était arrivée là, elle m’a répondu: «je suis venu pour deux jours et je suis resté; cela fait vingt ans maintenant.» Et je suis certain qu’elle ne pourrait habiter nul part ailleurs aux USA. Cette opinion me fut confirmée par d’autres américains autochtones à qui je demandais s’il pourrait vivre ailleurs que dans cette ville; la réponse fût toujours la même: oui à l’étranger. En exagérant à peine, on pourrait émettre l’hypothèse que la Nouvelle Orléans est le refuge de tous ceux qui ne supportent plus de vivre ailleurs dans leurs pays mais qui ne veulent pas le quitter. Pour le moment. Ils finissent donc par atterrir ici avec leurs congénères ce qui fait que seuls des individus qui ne veulent pas que cela change peuplent le quartier, d’étranges bipèdes qui font tout ce qu’ils peuvent pour préserver ce qui existe, c’est à dire leur manière de vivre qui ne peut en aucun cas s’adapter à ce qui arrive partout ailleurs aux USA. En fin de compte la Nouvelle-Orléans est peut-être le seul refuge qui reste aux USA, en tant que ville, pour Américains refusant d’être transformés consommateurs, c’est à dire en produit de consommation eux-mêmes.

Où sinon dans le quartier français aurais-je pu voir, dans le bar cité plus haut, arriver un bonhomme, s’installant au bar où je me trouvais, commander un verre et se mettre à fumer une cigarette le plus naturellement du monde ? Inutile de dire qu’à NY on aurait appelé la Garde Nationale et que le type se serait retrouvé illico à Guatanamo pour attentat contre la santé des USA... sans parler de la sécurité évidemment !

Cela m’a rasséréné quelque peu... trop peu malheureusement.


lundi 27 juillet 2009

Joe Biden: «it’s a very difficult thing to deal with loss of empire...»

On prend les même et on recommence !

Cette fois il ne s’agissait pas d’annoncer au monde et aux Israéliens qu’ils avaient le feu vert du gouvernement US pour attaquer l’Iran en toute impunité mais plutôt de démontrer que les Russes étaient à la merci des Américains et qu’ils feraient ce que ces derniers leur commanderaient sans bouger une oreille (Sources: WST - 25.07.09).


Certes cette interview est intéressante en ce qu’elle révèle non seulement le degrés effrayant d’ignorance de la situation du monde d’aujourd’hui de la part du Vice-Président des USA mais aussi, bien entendu, de son aveuglement sur l’état des USA. Cela va de pair. Mais ce serait une erreur de penser qu’il serait le seul à partager cette conception de la situation. Cet état d’esprit, si l’on peut parler d’esprit en l'occurrence, se situe dans la droite ligne de ce que le monde a du subir pendant huit ans lorsque Wolfowitz où Cheney et consorts nous faisaient profiter de la subtilité de leurs compréhensions des relations internationales; ainsi de la fameuse: «vieille Europe versus jeune Europe»., où encore: «tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous», sans compter tout le reste dont on pourrait faire une anthologie.

Cela est d’autant plus affligeant que nombreux sont ceux qui croyaient par ignorance être débarrassé de ce genre de bouffons dangereux avec l’accession des démocrates au pouvoir. En réalité il ne s’agit pas de républicain versus démocrates. Il s’agit d’une mentalité répandue dans toute la société américaine, un état d’esprit qui transcende toutes les barrières politiques où sociales, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit partagée par tout le monde

C’est un complexe mélange de certitude (avec tout ce que cela comporte de fragilité) de sa propre supériorité sur tout ce qui existe, d’incapacité complète à se remettre en question, le tout basé sur une ignorance crasse de tout ce qui n’est «pas comme nous». En effet pourquoi chercher à connaître ce qui n’est pas comme soi puisque, étant le sel de la terre, non seulement tout le monde doit devenir comme eux mais ce ne peut-être évidemment que le voeu le plus cher du monde entier. Peut-être cela explique-t’il en partie cette absence totale de sentiment de culpabilité et cette impossibilité d’un quelconque «mea culpa» où de reconnaissance d’un échec. Cela remettrait trop en question le fait d’être d’une essence supérieure au reste du monde, le fait que les lois qui s’appliquent au reste du monde ne s’appliquent pas à soi et à ce qu’on représente, c’est à dire les représentants du progrès et de la vérité incarnés sur cette terre, en bref le «peuple élu», «The town upon a hill».

Encore une fois, répétons-le, tout le monde n’est pas affligée de cette mentalité aux USA mais celle-ci est suffisamment répandue pour ne pas être celle d’une minorité, loin de là. En réalité elle est fréquemment répandue de manière plus diluée et plus naïve, c’est à dire un peu «bon enfant» si l’on veut bien, et il arrive souvent que ceux qui la partagent de la sorte soient parfaitement capables et volontaires pour corriger une vision des choses qui leur apparaîtrait tout à coup fausse. Tout le monde n’est pas aussi caricatural que Biden, Cheney et le reste. Malheureusement c’est Biden qui est Vice-Président des USA.


Pour conclure il ne faudrait pas croire que seul Biden est affligé de cette mentalité dans la nouvelle administration, et encore moins au Congrès, quel que soit le parti. Certes non, mais c’est le seul qui a une «grande gueule» et qui l’ouvre dés que personne n’est là pour l’en empêcher. La différence est que les autres se tiennent peut être plus à carreau car ils sentent confusément sous la pression de la crise que la situation très préoccupante de leur pays ne leur permet plus d’agir comme ils le voudraient en leur fort intérieur.

Comme l’a très bien résumé Biden lors de l’interview:


"It's a very difficult thing to deal with, loss of empire. The empire was not justified, but still, you're sitting there and all of a sudden...this country Russia is in a very different circumstance than it has been any time in the last 40 years, or longer."


A l’exception du mot «Russia» auquel le discours ne s’applique plus (entre 1992-1995 cela aurait été une autre question) tout le reste décrit parfaitement la situation actuelle...

... des USA.


dimanche 26 juillet 2009

Youngstown, Flint, les «shrinking cities» et le soit disant modèle urbain américain: quelle solution ?

Faîtes preuve d’imagination !

Imaginez que vous pesez 160 kg (oui, oui, je sais...).

Bon maintenant imaginez qu’en quelques jours vous perdiez tant de poids que vous finissiez à 80 kg.

Comment faire pour réadapter vos vêtements à votre nouvelle corpulence ?

C’est à peu près le problème que se posent une cinquantaine de villes aux USA aujourd’hui: celles que l’on appelle les «shrinking cities».


Généralement parlant les « shrinking cities » sont des villes qui font parties de la « rust belt », c’est à dire ces villes qui furent au coeur de l'essor industriel des USA à la fin du XIXeme et au début du XXeme siècle, puis qui ont décliné dés la fin des années cinquante pour finir par mourir dans les années 70, victime de la désindustrialisation du pays. C’est ainsi que nous pouvons citer Youngstown, Pittsburgh, Cleveland, Saint Louis, Flint, Detroit parmi beaucoup d’autres.

Toutes ces villes ont vu leur population se réduire de manière spectaculaire depuis trente ans en raison de la fermeture des industries qui les faisaient vivre. Les gens sont tout simplement partis en laissant leurs habitations derrière eux lorsqu’ils ne parvenaient pas à les vendre. C’est ainsi que certaines de ces villes ont pu perdre de 40 à 50% de leur population en quelques années, laissant derrière elles des quartiers entier abandonnés, des quartiers fantômes qui continuent à coûter des fortunes aux mairies en raison du fait que les services municipaux doivent maintenir l'éclairage de rues inhabitées et de collecter les poubelles pour les rares habitants restés sur place malgré le fait que plus de la moitié voire plus des maisons de leur quartier soient abandonnées. Celles-ci d’ailleurs finissent par devenir des lieux de ralliement pour les drogués où pour la prostitution.

D’où la question: comment faire pour réadapter le vêtement devenu trop grand?


Yougstown (Ohio) est la ville d’où est parti l’idée originale qui commence désormais à faire école aux USA pour régler ce problème.


Le 19 Septembre 1977 the « Youngstown Sheet and Tube’s Campbell Works » ferma ses portes du jour au lendemain laissant 5.000 personnes sur le carreau et mettant un terme à la principale activité de la ville depuis cent ans: la sidérurgie. Youngstown était la troisième ville des USA pour la production d’acier. Au cours des années suivant le «black Friday» 50.000 personnes perdirent leur emploi tandis que tous les fourneaux fermèrent les uns après les autres. Depuis, la vallée qui naguère se vantait d’avoir « Thirty Mills in Thirty Miles » n’en possède plus un seul, Youngstown a perdu la moitié de sa population, passée de 170.000 à 80.000, les saisies immobilières sont montées jusqu’au ciel, les impôts impayés également. Mais cela a eu d’autres conséquences. Aujourd’hui seuls 10% des résidents de Youngstown possèdent un «Bachelor’s degree» et seulement la moitié d’entre eux ont du travail. De plus on estime qu’environ 35% des habitants de Yougstown sont illettrés, ce qui reflète assez bien ce qu’on appelle aux USA une « National crisis in literacy ». Cela engendre de grandes difficultés à trouver du travail, et lorsque cela arrive les salaires sont généralement parmi les plus bas. Il n’est donc pas étonnant que le taux de criminalité et de délinquance soit parmi les plus élevés du pays.

Pendant des années l’objectif des autorités de la ville fût de redonner à la ville sa gloire passée, c’est à dire de faire en sorte qu’elle se repeuple à son niveau « d’avant » grâce à des implantations diverses d’industries et autres sociétés. En réalité jamais rien ne se concrétisa et la ville continua de sombrer jusqu’au jour où l’ancienne génération disparut et fut remplacée par des individus plus jeunes, c’est à dire des gens qui, n’ayant pas connu l’âge d’or de la ville, ne cherchèrent pas à lui redonner son lustre passé à l’aide de la croissance à tout prix mais au contraire prirent acte de la situation. Youngstown était devenue une petite ville et il fallait en prendre son parti. Il fallait la restructurer en fonction de cette nouvelle donne. D’où le plan (Yougstown 2010) de réduire la taille de la cité et tenter de redonner vie au centre de la ville, complètement déserté et abandonné, au lieu de vouloir à tout prix repeupler les quartiers vidés depuis trente ans.


C’est ainsi que des quartiers entiers sont en train d’être rasé à coup de bulldozers (2000 maisons doivent rasées l’année prochaine) et transformés en parcs où laissés à l’état de nature; plus de 1000 bâtiments ont été démolis jusqu’à maintenant. De plus la mairie offre $50.000 aux survivants de l’exode général afin de les encourager à déménager d’un quartiers promis à la démolition dans un de ceux où la mairie tente de regrouper le maximum de gens. De même en ce qui concerne le centre ville la mairie a déjà abattu de très nombreux immeubles en ruine où abandonnés, les rues ont été nettoyées et réaménagées de manière à attirer la population dans le centre.


Flint (Michigan) est une autre ville emblématique des « shrinking cities ». L’exemple est différent de celui de Youngstown en ce sens que l’industrie qui fit les beaux jours de la ville n’était pas la sidérurgie mais l’automobile.

Flint est synonyme de GM. C’est à Flint que GM avait son siège, c’est à Flint que GM employait 78.000 personnes au début des années 80 au moment de son apogée. C’est à Flint encore que GM avait un complexe industriel nommé « Buick City » réparti sur 80 hectares environ (235 acres), une véritable ville dans la ville, dans laquelle travaillaient 25.000 personnes. Aujourd’hui GM n’emploie plus que 8.000 personnes. Au moment de sa gloire Flint comptait 230.000 habitants; aujourd’hui il en reste 100.000 et plus d’un tiers des maisons sont vides et abandonnées. Déjà plus de 1000 maisons à l’abandon ont été détruites.


Mais contrairement à Youngstown rien n’est encore décidé et aucun plan n’a encore été accepté. En réalité il y a encore beaucoup de politiciens où responsables municipaux, sans parler des habitants eux-mêmes, qui ne parviennent pas à se faire à l’idée de réduire la taille de leur ville en démolissant des maisons pour laisser la place à des champs où à des terrains où la nature a repris ses droits. La controverse a lieu en ce moment même et on ne peut savoir quel en sera le résultat, et ce d’autant moins que la crise n’aide pas à résoudre le problème puisqu’elle provoque encore plus de chômage, et donc plus de charges pour les villes et les Comtés dont les finances sont loin d’être florissantes. C’est un euphémisme. Cela dit réduire la taille des villes qui ont perdu leur population est dans l’air du temps, surtout depuis que le Président Obama a confié à Dan Kildee, trésorier du Genesee County et ardent promoteur du plan en question, le soin de faire la même chose dans les 50 autres villes les plus importantes concernées par ce problème aux USA. Mais pour le moment ce sont des effets d’annonces et rien n’a encore démarré à l’exception de Youngstown qui montre la voie.


Parlons-en.

Le centre ville de Youngston ressemble à n’importe quel centre d’une agglomération aux USA; c’est à dire à rien. Où plutôt à des immeubles paniqués qui tenteraient d’échapper au cannibalisme débridée des routes extra larges qui tentent d’avaler le moindre espace qui ne leur ait pas encore été cédé. En revanche le centre de Youngstown a quelque chose de particulier: en effet les trottoirs sont en état, on a ajouté des fleurs et des arbres au milieu des avenues pour en réduire la largeur, on a aménagé des passages pour piétons afin de leur permettre de traverser les avenues sans risquer la mort à chaque pas, on a réaménagé les immeubles échappés à la destruction, il y a une quantité extraordinaires de parkings et enfin il y a un grand nombre d’espaces vides entre les bâtiments survivants. Mais il manque quelque chose à cette description: il n’y a absolument personne! Lorsque j’y étais Samedi dernier dans l’après-midi tout était vide; si j’y ai croisé 4 voitures ce serait bien le bout du monde et si j’y ai vu une dizaine de personnes ce serait le maximum. j’aurais très bien pu m’asseoir au milieu de Main Street et engager une partie d’échec sans craindre de devoir dégager les lieux avant de l’avoir terminer. En bref c’était tragiquement mort et sinistre. Pourtant me direz-vous beaucoup d’améliorations ont été apportées! Oui des améliorations de façade, c’est le cas de le dire, mais certainement pas de celles qui attirent un humain pour y passer du temps et encore moins pour y habiter.


Je fais le pari que n’importe quel humain logé dans le centre de Youngstown sans voiture mourrait de faim au bout d’une semaine. Pas de soif car il y aurait malgré tout l’eau de la ville. En revanche pour trouver le moindre morceau de pain où le plus quelconque des hamburgers il n’y a aucun choix sinon faire 5 où 6 miles en voiture, c’est à dire se rendre dans un de ces centres commerciaux qui se trouvent à l’entrée de toute agglomération US qui se respecte, s’étendant sur des millions de mètres carrés. C’est d’ailleurs là que se trouvent les restaurants, les garages et tout ce dont on a besoin pour survivre. Mais dans le centre de Youngstown il n’y a rien qui permette de survivre, et encore moins de vivre évidemment puisque cela n’a même jamais été envisagé par quiconque. De toute manière il faudrait encore que quelqu’un ait une vague idée de ce que cela pourrait bien signifier. Pour le moment donc, et bien que ce soit entretenu et en bon état, et malgré les incitations municipales, personne n’a manifesté la volonté de venir s’y installer. On comprend !


Quant aux quartiers situés en dehors du centre c’est une autre histoire. Effectivement on peut se balader longtemps au milieu de quartiers complètement abandonnés, dont les maisons sont murées, bien qu’il y ait de nombreuses exceptions, des maisons en plus où moins bon état, certaines déjà ruinées, les gouttières pendant le long des murs, les portes arrachées de leurs gonds ou les fenêtres brisées. Ce serait l’endroit parfait pour tourner un film dont le sujet serait une ville dont les habitants auraient été décimés par une épidémie de grippe porcine il y a des années, genre « retour vers le futur ». Aucune trace d’hommes et pourtant on le sentait partout, et pour cause; des chaises sur un balcon, une voiture laissée devant la porte, des poubelles oubliées sur un trottoir, une tondeuse abandonnée devant le garage, tout cela désormais envahi par les herbes, les ronces où même des arbres.

Et puis au détour d’un coin de rue, tout à coup il n’y a plus de maisons du tout, à part une où deux aussi esseulées que deux dents au milieu d’une bouche qui n’en contiendrait plus d’autres. Cela fait une impression étrange car il est évident que ces maisons n’ont pas été conçues pour rester isolées, que tous ces bouts de rues ne furent pas crées pour aboutir à rien, c’est à dire à un cul de sac au-delà duquel on se retrouve dans une espèce de terrain vague colonisé par des arbustes et des broussailles. Même les animaux semblaient avoir déserter l’endroit car je n’en n’ai vu aucun à l’exception des oiseaux. Je peux les comprendre car au bout d’un certain temps passé là-dedans on n’a plus qu’une envie: foutre le camps le plus vite possible.


Si ces quartiers abandonnés risquent la désintégration rapide, même sans intervention humaine, les anciennes usines et autres fourneaux (en partie rasés), les montagnes de matériel démonté et les stocks de tubes d’acier en train de rouiller à l’air libre semblent un peu plus résistants que les habitations. Non pas qu’ils dureront quatre mille ans comme les pyramides d’Egypte, mais peut-être bien suffisamment longtemps pour nous faire honte vis à vis de nos successeurs, s’il y en a...

D’immenses structures en ferrailles tordues, d’énormes bâtiments en briques aux toits métalliques rouillés, des montagnes de morceaux de ferrailles aux formes monstrueuses dont je serais bien en peine de dire à quoi cela pouvait bien servir, des camion de toute formes ressemblant à de féroces monstres ante-diluviens, des dizaines de grues géantes alignées les unes à coté des autres mais auxquelles on a retirée leurs pelles, ressemblant désormais à des éléphants sans trompes, des montagnes de pneus de tailles si grandes qu’on se demande à quel genre d’engins ils pouvaient être destinés, sans compter tout le reste. On reste un peu abasourdi face à cette débauche insensée de matériels qui paraissent sortis tout droit du cerveau malade d’un démon de la pire espèce. C’est là que prend toute sa force et toute son acuité la pensée que cette pseudo civilisation que nous connaissons depuis deux cent ans ne peut être qu’un accident monstrueux. C’est curieusement confronté à ce que nous laissons déjà derrière nous que nous pouvons réaliser à quel point nous avons fait fausse route. Rien n’est plus frappant que ces déchets qui pourtant faisaient notre fierté lorsqu’ils étaient en état de marche, car rien n’est plus hideux ni plus révulsif; rien ne peut soulever plus d’effroi que la contemplation de ce spectacle de la ruine de nos rêves de singes mégalomanes.

Imaginons dans quelques siècles la découverte par des explorateurs de nos déchets si prisés au milieu des forêts. Quels seraient leurs sentiments face à ces horreurs ? A contrario quels furent les sentiments de ceux qui découvrirent Angkor Vat au XIXeme ?

Je parie que ce ne seront pas les mêmes...

Malraux avait dit: « notre civilisation ne laissera aucunes ruines derrière elle; elle ne laissera que des déchets. »

Nous y sommes.


A Flint en revanche il n’y a plus d’usines. En effet la fameuse « Buick City » a été rasée peu après sa fermeture définitive en 1999, c’est à dire en 2002. A la place il ne reste qu’un immense espace (80 hectares environ) dont le sol est bétonné et à travers les plaques disjointes duquel poussent des arbustes et des plantes, un espace clos de hautes barrières grillagées attendant un repreneur avec l’espoir que cela reparte comme avant... La partie Sud de ce terrain a été lotie il y a quelques années d’un grand nombre de maison assez luxueuses destinées à la classe moyenne, celle qui avait la faveur des banques car ils étaient réputés être des emprunteurs sûrs. En bref ces gens dont les emprunts sont appelés « prime » et dont la crise, bien plus grave que celle des « subprime », est imminente car nombre d’entre eux, par la perte de leur emploi, sont aujourd’hui pris à la gorge et ne peuvent plus rembourser leurs crédits. Il y a quelques jours, lorsque j’y étais, la mairie plaçait beaucoup d’espoir sur un groupe de logistique qui serait tenté de reprendre l’ex « Buick City » pour en faire son hub pour l’Amérique du Nord. Et la municipalité de vanter l’opportunité merveilleuse pour la ville et bla bla bla.... Occasion si fantastique que cela pourrait mener à la création de... 600 emplois ! Quel progrès là où il y en avait 25.000 dans le même espace il y a quelques années !


A Flint il n’y a que des quartiers à moitié abandonnés, c’est à dire toujours en partie habités et par conséquent en meilleur état que ceux de Youngstown bien que de nombreuses rues ne soient pas goudronnées et que les infrastructures ne soient plus entretenues, où alors au minimum. Malgré leur pauvreté les habitants de ces zones en voie de destruction, en partant du principe que le plan de réduction de la ville soit adopté, tentent toujours de maintenir les abords de leurs maisons le plus proprement possible. Il est rare par exemple de voir des pelouses non tondues, même dans les zones les plus déshéritées. Malgré un des taux de criminalité les plus élevés des USA on ne se sent pas en danger en se baladant dans ces rues; peut-être parce-que malgré tout la vie y est encore présente et qu’il y reste encore un peu d’humanité, ce qui n’empêche nullement de se faire attaquer mais on ne se sent pas menacé. Ce qui n’était pas le cas dans les rues vides de Youngstown où on se sentait carrément mal à l’aise.

Le centre de Flint est lui aussi, malheureusement faudrait-il dire, l’objet de l’attention de la mairie. Les immeubles sont ripolinés, les parkings agrandis, quelques immeubles de bureaux convertis en condominiums, mais là encore nulle trace de magasins, d’épiceries où autres commerces de proximité comme on dit chez nous... En semaine le centre ville est plus actif que celui de Yougstown, bien que ce soit exclusivement une activité de bureaux. Mais au moins il y avait là quelques restaurants et endroits où il était possible de se restaurer même si cela n’est certainement pas suffisant pour permettre d’y vivre. Toujours la même équation: sans voitures on meurt.


En réalité tout le problème d’urbanisme, non seulement de ces villes, Yougstown où Flint, mais de toutes les autres, tout est résumé dans ce seul mot: voiture. Toutes les agglomérations aux USA se sont construites depuis quarante ans par l’évacuation des centre villes au profit des banlieues. Ces banlieues furent à leur tour construites selon un schéma qui séparait rigoureusement les zones d’habitation toujours plus étendues des zones dîtes commerciales. Ce qui aboutit au bout du compte à ne pas pouvoir se passer de sa voiture quel que soit le cas de figure. On a besoin de sa voiture pour aller travailler et on en a besoin pour acheter quoi que ce soit, qu’il s’agisse d’un timbre poste où d’une bouteille d’eau où encore d’une ... voiture. Dans ces immenses banlieues hypertrophiées rien ne peut se faire sans voiture car d’une part il n’existe pas de transport en commun et d’autre part il est impossible de rien faire à pied car tout est beaucoup trop loin.


De plus cette hypertrophie des banlieues a eu pour résultat de rendre impossible la création d’un tissu social minimum; de fait les liens entre voisins, où habitants d’une même rue, voire d’un même quartier sont quasiment inexistants; ils sont complètement étrangers les uns aux autres pour la simple raison qu’il n’y a plus ni rue ni quartier; il n’y a que des sortes de routes, bien entretenues certes, au bord desquelles s’étendent à l’infini des maisons très espacées les unes par rapport aux autres. Tous ces gens agglomérés les uns à proximité des autres ne constituent, encore une fois, qu’un agrégat de particules élémentaires que rien ne maintient ensemble. Combien de fois n’ai-je pas entendu des américains disant qu’ils ne connaissaient pas leurs voisins les plus immédiats. Combien de fois n’ai-je pas entendu parler de l’inconvénient d’avoir des nouveaux venus tous les deux où trois ans, repartant ailleurs une paire d’année après leur arrivée, sans qu’on ait jamais su qui ils étaient. Comment dans ce contexte créer une communauté, comment tisser des liens entre les habitants d’un même quartier, comment créer un intérêt, sans parler de responsabilité, chez les habitants pour une agglomération dans laquelle ils ne vivront pas plus de deux où trois ans ? Même les endroits publics où l’on pouvait se rencontrer et où l’on discutait de tout et de rien (avant la guerre 39-45) y compris de la commune, ont soit disparu là où ils existaient (dans les anciens centre-ville), soit ils n’ont jamais été planifiés dans les banlieues et encore moins dans ces centres commerciaux géants où il est impossible de rencontrer qui que ce soit.


Peut-être que le plan «Youngstown 2010» parviendra à résoudre un des problèmes auquel les «shrinking cities» doivent faire face, c’est à dire se débarrasser des quartiers inhabités. Mais ce sera bien le seul car les problèmes qui concernent le modèle US de développement urbain où suburbain, eux, ne seront pas résolus par ce plan. D’ailleurs ils ne sont même pas envisagés d’une manière où d’une autre. La racine de ce désastre qui touche pratiquement toutes les villes US est la dépendance totale de tout le système à une énergie abondante et bon marché; c’est à dire par ricochet à l’automobile. Si demain, pour une raison où une autre, il y a une pénurie de pétrole où encore si le prix du baril augmente comme il y a un an à plus de $150 le baril pour ne plus redescendre, c’est la famine assurée dans le pays (non ce n’est pas une exagération car l’agriculture US est la première dépendante de l’énergie bon marché).

Rien n’est fait pour tenter de se dégager de cette dépendance. Donnons quelques exemples qui sont généralement pris en considération par tout urbaniste digne de ce nom de nos jours: il n’est nullement envisagé dans ce plan de regrouper des habitations autour d’un centre où chacun pourrait aller à pied (pas plus de 10 minutes); il n’est pas prévu de transport en commun pour relier des agglomérations entre elles où simplement différents quartiers d’une même ville pour éviter de prendre une voiture pour acheter un bouton de pantalon. Dans ce qu’on appelle les centre-ville il n’est pas envisagé trente secondes de créer des zones piétonnières, de réduire la largeur démesurée des boulevards ni de créer une hiérarchie d’avenues, de rues et de ruelles où la circulation des voitures seraient de plus en plus limitées jusqu’à laisser la place aux piétons. Il n’est pas question non plus de mélanger les habitations, les petits commerces et les bureaux de manière à attirer une population diverses socialement et aux intérêts multiples. De même rien n’a été prévu pour augmenter la densité de la population au centre des villes par la création d’habitations de tailles et de conceptions variés afin d’éviter l’uniformité générale, sans parler du remplacement de la laideur ambiante par des architectures plus attrayantes ce qui ne serait vraiment pas du luxe superflu car, loin d’être une fantaisie plus ou moins romantique, cela a une influence réelle sur les habitants. Pour s’en convaincre il suffit de rester quelques temps dans une cité où dans «une boîte à habiter» pour reprendre l’expression de Le Corbusier. N’oubliez pas les prozac!


En conclusion c’est tout le modèle des agglomérations et des «suburbs» US qui est à revoir de fond en comble. Mais cela ne pourra être efficace que si un changement des mentalités se produit. Et cela doit passer par deux étapes principales.

La première est l’abandon de cette notion de «croissance» à tout prix, c’est à dire la fin du gigantisme comme preuve de succès. En clair une correction radicale de la mégalomanie ambiante. C’est ce qui fut à l’origine du retard pris par les «shrinking cities» pour se remettre en cause car les autorité visaient d’abord un retour à leur splendeur passée, refusant de prendre en compte la réalité parce-que cela aurait constitué un aveu d’échec.

La seconde étapes est la prise de conscience du danger de ce modèle US de développement des suburbs et des centres commerciaux. Rien ne pourra se faire d’utile sans la prise de conscience que ce modèle n’est pas soutenable, non pas seulement écologiquement, mais aussi économiquement et socialement.

Jusqu’à aujourd’hui, et d’après ce que j’ai pu constater sur place, seule la première étape est en train de se mettre en place, bien que très lentement. Quant à la seconde elle n’a de réalité que dans les cerveaux très minoritaires de certains bien plus lucides que tous les autres mais dont les avertissements pertinents sont largement ignorés par les gouvernants. Pour le moment pourrions-nous dire mais lorsqu’ils le seront peut-être sera t’il trop tard.

Il est probablement déjà trop tard. Car le facteur décisif désormais c’est la crise dont les ravages n’en sont qu’à leurs débuts. Il suffit pour s’en convaincre de voir à quel point les budgets des Etats fédérés sont déficitaires et comment ceux-ci n’ont d’autres solutions que de couper drastiquement dans leurs dépenses, notamment dans les domaines sociaux, médicaux, policiers ou éducatifs. Ce qui provoque déjà des conséquences sociales catastrophiques. Dans ces conditions comment imaginer pouvoir débloquer des fonds pour restructurer des agglomérations entières alors qu’on est en situation de faillite, obligé de fermer les écoles, de libérer des prisonniers pour alléger les coûts des prisons tandis que dans le même temps on licencie des officiers de police par dizaines ?

Si la crise s’approfondit comme tout le laisse penser, si de surcroît l’énergie devient moins bon marché comme tout le laisse penser, alors il est à craindre que la restructuration des agglomérations US ne se fasse d’elle-même, sans budget et sans plan urbanistique, comme cela s’est déjà produit dans les « shrinking cities ».

On en connaît le résultat.


mardi 21 juillet 2009

Petit bulletin de santé sur les "Green shoots"..

Les «green shoots» se portent à merveille, parait-il. Il semblerait même que celles-ci soient sur le point de se muer en bourgeons qui à leur tour nous donneront des fleurs comme on n'en n'a jamais vu...

Et si vous voulez jouer au sceptique tenez-le vous pour dit en prenant connaissance de ces (des)-informations que l’on peut lire dans tout journal digne de ce nom, sans parler de celles hululées sur les ondes.


  • Tout d’abord les profits du second trimestre réalisés par ces bienfaiteurs de l’humanité: Goldman Sachs et JP Morgan, $ 3.44 billions et $ 2.7 billions respectivement. (Ne posez pas de questions stupides: oui ce sont les mêmes qui étaient en faillite il y a six mois).
  • D’autre part Bank of América a annoncé un profit de $ 3.2 billions et Citigroup de $ 4.3 billions.
  • Autre nouvelle remarquable qui a redonné du punch aux marchés: Caterpillar a réalisé un profit de $ 371 millions ce qui constitue une nouvelle extraordinaire selon nos gourous illuminés puisque cette société peut-être considérée comme un des indicateurs importants sur les tendances économiques à venir en raison de son activité touchant à la construction et aux mines.


La conclusion des Marchés et de nos gouvernants bien-aimés: le pire est dernière nous, nous sommes sauvés, les «green shoots» se portent à merveille et des fleurs magnifiques sont en train d’éclore. Préparez vos vases et vos ciseaux!

Quelques petits détails mineurs sont néanmoins à prendre en compte:


  • Les résultats de Citigroup et Bank of America furent dopés par des opérations qui ne pourront pas se répéter; la première a ainsi vendu sa participation dans Smith Barney Asset Management dans un joint venture avec Morgan-Stanley qui lui a rapporté $ 11.1 billions avant taxes; la seconde a gagné $ 5.3 billions avant taxes en vendant une partie de sa participation dans China Construction Bank. De plus non seulement ces deux banques doivent encore rembourser $100 billions à elles deux au gouvernement US, mais elles doivent désormais faire face à la hausse sans précédent des défaillances sur les cartes de crédits, à la hausse alarmante des arriérés et des saisies sur les crédits «prime» ainsi que sur les prêts à taux variables, sans parler de la crise de l’immobilier commercial qui est sur le point d’exploser. L’exposition de ces banques à ces marchés est considérables ce qui fait douter de très nombreux analystes de leur capacité à résister à ce qui se prépare.
  • En ce qui concerne Caterpillar cette société a en effet fait un profit de $ 371 billions au second trimestre. En revanche ce que l’on oublie de dire est que ce profit est en chute de 66% ($1.1 billions) sur la même période l’année passée et que les ventes de la société ont chutée de 41%. De plus 17.100 personnes ont été licenciées depuis six mois sans compter les 17.000 personnes sous contrats et employés à temps partiels qui n’ont pas été renouvelés.


Vous voyez donc que les nouvelles des «green shoots» sont remarquables et incitent à l’optimisme le plus délirant sur les perspectives économiques des mois à venir. Pour venir renforcer encore un peu notre sentiment de sécurité nous pouvons noter par exemple que les profits de Nokia au second trimestre ont chuté de 73%, Harley Davidson 91% sans compter ceux de GE, Ericson etc...

De plus, ici aux USA, 500.000 chômeurs vont arriver à la fin de leur période d’indemnisation d’ici le mois de Septembre et bien entendu les six ou sept millions qui restent (pour le moment) vont se retrouver bientôt dans le même cas que ces derniers. Tout le monde s’attend d’ailleurs à une recrudescence du chômage dans les mois à venir sans parler des défaillances de banques, de sociétés et du problème grandissant du déficit des Etats eux-mêmes qui devrait cumuler cette année à environ $ 130 - 150 billions. Nous reparlerons de ce problème en détail car les conséquences sont épouvantables.

Mais pour l'instant tout le monde est content à Cochon sur Terre, le meilleur des mondes.